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L’ancien photographe de presse Jeannot Lévesque s’est libéré d’une grande responsabilité en cédant plus de 600 000 négatifs à la Société historique du Saguenay. La collection comprend des photos de plusieurs photographes du journal Le Quotidien et du Progrès-Dimanche prises entre 1987 et 2000 sur le territoire du Saguenay.
Les milliers de clichés étaient entreposés dans les locaux de l'organisme depuis 2021 en prévision d’une entente. Le transfert du fonds Jeannot Lévesque a été officialisé au début de l’été.
Tous mes négatifs noir et blanc et couleur, c'est ça qui justement prend le plus de place, reconnaît-il. Ici, au moins, je sais qu'ils sont à l'abri du feu et des intempéries, température et humidité contrôlées, tout le kit.

Chaque enveloppe contient plusieurs dizaines de photos.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Jeannot Lévesque a été interpellé à quelques reprises quant à la valeur de ses archives qui dormaient dans son sous-sol.
Ça va être entre bonnes mains, c'est ça qui est important. C’est un sentiment de fierté. Ça m’a fait un petit pincement au cœur quand c’est arrivé.
Les boîtes de négatifs s’entassent sur plusieurs tablettes à la Société historique du Saguenay. Une enveloppe représente un sujet, un événement ou une personne photographié. Des centaines d'enveloppes peuvent être entreposées dans une seule caisse.
Normalement, tout ce qui s’est passé d’important en actualité, ça se trouve dans ces négatifs, assure-t-il. C’est surtout le travail de quatre photographes. J’ai eu des stagiaires, il ne faut pas les oublier.

Jeannot Lévesque trouvait important de s'assurer de la pérennité de ses archives photographiques.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Mais l'ancien photographe pour Le Quotidien et Le Progrès-Dimanche n'a pas été en mesure de se départir de l'entièreté de ses archives.
J'ai gardé 1996, le déluge, parce que, pour moi, ça représente quand même quelque chose de relativement important. Un des plus gros faits divers que j'ai vécu, qui s'est échelonné pas juste sur deux ou trois jours, mais sur des semaines et des semaines, plus mes fichiers numériques, explique-t-il.
Un transfert important
Après des années de dialogue, la Société historique du Saguenay accueille cet imposant don à bras ouverts malgré la charge de travail qu'il représente.
C'est vraiment un grand moment de recevoir le fonds Jeannot Lévesque, se réjouit la directrice générale Joëlle Hardy. Ça fait cinq ans qu'on discute avec M. Lévesque de la meilleure manière de conserver son fonds, de faire le transfert de la responsabilité d'autant de documents. On parle en ce moment de 617 000 photographies analogiques sur négatif 35 millimètres noir et blanc. C'est la première partie du versement du fonds Jeannot Lévesque.

Joëlle Hardy est à la tête de la Société historique du Saguenay.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Le fonds Jeannot Lévesque s'ajoute aux autres déjà détenus par l'organisation, dont ceux de la Maison de la presse, du Réveil, du Lingot, en complément au fonds Rodrigue Bégin aussi.
Ce fonds arrive comme une bonification, je dirais même un élément central de l'époque photographique dans lequel il s'inscrit.
Un imposant travail d’évaluation
Un travail de préparation a dû être réalisé avant d'accueillir ce don. Un inventaire sommaire des images disponibles, une estimation de la période concernée et un plan de classement ont été réalisés.
Selon les évaluations de la Société, il faudrait qu'une personne se consacre à temps complet pendant 20 ans aux 600 000 négatifs du fonds Jeannot Lévesque pour arriver à les inventorier, les traiter et les numériser. Les 1,2 million de photos de l'équipe du photographe de presse pourraient représenter 27 ans de traitement.

Le fonds Jeannot-Lévesque comprend des images de plusieurs vedettes ayant visité la région, comme Roch Voisine.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Quand on travaille du 35 mm, on ne peut pas travailler plus vite que l’aurait fait le photographe dans les années 90. C’est le document et sa nature qui nous impose sa vitesse de travail, souligne Mme Hardy. Il faut prendre soin de toutes ses particularités en fonction de son époque, son niveau de fragilité, sa capacité à être manipulé. Il faut prendre le temps, ce sont des copies uniques. Il n’y en a qu’une. Il faut qu’on s’assure qu'elles perdurent le plus longtemps possible.
Pour parvenir à compléter l'ouvrage, l’organisation s’en remet aux divers programmes de subventions, à l’apport de bénévoles et d’étudiants pendant la période estivale.
L’idée, c’est de toujours faire des petits pas en priorisant les bons fonds en fonction de la demande, résume la dg.
Des millions de photos à traiter
Avec maintenant 3 700 000 photos, la Société historique du Saguenay a triplé son nombre de photographies en à peine cinq ans. Mme Hardy explique qu’il y a de plus en plus d’acquisitions analogiques.
Comme société d'histoire, il faut faire front, il faut avoir des planifications stratégiques, des espaces d'acquisition, mettre en place des équipes qui ont les compétences, tout simplement accueillir, puis s'organiser vis-à-vis tout ce patrimoine-là pour être les bons gardiens qu'on s'attend de nous, soutient-elle.

Les boîtes déposées sur les étagères comprennent des milliers de photographies.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Elle rappelle que les organisations comme celle qu'elle dirige ont maintenant sous leur responsabilité des magasins d’archives analogiques et numériques, c’est-à-dire des serveurs qui permettent d'entreposer des documents numériques.
Ce n’est pas parce que le patrimoine n’existe pas de manière tangible qu’il n’est pas tout aussi intéressant, expose Joëlle Hardy.
Quant aux fichiers numériques de Jeannot Lévesque, soient les photos prises pas son équipe de 2000 à 2022, ils se retrouvent sur trois disques durs externes encore chez lui. Joëlle Hardy estime qu’ils pourraient représenter plusieurs dizaines de téraoctets.
Des discussions sont d'ailleurs en cours afin de conclure un transfert.
Des archives accessibles à tous
Maxime Fleury, candidat au doctorat à l’Université de Sherbrooke, salue la démarche. Il rappelle la valeur des médias régionaux à cette époque.
Pour la région, c’est la source principale d’informations pour l’actualité régionale. Les photos donnent des ouvertures vers le passé, des choses qu’on ne se doute pas nécessairement. C’est très diversifié comme source d’informations, affirme-t-il.
M. Fleury souligne l’importance de ces archives pour tous. Pour nous, les historiens, c’est une de nos principales sources. Pour la population en général, parfois, on peut retrouver un membre de notre famille, par exemple. Tout le monde y trouve son compte, conclut-il.


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