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Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) accentuera considérablement ses capacités de surveillance avec l'ajout de caméras semblable à celles déployées par l'entreprise américaine Flock dans son arsenal, selon un appel d’offres lancé par la Ville le 28 octobre.
Selon La Presse, qui a d'abord rapporté la nouvelle, le SPVM pourra compter sur l'ajout de 30 appareils dans son inventaire.
Cette nouvelle acquisition de caméras s’inscrit dans le projet Caméras de sécurité urbaine du Service des technologies de l’information, qui prévoit la modernisation d’équipements existants ainsi que la bonification du réseau de caméras afin d’en améliorer la couverture, peut-on lire dans l'appel d'offres.
Dans sa description des types de caméras recherchées, la Ville indique vouloir acquérir deux versions, dont une étant dédiée à la lecture automatique des plaques d’immatriculation (LPR) et intègre une caméra spécialisée optimisée pour cet usage spécifique.
Le projet s’inscrit dans les investissements technologiques de la Ville visant à renforcer la sécurité publique, à accroître le sentiment de sécurité des citoyennes et citoyens, à contribuer à renforcer la confiance de la population envers les interventions policières et à soutenir la lutte à la criminalité.
Ces acquisitions visent une bonification du réseau par un accès plus rapide aux séquences vidéo pertinentes, l’enregistrement et l’exploitation des images et des plaques d’immatriculation.

La caméra Genetec installée, puis retirée, sur le boulevard Henri-Bourassa cet été. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Charles Séguin
Cette modernisation permettra de réduire la dépendance du SPVM à l’égard d’images provenant de tiers et les transferts manuels de données.
En août et en septembre dernier, Radio-Canada révélait l’achat de caméras similaires à celles de l'entreprise américaine controversée Flock, des engins capables de lire des plaques d’immatriculation instantanément.
Ce sont des appareils de lecture automatique des plaques d’immatriculation (LAPI), dont le GPS et la connexion au réseau mobile 4G LTE permet de capter des plaques jusqu’à 38 mètres devant elle, selon l'entreprise montréalaise qui a développé la technologie, Genetec.
La caméra enregistre le numéro de plaque d’immatriculation et prend une photo de chaque véhicule dans son champ de vision, en plus de pouvoir collecter plusieurs données, comme la couleur, la marque, le modèle et le type de véhicule.
Au moment d’écrire ces lignes, le SPVM n’avait pas répondu aux questions de Radio-Canada.
Le SPVM calme le jeu
Au micro de l'émission Tout un matin, sur les ondes d'ICI PREMIÈRE, le directeur du SPVM, Fady Dagher, a tenu à rassurer la population, notamment concernant les nombreuses comparaisons avec les caméras Flock, qui disposent d'une technologie similaire.
On n’est pas du tout, du tout, dans l’aspect des scandales qu’ils ont eu aux États-Unis, soutient-il. On va le faire de manière intelligente, mais on a besoin de cet outil-là pour nous aider dans les enquêtes au niveau de la violence armée, entre autres.

