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L’attribution du prix au tribunal international et la défense du « multilatéralisme » prônée par l’UE sont aux antipodes des positions du président américain, qui a la CPI en horreur.
Par Maxime Dhuin avec AFP
Preuve que les relations entre Washington et le Vieux Continent restent compliquées. Le prix Sakharov pour la liberté de pensée, remis par le Parlement européen, a été attribué à la Cour pénale internationale (CPI), a annoncé ce jeudi 22 octobre la présidente de l’organe parlementaire de l’UE, Roberta Metsola. Le choix de récompenser le tribunal n’est pas anodin : il est actuellement dans le collimateur de Donald Trump.
« L’Union européenne repose sur le respect du multilatéralisme et des institutions internationales, et ce prix salue l’important travail accompli par la cour pour faire respecter le droit et la justice à l’échelle internationale », a déclaré Roberta Metsola dans l’hémicycle à Strasbourg, déclenchant des applaudissements et une ovation d’eurodéputés, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous, diffusée par l’eurodéputée écologiste allemande Hannah Neumann.
Basée à La Haye, aux Pays-Bas et comptant 125 États membres, la Cour pénale internationale juge les individus accusés des pires atrocités commises dans le monde : crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Ce prix intervient à un moment où la cour est confrontée « à des défis sans précédent », a souligné sa présidente, la juge Tomoko Akane, après avoir remercié le Parlement européen.
« Un message d’espoir et de résistance envoyé à Trump »
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a félicité la CPI et l’a assurée de son soutien, soulignant qu’elle « doit pouvoir mener à bien sa mission en toute indépendance, sans subir de pressions ni d’intimidations ». « C’est historique », a aussi salué Chloé Ridel, du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) voyant là « un message d’espoir et de résistance envoyé à Donald Trump ».
Le 9 octobre, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre la CPI visant à paralyser son fonctionnement quotidien, quelques heures après la remise du prix Nobel de la paix à l’une de ses anciennes juges, la Sud-Africaine Navi Pillay. Le président américain Donald Trump, qui estime que le prix Nobel aurait dû lui revenir, a fustigé un choix « honteux ». Et son secrétaire d’État Marco Rubio a promis de démanteler « brique par brique » la Cour de La Haye, qualifiée de « tribunal voyou ».
L’administration américaine est furieuse que la CPI ait émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, un proche allié des États-Unis, pour des crimes présumés commis à Gaza. Les États-Unis mènent une campagne diplomatique visant à faire pression sur des pays pour qu’ils se retirent de l’institution.
Pour la cheffe des sociaux-démocrates au Parlement européen, Iratxe Garcia Perez, c’est une « victoire pour la justice internationale et une défaite pour les autocrates ». L’eurodéputée insoumise et présidente du groupe The Left au Parlement européen, Manon Aubry, a salué sur X une « excellente nouvelle », indiquant avoir « soutenu » la candidature de la CPI « pour [son] travail contre l’impunité ».
Le choix de la CPI était soutenu par la gauche et le centre
Outre la CPI étaient en lice pour le prix Sakharov l’opposant tanzanien Tundu Lissu ainsi que les sœurs Taraneh et Romina Rahimi, deux Iraniennes emprisonnées dans leur pays pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales à Ispahan en janvier. L’une d’elles a été condamnée à la peine de mort. Les trois finalistes ont été départagés jeudi par les chefs des groupes politiques au Parlement européen. La gauche et le centre soutenaient la CPI pour le prix Sakharov tandis qu’une partie de l’extrême droite et surtout la droite proposaient de récompenser Tundu Lissu.
Le groupe d’extrême droite les Patriotes, co présidé par Jordan Bardella, a refusé de rallier la candidature de l’opposant tanzanien défendue par le PPE ainsi que par le groupe ECR (Conservateurs et réformistes), selon une source au sein des Patriotes. Les eurodéputés Patriotes, qui soutenaient Taraneh et Romina Rahimi, ont préféré s’abstenir ce qui a permis aux soutiens de la CPI de l’emporter.
L’an dernier, le prix Sakharov avait récompensé deux journalistes emprisonnés en Géorgie et au Bélarus, Mzia Amaghlobeli et Andrzej Poczobut. Ce dernier, un Polono-Bélarusse arrêté par Minsk en 2021, a été libéré en avril 2026 dans le cadre d’un échange de prisonniers coordonné par les États-Unis. En 2024, le prix avait été remis à la Vénézuélienne Maria Corina Machado, depuis auréolée du prix Nobel de la paix.
Le Parlement européen organisera le 16 décembre à Strasbourg une cérémonie pour la remise du prix, nommé d’après le dissident soviétique Andreï Sakharov et qui est doté de 50 000 euros.


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