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Chaque année, les parcs zoologiques et les aquariums de France reçoivent près de 26 millions de visiteurs. Ils viennent pour s’émerveiller du vivant. Mais aussi, de plus en plus, pour l’observer de près. Pour comprendre la place qu’occupent désormais ces établissements dans la préservation et l’étude du vivant.
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Cette évolution change la façon dont les aquariums se présentent au public. Longtemps associés à la découverte, ils s’inscrivent désormais dans des missions plus larges : conservation, production de connaissances, transmission scientifique et engagement citoyen. C’est cette bascule que le colloque « Aquarium du futur », organisé récemment par Nausicaá, a mise en lumière.
Bien-être animal, sous le regard du public
Il a d’abord été question de bien-être animal. Le sujet est hautement sociétal. Parce qu’il raconte quelque chose de notre rapport au vivant, aux animaux captifs et à la manière dont ils sont accueillis, suivis, soignés.
C’est aussi un sujet scientifique. Car il suppose de toujours mieux comprendre les besoins des espèces.
Pour les professionnels, il n’est pas nouveau. « Nous n’en parlions peut-être pas suffisamment parce que, pour nous, c’était une évidence », estime Rodolphe Delord, le directeur général du ZooParc de Beauval et président de l’Association française des parcs zoologiques. Des critiques persistent pourtant sur le maintien d’espèces marines en captivité, en particulier parmi les grands mammifères marins. Alors l’enjeu est peut-être désormais autant de mieux faire que de mieux montrer, mieux expliquer et mieux objectiver.
Au-delà de la santé, le comportement
« Aujourd’hui, on voit une nouvelle génération de vétérinaires spécialisés qui travaillent au sein des structures », raconte Sasha Le Bohec. Elle a été la première vétérinaire salariée d’un aquarium en France, à Nausicaá. Elle aide les équipes à prévenir, anticiper, détecter le plus tôt possible des signes de détresse.
Cette approche se traduit concrètement sur le terrain. À Nausicaá, l'entraînement médical fondé sur la coopération volontaire est pratiqué depuis plus de 25 ans avec les lions de mer. En instaurant un rapport de confiance avec les équipes, il permet de réaliser des examens complexes, comme des endoscopies, sans recourir à une anesthésie générale.
Et les experts soulignent que le bien-être dépasse la seule santé des animaux : il repose aussi sur leur capacité à se mouvoir, interagir, se nourrir et évoluer dans des conditions adaptées à leur espèce. Il s’inscrit ainsi dans une approche globale, fondée sur l’observation quotidienne des comportements.
Le saviez-vous ?
Les spécialistes désignent par le terme « bientraitance » l'ensemble des moyens mis en œuvre, tandis que le « bien-être » se rapporte au résultat recherché.
Pour en apprendre davantage encore, téléchargez le livre blanc "Aquarium du Futur" de Nausicaá.
Au fil du temps, des outils ont été développés pour évaluer la bientraitance et objectiver le bien-être animal, notamment des grilles spécifiques aux espèces aquatiques qu’il n’est pas possible d’évaluer comme on le ferait avec un mammifère terrestre. Ne nous y trompons pas, rien ne remplacera l’expertise des équipes qui vivent le quotidien des animaux, qui savent quand un matin un manchot du Cap ou un requin-zèbre est un peu différent. Parce qu’elles les suivent au fil des années et connaissent leurs tempéraments et leurs habitudes.
Sans cet engagement humain méconnu, il ne saurait être question de bien-être animal. Mais les nouveaux outils désormais disponibles sont néanmoins précieux parce qu’ils viennent compléter ces expériences de terrain et harmoniser les pratiques.
Les aquariums en mode recherche
L’autre grand enseignement du colloque organisé par Nausicaá, c’est la place croissante des aquariums dans la recherche scientifique. Leurs infrastructures offrent aux chercheurs et aux étudiants une opportunité rare d’observer le vivant sur le temps long, d’expérimenter ce qu’ils reproduiront ensuite sur le terrain.