Fady Dagher en entrevue à l'émission Tout un matin (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Arnaud Perron-Bouchard
Une justification qui ne convainc pas la directrice de Cyber Citoyen, Catherine Dupont-Gagnon. On a toujours résolu ces crimes d’autres façons sans utiliser une technologie ultra invasive et l’IA, donc, qu’est-ce qui fait qu’on n’a plus cette capacité?, questionne-t-elle.
Mme Dupont-Gagnon souligne l'enjeu de confiance entre la population et le récent travail des policiers, en plus de problématiques liées au respect de la vie privée.
On sait qu’aux États-Unis, ces caméras-là sont utilisées pour tracker et stalker les femmes, rappelle-t-elle, évoquant l'enquête du Washington Post d'août dernier rapportant que des policiers s’étaient servis du système Flock pour espionner leur conjointe ou leur ex-conjointe.
J’aimerais qu’on se pose la question : est-ce qu’on a besoin de ces caméras? Est-ce que c’est vraiment pour augmenter la sécurité? Et c’est quoi, les systèmes qu’on a en place, pour limiter les abus?
C’est vraiment l’utilisation de l’IA derrière cette technologie-là, souligne Mme Dupont-Gagnon. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’ils ne prennent pas juste une photo de la plaque.
La consultante en cybersécurité indique que ce type de technologie permet d’identifier des caractéristiques du conducteur du véhicule. Ça reste un traitement massif de nos données par l’IA, puis on a le droit de s’y opposer, ajoute l'experte.
De son côté, l'Inspecteur et chef de Division Planification Opérationnelle du SPVM, Yannick Desmarais, précise que l'IA ne sera pas utilisé pour lire les plaques, mais pour optimiser le travail des policiers qui traitent les données. En terme de facilité, de vitesse de visionnement, les séquences que nos enquêteurs vont devoir regarder, il va quand même devoir regarder les mêmes séquences, mais au lieu de prendre 12 heures, ça va prendre plusieurs minutes, explique-t-il.
Questionné à savoir si les éléments de preuves recueillis par l'IA était valable devant un juge, M. Desmarais se veut rassurant. Ça nous a permis d’aller chercher des verdicts de condamnation dans différents dossiers d’enquête, j’ai juste à penser à la vague de vol de véhicules qu’on a eu depuis le début de l’année 2021.
L'Inspecteur reconnaît l'importance de suivre les balises du SPVM en terme de vie privée, qui sont établis par la Commission d’accès à l’information. Les caméras, qui seraient directement branchés sur aux serveurs du SPVM, ne sont donc pas rattachés à un nuage informatique, contrairement aux caméras Flock aux États-Unis. Si on a un dossier d’enquête qui est travaillé par une entité, l’autre entité à l’intérieur même du SPVM n’a pas accès à ce qui est fait par l’autre entité d’enquête, explique M. Desmarais.
Les caméras que cherche à acquérir le SPVM n'ont donc rien à voir avec la technologie de l'entreprise Flock, selon l'Inspecteur, même si les deux caméras ont des dispositifs et des objectifs similaires.
Seulement quelques agents avec des accès spécifiques pourront donc utiliser la technologie lors de son déploiement. Il faut comprendre que le SPVM ne fait pas de renseignement sur les gens. On va travailler des dossiers d’enquête dans notre mandat [...] et ces données-là vont être détruites.
Quant à la réticence du public face à ce genre d'outils de surveillance et la possibilité d'une consultation publique pour décider de son déploiement, M. Desmarais est clair. Actuellement, on n’est pas là du tout. On entend souvent parler d’un Big Brother, dit-il. C’est pas du tout le cas.

Les caméras Flock aux États-Unis sont régulièrement vandalisées ou volées. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Kaylee Greenlee
Une première caméra repérée cet été
Une première caméra de type Flock avait été identifiée dans le quartier Rivière-des-Prairies par Radio-Canada en août 2026.
La Ville de Montréal avait initialement démenti que le Service des technologies de l'information de la Ville de Montréal avait acquis des caméras de lecture automatique des plaques d’immatriculation (LAPI) Genetec Cloudrunner CR-H2.
Le portail des contrats de la Ville indiquait pourtant que Montréal avait signé, en octobre 2025, un contrat de 17 134 $ avec une firme de services de sécurité, dont la description était Fourniture et souscription pendant 1 an de 4 unités Cloudrunner de Genetec.
Le mystère entourant cette caméra aux capacités de surveillance renforcées a été élucidé lorsque le SPVM a confirmé qu'il avait installé la caméra en question afin de soutenir le travail d'enquête ciblé.
Plus d’un mois plus tard, Radio-Canada révélait que le SPVM avait versé 18 763,92 $ à la firme de sécurité Infynia.com Inc., la même entreprise ayant produit la caméra, pour louer quatre systèmes de surveillance sur une période d’un an.
Selon le relationniste Gonzalo Nunez, la Ville de Montréal et son Service de l’approvisionnement n’interviennent pas dans les contrats de gré à gré du SPVM et des autres organisations municipales lorsque leur valeur est inférieure à 25 000 $.
En août dernier, le relationniste Marc-Antoine Boulanger prévenait que le SPVM pourrait ajouter des caméras de ce type en fonction de différentes enquêtes. Selon le service de police, contrairement aux caméras Flock, les images captées sont uniquement accessibles aux responsables des enquêtes.
Avec des informations de Charles Séguin.


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