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Le secret le mieux gardé du golf belge se cache dans une cave à Rixensart

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Rixensart l'ignore mais la commune brabançonne regorge d'un joyau unique : un musée dédié à l'une de ses légendes locales, Nicolas Colsaerts. Son papa Patrick a transformé une partie de sa maison en relique de la carrière de son fils. "Je suis un conservateur. J'ai tout gardé. C'est mon petit plaisir à moi", sourit Patrick Colsaerts en descendant dans sa cave. "Ma femme me demande où je vais mettre tout mon brol."

Le mari de Danielle a commencé à collecter, trier et compiler tout ce qui touche de près ou de loin à la carrière de Nicolas dès ses premiers pas sur un green. En 1988, son fils unique n'a que six ans. "J'ai directement tout gardé : ses premières cartes de score, les photos, les vidéos de ses premiers cours. J'ai son swing à six ans."

En montant à l'étage, il se dirige vers une petite chemise en plastique qui protège soigneusement les premières fiches dessinées par son coach historique, Michel Vanmeerbeek. On y voit les points travaillés à chaque séance. "Tout est daté et détaillé."

Colsaerts: "Ne pas avoir de regret, c'est du pipeau"

Même un horloger restaurateur n'est pas aussi méticuleux que le papa de Nicolas. Dans son bureau du premier étage, il nous présente un meuble rempli de 80 albums classés chronologiquement. "Là, vous avez toutes les coupures de presse en Belgique et à l'étranger qui parle de lui. Il prend l'année 2026 pour nous montrer nos articles publiés dans La Libre. Je ne rate rien."

Henin, Clijsters et Woods présents dans sa collection

Dans un autre meuble, il prend un lourd classeur qui sort du lot, celui avec la présence de son fils en Une des journaux ou des magazines, belges ou étrangers. "Il figure en cover dans de prestigieux magazines anglais", montre-t-il avec une fierté contenue mais perceptible. Un autre classeur reprend toutes les pages de publicité où il est l'égérie. Il retombe sur une image où il partage la vedette avec Justine Henin et Kim Clijsters.

A l'époque, Nicolas Colsaerts, Justine Henin et Kim Clijsters avaient tous trois signé chez Siemens.À l'époque, Nicolas Colsaerts, Justine Henin et Kim Clijsters avaient tous trois signé chez Siemens. ©D.R.

Un minuscule calepin attire notre attention. La reliure témoigne de son grand âge. Lors d'une compétition en 1996, Nicolas Colsaerts s'était amusé à recueillir les signatures des plus grands golfeurs de la planète : Ernie Els, Seve Ballesteros, Sergio Garcia ou encore Tiger Woods. "Il avait pu se rendre à un practice où le public n'avait pas accès. Il a recueilli toutes les signatures." Son papa a bien sûr récupéré ce trésor pour le ranger.

Le fameux calepin avec la signature de Toger Woods en 1996.Le fameux calepin avec la signature de Toger Woods en 1996. ©D.R.

Avant de redescendre de la cave, il fait un crochet par une chambre où il a récupéré un meuble pour y glisser tous les objets liés à la Ryder Cup. "Même Nicolas ne savait pas tout ce qu'il y avait ici." Des vêtements estampillés du logo de la Ryder Cup, des tasses, des crayons, des gants…

Le clou de la visite se déroule deux étages plus bas, dans la cave. Deux pièces, deux ambiances. Dans la première, il a collecté plus de 2000 balles de practices exposées dans des cartons pour les œufs. Une petite boîte en bois déborde de crayons différents qui attestent d'une carrière longue de plus de 30 ans. La boîte à côté contient de nombreux tees. Chacun a une histoire. "Pour les balles, on voit l'évolution. Avant, elles étaient plus petites", nous explique-t-il en prenant deux balles aux diamètres fort différents. "Elles sont toutes différentes. Là, on voit le logo de la fédération belge. Certains pensent qu'on devrait écrire un bouquin sur la carrière de mon fils. Il faut que le projet ait du sens pour Nicolas. Celui qui se lance possède une belle source de documentation. Au niveau des archives, je possède tout", sourit Patrick Colsaerts. "Moi, je ne suis pas capable d'écrire un livre."

Pourtant, cet ancien sportif aguerri ne tarit pas d'anecdotes en déambulant entre les étagères. Il est une véritable mémoire vivante des 38 ans passés par son fils sur les greens. Et même ailleurs. "Nicolas n'a pas joué avec ce vieux stick qui appartenait à mon père", poursuit-il en tirant un vieux bâton de bois. "Mais, j'ai encore les sticks de Nicolas quand il jouait au Léopold. Il a pratiqué le hockey jusqu'à ses seize ans."