Cette proximité avec la recherche est tout sauf théorique : elle s’incarne dans des collaborations avec l’Ifremer, des universités ou des laboratoires spécialisés. À Boulogne-sur-Mer, par exemple, des travaux menés avec l’Ifremer portent sur le développement d’œufs et de larves de harengs soumis aux conditions attendues du changement climatique, comme la hausse de la température de l’eau ou l’acidification des océans. Les chercheurs profitent des infrastructures de Nausicaá pour observer dans des conditions contrôlées, tester des hypothèses et produire ensuite des connaissances utiles.
Conserver aussi en dehors du milieu naturel
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 335 programmes de recherche et de conservation menés par les aquariums et parcs zoologiques français dans plus de 70 pays, pour près de 5 millions d’euros investis chaque année. Plus d’un tiers des animaux hébergés dans ces établissements appartiennent à des espèces inscrites sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Nausicaá : 35 ans d'engagement pour comprendre et protéger l’océan
On vient d’abord pour voir. On reste pour comprendre. Trente-cinq ans après son ouverture, Nausicaá illustre la mue décisive de l’aquarium : d’un espace de contemplation, il est devenu un acteur engagé de la connaissance et de la protection du vivant.... Lire la suite
L’objectif est clair : aller vers 100 % d’animaux présentés nés en parc zoologique ou en aquarium. Comme l’explique Dominique Barthélémy, conservateur à Océanopolis et président de l’Union des conservateurs d'aquariums, c’est désormais possible. « Pendant longtemps, la maîtrise des cycles biologiques en captivité est restée un défi majeur. En quelques décennies, nous avons franchi un cap considérable. En 2023, 468 espèces de poissons associés aux récifs coralliens ont été reproduites avec succès en aquarium. »
En complément de la conservation en captivité, les aquariums pensent désormais aussi leur rôle dans le milieu naturel. L’objectif est de développer des « populations d’assurance », de maîtriser la reproduction de certaines espèces et de préserver des patrimoines génétiques qui pourront compter demain. C’est l’exemple de la réintroduction en Wallonie (Belgique) de la rainette verte menée par l’Aquarium-Muséum de Liège. Le programme a permis de reconstituer progressivement des populations dans plusieurs sites où l’espèce avait complètement disparu.
Un programme parmi d'autres qui témoignent de l’évolution du rôle revendiqué par les aquariums et les parcs zoologiques.
L’océan, de l’émerveillement à l’action
Une évolution qui se lit aussi dans une autre préoccupation des aquariums : partager la culture de l’océan. Parce qu’il couvre plus de 70 % de la surface du globe, régule le climat, influence notre alimentation, notre qualité de vie et reste pourtant largement méconnu. Christophe Sirugue, le directeur général de Nausicaá, résume : « Il faut faire entrer l’océan dans la vie des gens pour le rendre plus proche, plus concret. »
« Notre rôle est d’interpeller le public, de susciter sa curiosité et de créer un lien entre le monde de la recherche et celui des visiteurs », confirme Pierre Rigo, médiateur scientifique à l’Aquarium-Muséum universitaire de Liège.
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Dans cette vision, les aquariums du futur reviennent à l’émerveillement, cette fois pour en faire un point de départ vers la compréhension, puis vers l’action. Ils cherchent ainsi à se positionner comme des interfaces entre recherche scientifique, médiation et éduction. « L’enjeu n’est pas seulement d’informer. Il s’agit de permettre aux jeunes de comprendre qu’ils ont un rôle à jouer et qu’ils peuvent contribuer, à leur échelle, aux solutions de demain », conclut Guillaume Lheureux, chargé de projets internationaux pour Nausicaá.
Pour concrétiser ces ambitions, le colloque s'est d'ailleurs conclu par le lancement de « L'Appel de Boulogne-sur-Mer », un engagement collectif formalisant la feuille de route de l'aquarium de demain. Parce qu’au fond, la question posée par ces aquariums du futur dépasse largement celle des bassins et des espèces présentées au public. Elle interroge notre manière de maintenir un lien avec un monde marin de plus en plus fragilisé et pourtant essentiel à l’équilibre de la planète.


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