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L’intervention américaine au Venezuela, et la prétendue mainmise de Washington sur le pouvoir à Caracas — alors même que le chavisme sans Nicolás Maduro reste en place —, est fondée sur des illusions. Des mirages et des fantasmes en bonne partie liés à la fascination enivrante pour l’or noir.
Le pétrole dans cette affaire est la drogue qui alimente les illusions de grandeur des États-Unis, à l’heure de leur déclin géopolitique et économique.
Le mirage est triple.
D’abord, on croit faussement — en tout cas, Trump-le-naïf croit faussement –— à l’existence de fabuleuses réserves de pétrole, facilement accessibles au Venezuela. C’est le fameux chiffre de 300 milliards de barils de « réserves prouvées », selon l’expression utilisée, qui dépasseraient de 50 milliards celles de l’Arabie saoudite, pour en faire les supposées « plus grandes réserves du monde ».
C’est au mieux une extrapolation hypothétique, au pire un mensonge. Entre 2010 et 2013, alors qu’Hugo Chávez était encore vivant et en menait large au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, les statistiques officielles de l’organisation ont soudain vu les évaluations pour le Venezuela tripler, passant en gros de 100 à 300 milliards de barils, sur un claquement de doigts.
Cette évaluation ne résultait pas de grandes découvertes géologiques ni de percées technologiques qui auraient permis de nouvelles exploitations. On avait simplement changé l’évaluation officielle de certains gisements connus, dans le bassin de l’Orénoque, pour les élever au niveau dit « exploitable ».
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Opération politique et opportuniste, alors même que, dans les faits, l’industrie nationale pétrolière s’enlisait, que les équipements se dégradaient gravement et que la production annuelle s’effondrait. Production quotidienne du Venezuela en 1997 : 3,5 millions de barils. En 2020 : 500 000 barils. Pour comparaison : l’Arabie saoudite produit environ 10 millions de barils.
Donald Trump a convoqué le 9 janvier les dirigeants de compagnies pétrolières pour les inciter à investir au Venezuela, leur disant en substance, à la fois impérialiste et mafieux : « J’ai défoncé la porte ! Leur pétrole est à nous ! Servez-vous ! » Mais attention, a ajouté le boss : « Vous traitez directement avec nous, nous ne voulons pas que vous traitiez avec le Venezuela. »
Selon les comptes rendus de cette réunion, le sentiment général était plutôt au scepticisme, et ce ne sera pas la ruée. Les spécialistes savent que ce pétrole lourd et visqueux, véritable mélasse, est difficile à traiter et que les infrastructures là-bas sont désuètes, voire ruinées.
Ils ont aussi lu l’étude du cabinet Rystad Energy évaluant les réserves exploitables du pays à 30 milliards de barils (dix fois moins que le chiffre officiel), et les investissements requis à plus de 100 milliards de dollars.
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Deuxième mirage : on veut faire croire que conditions politiques (internes au Venezuela), commerciales (marché mondial) et géopolitiques sont bonnes, alors qu’elles ne le sont pas.
L’agression du 3 janvier était aussi tactiquement réussie qu’elle est stratégiquement indigente. Trump croit qu’une « décapitation » et un simple coup de pied dans la fourmilière peuvent tout changer. De façon caractéristique, sans avoir la moindre idée de ce qui va suivre, il dit : « On va voir ce qui va se passer »… et jette des promesses sans rapport avec la réalité, à l’horizon de quelques semaines ou de quelques mois.
Le Venezuela est un pays politiquement, psychologiquement et socialement brisé. Son économie, ses infrastructures, la démocratie et l’état de droit sont en ruine. Plus du quart de sa population a fui à l’étranger — sans la guerre ! Penser que l’électrochoc de la capture et de l’exfiltration du président d’un État souverain (qui était aussi, c’est vrai, un chef mafieux haï par la population) puisse, comme par miracle, remettre le Venezuela sur les rails est une illusion.
Trump, en bon mafieux lui-même, croit qu’il peut conclure une entente « de capo à capo » avec celle qui a remplacé Maduro — avec le gros bout du bâton pour lui. Mais l’opposition démocratique, qui a gagné les élections de 2024 et que la Maison-Blanche rejette aujourd’hui comme un rebut, se sent trahie : la clique au pouvoir est toujours là.
La population ne voit rien de bon pour elle dans ces tractations entre bandits, par-dessus sa tête. Le potentiel de violence, entre l’État et la population, ou entre factions au pouvoir (Delcy Rodríguez a-t-elle trahi Maduro ?), est élevé.
Une abdication de souveraineté en échange d’un boom économique ? Ce n’est même pas dans les cartes. Le marché mondial du pétrole n’aurait rien à faire, en 2026, 2027 ou 2028, d’un hypothétique sursaut de production qui viendrait du Venezuela.
Au-delà des considérations morales sur la brutalité impérialiste de l’épisode, il n’y a pas là-dedans le moindre plan de relance, politique ou économique, pour ce malheureux pays.
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Enfin, dernière illusion et non la moindre : on parie sur le pétrole, alors que le pétrole ne représente pas l’avenir. Il est vrai que le « pic pétrolier » (suivi d’un déclin précipité) annoncé depuis 40 ans tarde toujours à se concrétiser, et que la demande à court et moyen terme demeure élevée, avec un marché bien approvisionné.
Miser sur le pétrole à l’heure du nécessaire changement énergétique peut paraître absurde, même s’il y a un débat légitime entre la nécessité immédiate (réchauffement climatique), les moyens de la transition et les objectifs à long terme.
Mais ce n’est pas la mélasse pétrolière de l’Orénoque, sous tutelle américaine, qui va permettre aux Vénézuéliens de se tirer du fond du baril.
Pour joindre l’auteur : [email protected]


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