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Je crois profondément à l’importance de la langue française. Elle est au cœur de mon identité, de celle de ma famille et de l’identité collective du Québec. Elle mérite d’être protégée, valorisée et célébrée. C’est précisément parce que je crois à la force du français que je crois aussi à la force du dialogue. Notre tradition démocratique reconnaît à une minorité linguistique le droit d’entendre, dans sa langue et sur les sujets qui la préoccupent, ceux qui sollicitent son vote.
Arrivé à Joliette en provenance de Port-au-Prince à la fin des années 1960, j’ai découvert un Québec en pleine transformation : un Québec ouvert sur le monde, porté par l’élan d’Expo 67, des Jeux olympiques de Montréal et par une confiance grandissante en son avenir. Enraciné dans ma francophonie, j’y ai côtoyé des personnes venues des quatre coins du monde, étudié et travaillé dans les deux langues, d’abord comme enseignant de mathématiques et de physique en français, puis comme administrateur au sein du réseau scolaire anglophone. À cette époque, nous étions nombreux à croire que l’affirmation du français n’exigeait pas l’exclusion de l’anglais, mais reposait plutôt sur la confiance en notre langue et sur le dialogue, l’une des plus belles expressions de notre humanité.
Je me rappelle qu’en 1984, j’ai eu le privilège de présenter René Lévesque lors d’une fête du Canada à LaSalle. Son discours, prononcé en français comme en anglais, s’adressait à tous. Quelles que soient les opinions que l’on puisse avoir sur son projet politique, il avait compris qu’un véritable leadership exige d’aller expliquer ses idées partout où le dialogue l’appelle. Le fait de s’exprimer en anglais ne diminuait en rien son attachement au Québec ni à la langue française. Au contraire, cela témoignait de la confiance qu’il avait en ses convictions et du respect qu’il portait à ceux qu’il cherchait à convaincre.
C’est précisément pour cette raison que je crois que nos dirigeants politiques devraient saisir les occasions de s’adresser directement aux Québécois d’expression anglaise.
La personne qui occupera le poste de premier ministre du Québec gouvernera près de neuf millions de personnes, dont plus d’un million de Québécois d’expression anglaise. Ils travaillent dans nos écoles, nos établissements de santé, nos entreprises, nos organismes communautaires et nos institutions culturelles. Ils élèvent leurs familles, prennent soin de leurs proches et contribuent chaque jour à la prospérité du Québec. Comme tous les autres citoyens, ils méritent d’entendre directement les personnes qui sollicitent leur vote et d’avoir l’occasion de leur poser des questions.
Que ces échanges prennent la forme d’un débat des chefs, d’un forum communautaire, d’une causerie ou de toute autre rencontre publique importe finalement moins que le principe qui les inspire. La démocratie est plus forte lorsque les dirigeants politiques sont prêts à expliquer leur vision, à répondre à des questions difficiles et à dialoguer directement avec les citoyens.
Les questions que souhaitent poser les Québécois d’expression anglaise ne sont pas fondamentalement différentes de celles que l’on entend partout au Québec : comment renforcer notre système d’éducation ? Améliorer l’accès aux soins de santé ? Faire croître notre économie ? Aider les jeunes à bâtir leur avenir ici ? Soutenir nos régions ? Ce ne sont pas des enjeux « anglophones ». Ce sont des enjeux québécois.
Tout au long de ma carrière, j’ai constaté que les conversations franches favorisent la compréhension, et que la compréhension engendre la confiance. Il en va de même dans la vie publique. La démocratie ne consiste pas seulement à demander le vote des citoyens ; elle consiste à gagner leur confiance grâce à l’ouverture, au dialogue et au respect.
La leçon de René Lévesque demeure tout aussi pertinente aujourd’hui. Participer à des échanges avec les Québécois d’expression anglaise ne remet nullement en question l’importance du français ni l’identité du Québec. Au contraire, cela démontre la confiance que nous avons dans les valeurs qui définissent notre société. Une nation sûre de sa langue et de son identité n’a rien à craindre du dialogue.
À l’approche des prochaines élections, j’espère que nos dirigeants politiques saisiront ces occasions de dialogue. Une démocratie mature ne craint pas les conversations difficiles ; elle les recherche.
S’adresser aux Québécois d’expression anglaise ne diminue en rien la primauté du français. C’est la démonstration d’une société suffisamment confiante dans sa langue et son identité pour parler à l’ensemble de la population qu’elle aspire à gouverner. Le leadership commence par le dialogue.


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