La visite se poursuit par la dernière pièce, la plus iconique. Toujours dans la cave, la famille Colsaerts a réuni les plus beaux joyaux de la couronne : les trophées, plus d'une trentaine de sacs, les clubs dont certains sont encore neufs, les médailles, les bibs (chasuble du caddie)… Quand il prend en main un objet, il est capable d'en raconter l'histoire complète.

"Ce polo vient de la Winter Cup Junior aux États-Unis en 1999. Il a été signé par tous les participants. J'ai gardé presque tous ses sacs. Il les utilise encore aujourd'hui. Le problème, c'est que tous ses clubs ne sont utilisables que par lui. Ils ont été façonnés pour lui. Pour un autre, ils seront trop lourds ou trop durs."

Le sac du miracle de Medinah

Son rythme cardiaque monte en s'approchant du sac utilisé lors de la Ryder Cup en 2012 à Medinah. Son fils avait été le premier Belge sélectionné en Ryder Cup. Sélectionné par le capitaine José María Olazábal, il dispute son tout premier match le vendredi après-midi en fourballs. Associé à l'expérimenté Lee Westwood, le rookie de 29 ans affronte Tiger Woods et Steve Stricker. Malgré une pression immense et le public hostile d'Illinois, Colsaerts se sublime. Il porte son partenaire et réalise une performance irréelle en rendant une carte individuelle de dix sous le par : huit birdies et un eagle. Il bat un Tiger Woods pourtant en grande forme. Ce point crucial, l'unique victoire européenne de la session, a maintenu l'Europe en vie avant une remontada surnommée le miracle de Medinah.

"Tout gamin grandit avec deux rêves : gagner la Ryder Cup et un Majeur. La Ryder Cup passe même avant car elle ne se dispute que tous les deux ans. Seuls douze élus sont appelés. Souvent les mêmes. Tous les médias sont là. Ce qui est inimaginable, c'est que le jour où il a vécu sa première sélection il parvient à sortir une des meilleures parties de sa vie. Il a battu un grand Tiger Woods. Le rêve absolu."

Patrick Colsaerts: "Le jour où mon fils a battu Tiger Woods"
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Nicolas n'a pas l'âme d'un collectionneur mais il est content de revoir certains objets."

Les Coupes ne sont pas toutes à Rixensart. Nicolas Colsaerts en a prises avec lui à Abou Dhabi. "Il a chez lui le trophée de l'Open de Chine en 2011 tout comme les deux trophées de la Ryder Cup, une en tant que joueur et l'autre comme vice-capitaine. Il a repris dans sa maison celle de l'Open de France qui est la plus grande au niveau de la taille. Nicolas n'a pas l'âme d'un collectionneur mais il est content de revoir certains objets. Selon moi, le plus beau trophée reste celui-ci, le championnat du monde matchplay. Cette compétition qui se jouait à Londres est probablement la plus ancienne du monde. Sur le trophée sont gravés les noms des plus grands : Arnold Palmer, Gary Player, Jack Nicklaus, Tiger Woods… Puis, on voit le nom de mon fils. Je suis extrêmement fier."

Son musée n'expose que des objets lui ayant appartenu. Il n'a jamais échangé un souvenir avec un autre golfeur que ce soit Tiger Woods lors de la Ryder Cup ou un Rory McIlroy. "Non, un golfeur va plutôt exhiber chez lui ses sacs."

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Ma présence dérangeait un petit peu. Des parents ont perdu la tête face à la notoriété de leur fils. Moi, je connaissais la limite."

Un héritage à transmettre

Collectionneur mais pas fou. Patrick Colsaerts a toujours accompagné son fils sur les greens. Au début, il filmait tout. Certains le montraient du doigt en imaginant qu'il était un proche toxique. C'était bien mal connaître le Brabançon qui a toujours laissé son fils tracer sa route. "Je ne sais pas si d'autres papas ont autant gardé que moi. Peut-être pas. Garder des coupures de presse est classique. Mais, j'ai été beaucoup plus loin. Ma présence dérangeait un petit peu. Des parents ont perdu la tête face à la notoriété de leur fils. Moi, je connaissais la limite."

Il n'a nullement l'intention de transférer ses reliques vers un musée en Belgique ou ailleurs, ni même à la fédération belge. "Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire de tous ces objets. Certains ont une grande valeur. Mon fils a toujours aimé transmettre son expérience. Il est le pionnier du golf moderne en Belgique. Mais, cette collection est unique. Quand je ne serai plus là, je ne sais pas ce qu'il en adviendra. Un vide-grenier ?" Les enfants de Nicolas Colsaerts prendront le relais pour faire vivre la carrière du Belgian Bomber.

Patrick Colsaerts dans sa cave avec tout les trophés de NicolasPatrick Colsaerts prend la pose dans sa cave avec tous les objets de la carrière de Nicolas. ©Bernard Demoulin

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