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Le saxophoniste Simon Comté, révélation du 42e Gaume Jazz Festival

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Qu'est-ce qui fait la réussite d'un festival comme le Gaume Jazz ? Une formule éprouvée puisque, ce week-end, il en était à sa 42e édition, qui fait se rencontrer un public curieux, attentif, souvent joyeux, et un panel d'artistes très divers et qualitatif. Quand il se promène sur la planète Georges Brassens, le grand – dans tous les sens du terme – contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse se plaît à dire qu'il est "amoureux des bons publics".

C'est tout à fait ça, quand on hume l'ambiance dans le parc du Centre culturel de Rossignol – Tintigny, même si, comme partout ailleurs, le gazon est quelque peu roussi ! Avide de découvertes, ce bon public gaumais est susceptible de faire du bruit, avec une promptitude à se dresser pour marquer son enthousiasme. Mais il peut aussi laisser le silence s'établir après un morceau particulièrement touchant, comme lors du concert de François Vaiana.

Nuit bruxelloise en Gaume

Chanteur, ce dernier s'est acoquiné avec le pianiste, compositeur et arrangeur Fabian Fiorini pour présenter un spectacle original, avec ce culot d'exporter le monde de la nuit bruxelloise, que le chanteur connaît bien, en terre gaumaise rurale… Eh bien, ça marche. À gauche, tuba, cor et violoncelle ; à droite, DJ et guitare électrique : c'est une manière d'orchestre de chambre dans lequel s'intègre la voix de François Vaiana.

À tuba, à cor et à cri se construit un univers trouble et parfois dissonant, sur fond de rythmes entêtants et de hachures de guitare. Quelques touches baroques émergent, jusqu'à ce que la pulsation binaire prenne le dessus, dans ce conte urbain sombre, tellement humain. Sur un long passage entre hip-hop et spoken word, la lecture du texte nuit sans doute à l'expression des émotions, mais François Vaiana fait preuve d'une grande agilité et présence vocale dans ce récit très personnel.

Ce spectacle ne laisse pas plus indifférent que celui, dans un tout autre genre, de l'hommage au pianiste prodige Esbjörn Svensson. Fondateur du Esbjörn Svensson Trio (E.S.T.), qui avait réalisé sa première prestation hors Scandinavie en 1993 à Rossignol, est décédé lors d'un accident de plongée sous-marine en 2008. Ses deux compères, Dan Berglund, basse, et Magnus Oström, batterie, ont décidé de saluer sa mémoire avec un projet à la hauteur du personnage.

Manfred aux manettes !

Autour du trio de base, dont Joel Lyssarides assure la partie piano, se forme un groupe à géométrie variable avec quelques amis parmi lesquels se trouve Ulf Wakenius, guitariste chevronné qui peut se targuer d'avoir fait partie du dernier quartette du pianiste Oscar Peterson, en 1997. Avec des morceaux qui ne semblent jamais devoir s'arrêter, sans pour autant paraître interminables, le groupe confirme la puissance triomphante que peut générer le minimalisme. Précis et détaillé, le son transforme le chapiteau gaumais en studio ECM, Manfred aux manettes !

Un sextette de première bourre pour commémorer l'Esbjörn Svennson Trio, connu sous l'acronyme E.S.T.Dan Berglund, basse et Magnus Oström, batterie, et quelques amis scandinaves, rendent un vibrant hommage au regretté pianiste Esbjörn Svensson, avec lequel ils formaient le trio E.S.T. ©Christian Deblanc

Autant à l'archet qu'en pizzicato, le contrebassiste Dan Berglund assure une présence phénoménale, donnant, avec le batteur Magnus Oström, une charpente à ce groupe au son total, marqué par la très nette prééminence du collectif sur l'individuel. Quelle leçon, ces Scandinaves !

Soliste d'avenir

Dans le genre leçon, celle que donne le jeune saxophoniste Simon Comté à quoi, 21, 22 ans, n'est pas mal non plus. Fils de Manu Comté, accordéo-bandonéoniste, Simon s'est déjà fait un prénom : élève, en quatrième année, à la Manhattan School of Music de New York, le saxophoniste belge a remporté le prix du meilleur soliste de jazz lors de la 49e édition des DownBeat Student Music Awards : le voilà parmi les "Jazz Soloists for the Future", selon le magazine américain de référence.

Avec les très sollicités Wajdi Riahi au piano, Félix Zurstrassen à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie, il bénéficie d'un trio aguerri sur la scène de Rossignol. Curieusement, Simon Comté développe un son bien plus âpre au saxophone ténor qu'au soprano. Rocailleux au sax courbe, quasi rollinsien, avec un son de rhythm'n'bluesman qui conviendrait aux Rolling Stones, il est beaucoup plus suave avec le sax droit, pourtant bien plus difficile à "ajuster".

C'est son originalité, alors que le jeune homme fait déjà preuve d'une maîtrise instrumentale exceptionnelle et d'une connaissance approfondie de la musique de jazz. Des talents soutenus par une intuition remarquable en solo, ce qui fait de Simon Comté, indubitablement, la révélation de ce 42e Gaume Jazz Festival. Ça, avec l'ambiance et le soleil gaumais, que demander de plus ?

"Chameleon Eyes", Simon Comté Quartet, Flak Records

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