Les quatre astronautes de la mission Artémis 2 de la Nasa ont mis jeudi les gaz vers la Lune, coup d’envoi d’un voyage qui les amènera à survoler dans plusieurs jours l’astre pour la première fois en plus d’un demi-siècle. Cette manœuvre clé, l’une des plus importantes de la mission, a débuté vers 23h49 GMT.
Pendant près de six minutes, le vaisseau Orion transportant ces trois Américains et un Canadien a donné le grand élan nécessaire pour s’arracher de l’orbite terrestre et se mettre en route vers l’astre. «Lorsque les moteurs s’allumeront, vous entamerez le voyage de retour de l’humanité vers la Lune», avait lancé peu avant la mission de contrôle de Houston à l’équipage.
Avec cette grande poussée, Artémis 2 devient le premier vol habité à prendre la direction de la Lune depuis la fin du programme Apollo en 1972, la présence humaine s’étant limitée entre-temps aux environs immédiats de la Terre, principalement la Station spatiale internationale (ISS).
Pas de retour en arrière possible
Située à plus de 384 000 kilomètres, la Lune est 1.000 fois plus loin de la Terre que l’ISS et il faudra trois à quatre jours à l’équipage pour la rejoindre. Il ne s’y posera pas, mais en fera le tour, passant derrière sa face cachée lundi avant de revenir sur Terre le 10 avril.
Chronologie: Chronologie – De Luna 1 à Artemis II, 66 ans d’exploration de la LuneLors de ce périple, l’équipage battra un record en devenant celui à s’être aventuré le plus loin dans l’espace. La trajectoire a été décidée de sorte que le vaisseau soit attiré par la Lune puis retourne ensuite droit vers la Terre, sans propulsion supplémentaire. Un calcul ingénieux qui dispose néanmoins d’un inconvénient: une fois la grande poussée initiée, il n’y a pas de retour en arrière possible. Afin de rentrer sur Terre, Orion aura besoin d’aller jusqu’à la Lune et d’en revenir, un périple de plusieurs jours.
Pour limiter les risques, les astronautes à bord – les Américains Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch, et le Canadien Jeremy Hansen – avaient donc réalisé, dans les 24 heures suivant leur décollage réussi, une série de vérifications à proximité de la Terre pour s’assurer de la fiabilité de leur vaisseau, qui n’avait jusqu’à alors jamais transporté personne.
«Besoin que ça marche»
Artemis II constitue «le premier acte, la mission test» pour ouvrir la voie à un retour ambitionné sur le sol lunaire dès 2028, a expliqué Jared Isaacman, le patron de la Nasa nommé par Donald Trump. Cette mission se passe jusqu’à présent sans incident. La fusée géante orange et blanche Space Launch System (SLS) a décollé à l’heure mercredi du centre spatial Kennedy en Floride.
Parmi les quelques imprévus techniques qui ont occupé le centre de contrôle à Houston dans les premières heures du vol, un problème avec les toilettes a fini par être résolu, a annoncé la Nasa. Une manœuvre en orbite, lors de laquelle Victor Glover a pris les commandes d’Orion pour simuler un amarrage avec un autre appareil, s’est déroulée parfaitement.
Le programme Artémis a coûté des dizaines de milliards de dollars et pris des années de retard. «La Nasa a vraiment besoin que ça marche», dit à l’AFP Casey Dreier, un expert de The Planetary Society, rappelant que le moral au sein de l’agence spatiale est en berne, à cause de problèmes budgétaires et de départs en masse, notamment des chercheurs qui travaillent sur le climat.
Voir aussi: En vidéo – Artemis II: les vraies raisons pour lesquelles les Etats-Unis renvoient des humains sur la LuneL’Europe va «négocier»
L’équipage d’Artemis II est le premier à inclure une femme, un homme noir et un non Américain dans une mission lunaire; les pionniers de l’époque d’Apollo (1968 à 1972) étaient tous des hommes américains blancs.
Les Européens participent: ils ont fabriqué le module qui propulse Orion, et devaient envoyer leurs astronautes dans de futures missions, y compris sur la Lune. Mais la Nasa a récemment modifié en profondeur la suite du programme Artemis, annulant le projet de station en orbite lunaire, et n’a pas clairement dit si les Européens garderaient leur billet pour la Lune.
Présent en Floride, le directeur général de l’Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, a déclaré à l’AFP qu’il allait devoir «s’asseoir» avec l’administrateur de la Nasa pour «négocier» les places. «C’est une discussion qui doit avoir lieu dès maintenant», a-t-il insisté.
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