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Le nombre de victimes de violences à Bétharram pourrait être beaucoup plus élevé qu’attendu

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Le rapport de la commission d’enquête indépendante sur les violences à Bétharram estime qu’il pourrait y avoir jusqu’à 1 500 victimes de violences sexuelles et physiques.

Par Maïwenn Furic avec AFP

Pour les victimes, le rapport préconise « l’organisation d’un tribunal citoyen », alors que l’essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes est prescrit, en raison de l’ancienneté des faits.

LILIAN CAZABET / Hans Lucas via AFP

Pour les victimes, le rapport préconise « l’organisation d’un tribunal citoyen », alors que l’essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes est prescrit, en raison de l’ancienneté des faits.

Entre 700 et 1 500 enfants scolarisés de 1950 à la fin des années 1990 à Notre-Dame-De-Bétharram, près de Lourdes, et dans d’autres établissements de cette congrégation religieuse, ont été potentiellement victimes de violences sexuelles, physiques ou psychologiques, selon le rapport d’une ONG spécialisée dévoilé ce samedi 20 juin.

Cet « ordre de grandeur », tiré de plusieurs projections statistiques « à interpréter avec une extrême prudence », témoigne de décennies de « violences systémiques » et « institutionnelles », et écarte la thèse d’une « addition d’actes individuels », estime l’Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d’un an à la demande de la congrégation mise en cause.

Pour en arriver à cette estimation, la commission a choisi de proposer « des pistes » de calcul, en estimant un « taux de révélation » des violences de tous types variable selon les époques, en prenant en compte des freins comme le « poids de la honte » et le « prestige de l’institution religieuse », permettent cependant d’imaginer que le taux de révélation est encore plus faible pour les décennies les plus anciennes. Par exemple, si ce taux de révélation s’élève à 15 % pour les années 1950 et 1960, à 20 % pour les années 1970 et ainsi de suite, il pourrait y avoir eu jusqu’à 726 victimes à Bétharram.

L’essentiel n’étant pas d’établir un chiffre précis, précisent les rapporteurs, mais de souligner que les anciens élèves concernés sont plus nombreux que le total de ceux qui ont parlé, rapporte Le Monde. À ce jour, près de 250 plaintes visant des religieux et des laïques ont été déposées.

Un « système institutionnel de violences (...) bien rodé »

La piste d’une « prétendue tolérance de l’époque » à la violence, au sein de cet établissement privé, longtemps prisé dans le Sud-Ouest pour sa réputation autoritaire marquée par « la valorisation de la dureté », doit être également rejetée, affirment les auteurs, après avoir interrogé près de 140 anciens élèves et acteurs de la congrégation, qui gérait plusieurs écoles, collèges et lycées en France et en Afrique. Ce « système institutionnel de violences (...) bien rodé » a perduré durant « des décennies » via des « mécanismes de silenciation » des élèves, « fondés sur la peur, la honte et la domination ».

Les alertes « dispersées » et « fragmentées » de victimes ou de leurs proches ont également été perçues comme « peu crédibles » localement face à « la réputation de l’établissement », appuyé par « l’attachement de nombreux anciens élèves » et au « prestige attaché à l’autorité religieuse », relève également l’IFJD, qui pointe « une défaillance générale des mécanismes de contrôle » de l’Église comme de l’État.

L’ex-Premier ministre et figure politique locale François Bayrou, qui avait des enfants scolarisés à Bétharram, avait notamment été accusé d’avoir eu connaissance d’abus au sein de l’établissement sans intervenir, ce qu’il a toujours nié.

« Un mécanisme de réparation financière » recommandé

Pour les victimes, le rapport préconise « l’organisation d’un tribunal citoyen », alors que l’essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes est prescrit, en raison de l’ancienneté des faits - seuls deux hommes, un laïc et un religieux, ont été mis en examen. L’IFJD, ONG spécialisée dans la justice transitionnelle en zone de conflit, soutient aussi la création « d’un mécanisme de réparation financière », en parallèle au 1,4 million d’euros d’indemnisation versés par la congrégation à 48 victimes à ce jour.

Mais l’affaire Bétharram, « rendue possible par une succession de renoncements, d’aveuglements, de silences et de défaillances », « n’est pas une anomalie », ajoutent les auteurs. Dévoilée en 2023 par des témoignages d’anciens élèves publiés en cascade sur Facebook, elle « montre que la protection des enfants ne peut reposer sur le courage exceptionnel de quelques lanceurs d’alerte », conclut le rapport, qui implore la société d’« écouter » les enfants « lorsque leur parole trouble l’ordre établi ».

Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année.

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