Cet article vous est offert

Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous.

Se connecter

Vous n’êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement

Washington intensifie encore sa pression sur le régime castriste par cette démarche, inédite dans la politique américaine envers l’île, pourtant marquée par plus de six décennies de tentatives de déstabilisation.

Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, à Bombay (Inde), le 21 octobre 2026. Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, à Bombay (Inde), le 21 octobre 2026.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a incité vendredi 23 octobre « ceux qui veulent un changement positif à Cuba » à se tourner vers la CIA, sur fond d’intensification des pressions de Washington sur l’île communiste. L’appel est détonnant à plus d’un égard, d’abord parce qu’il semble reconnaître que l’agence de renseignement américaine, à l’héritage controversé chez le voisin cubain, est à l’œuvre et, ensuite, parce qu’il fait plus ou moins ouvertement référence à un changement de régime.

« A ceux qui souhaitent apporter un changement positif à Cuba : c’est le moment ou jamais », a-t-il écrit. « Face à la déception suscitée par les promesses non tenues, la corruption et le mode de vie privilégié d’une poignée de personnes, saisissez cette occasion de créer le changement que vous souhaitez grâce à un partenariat discret avec la CIA », a ajouté M. Rubio, sans davantage de précisions.

Les relations entre les Etats-Unis et Cuba, soumis à un embargo depuis 1962, se sont considérablement tendues, notamment depuis janvier, quand les Etats-Unis ont renversé lors d’une opération militaire spectaculaire le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. Les Etats-Unis ont imposé un blocus pétrolier de facto à l’île, édicté de nouvelles sanctions contre des entreprises et des dirigeants cubains, et inculpé, en mai, l’ex-président Raul Castro, le frère du défunt dirigeant historique Fidel Castro, dans une affaire remontant à 1996.

« Soif de domination »

Washington livre dans le même temps une bataille idéologique dont M. Rubio, fils d’un père et d’une mère d’origine cubaine, se fait le porte-parole, fustigeant le communisme et le soutien présumé de La Havane à des mouvements extrémistes de gauche, y compris aux Etats-Unis. Donald Trump estime que l’île, située à environ 150 kilomètres des côtes de Floride, représente « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a plusieurs fois menacé d’en « prendre le contrôle »

S’exprimant vendredi à Fort Myers, en Floride, le président américain a ironisé à ce sujet. « On va faire une petite escale. En fait, ce qu’on va faire avec Cuba, c’est qu’on va rentrer d’Iran. Ces magnifiques navires passeront au large de Cuba. On demandera à l’un d’entre eux de s’arrêter à environ quelques mètres de la côte. Ils lèveront la main. Et ensuite, on enverra Marco Rubio pour conclure l’accord », a-t-il dit sur le ton de la plaisanterie.

Réagissant à ces propos, Bruno Rodriguez Parrilla, le ministre des affaires étrangères cubain, a déclaré sur X « rejeter toute menace liée aux ambitions des Etats-Unis à l’égard de Cuba ». « Notre littoral regorge de magnifiques plages, mais il est également parsemé de pics calcaires acérés comme des lames de rasoir, un environnement inhospitalier pour ceux qui parviennent jusqu’à nos côtes avec des intentions hostiles et une soif de domination », a-t-il écrit.

La CIA, un passé sulfureux

Dans son autobiographie, Un fils américain, publiée en 2012, M. Rubio racontait déjà comment plus jeune il se vantait auprès de son grand-père, exilé cubain, qu’un jour il renverserait Fidel Castro et libérerait Cuba. Aujourd’hui, le secrétaire d’Etat américain, farouche anticastriste, est considéré comme le principal artisan de la politique de pression maximale exercée par Donald Trump sur le gouvernement cubain.

L’héritage de la CIA à Cuba est cependant plus que controversé. En avril 1961, 1 400 anticastristes entraînés et financés par la CIA ont tenté de débarquer sur la Baie des Cochons, à 250 kilomètres de La Havane, sans réussir à renverser le nouveau régime communiste de Fidel Castro. Les combats ont fait une centaine de morts dans chaque camp. La CIA a aussi tenté à de nombreuses reprises d’assassiner des dirigeants cubains.

Washington ne cache pas sa volonté de changement de régime à Cuba, mais comme avec le Venezuela, le gouvernement américain est soucieux d’éviter le chaos et se garde de s’avancer sur qui pourrait diriger l’île ou sur un calendrier. Mais c’est la première fois que M. Rubio appelle directement les Cubains à coopérer avec la CIA.

Le Monde avec AFP