Le journaliste Bruno Meyerfeld a remporté mardi le 88e prix Albert Londres, récompense la plus prestigieuse du journalisme francophone, pour ses articles publiés dans Le Monde sur les peuples indigènes au Brésil, a annoncé le jury.
«Il y a de l'Albert Londres dans ces récits. Avec poésie, Bruno Meyerfeld n'élude pas les violences subies par les Amérindiens, dans les territoires les plus reculés de l'Amazonie», ont salué les membres du jury, selon un communiqué.
Bruno Meyerfeld, 35 ans, est un reporter indépendant qui a travaillé dans de nombreux pays, en particulier sur les enjeux environnementaux. «Je pense surtout aux peuples autochtones qui m'ont accueilli et qui luttent actuellement contre des violences de toutes parts. C'est à eux que je dédie ce prix», a-t-il déclaré lors de la cérémonie.
En 2025: Lorraine de Foucher: «Médiatiser les affaires #MeToo ne suffit pas. Ce qui fait baisser la violence, ce sont des décisions politiques»Arthur Sarradin (livre) et Brice Lambert (audiovisuel) récompensés
Outre la catégorie reine, en presse écrite, le 42e prix de l'audiovisuel a été décerné à Brice Lambert, 40 ans, pour son film documentaire Sexe faible, l'Amérique en guerre contre ses femmes (Arte, Studio fact presse). «La monstruosité de certains hommes à l'égard des femmes est effarante. Des ambiances talibanes ne sont pas réservées à l'Afghanistan», souligne le jury. Ce documentaire «n'existerait pas sans l'audiovisuel public. Aujourd'hui, il est traversé par une crise grave, mais nous devons le défendre car il est garant de notre démocratie», a affirmé Brice Lambert.
Enfin, le 10e prix du livre a couronné Arthur Sarradin pour Le Nom des ombres. Sortir de l'enfer concentrationnaire syrien (Ed. du Seuil). Le journaliste de 26 ans a été l'un des premiers à assister à l'ouverture des prisons syriennes après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.
Dans son ouvrage, il retrace la réalité de cet univers concentrationnaire à travers les témoignages glaçants d'anciens détenus ou de petites mains du régime. Le jury a relevé chez Arthur Sarradin «une maturité étonnante, un sens de l'écriture et de la narration».
«Laissez les journalistes entrer dans Gaza»
Albert Londres (1884-1932) est le père du grand reportage moderne. La récompense portant son nom avait été décernée pour la première fois en 1933, et était allée à un certain Emile Condroyer pour ses reportages dans le quotidien Le Journal. Le prix du reportage audiovisuel a été créé en 1985 et celui du meilleur «livre d'enquête et de reportage» en 2017. Les lauréats reçoivent chacun 5 000 euros.
Le jury est composé de lauréats du prix. Pour pouvoir prétendre au prix Albert Londres, les candidats doivent être francophones et avoir moins de 41 ans. La carte de presse n'est pas obligatoire pour concourir au prix, ouvert à tous les genres de presse (économique, politique, sportive, culturelle...), et les journalistes peuvent se présenter à titre individuel.
«Etre au plus près des faits semble un impératif catégorique, car cela conditionne notre impartialité. Mais encore faut-il pouvoir aller là où les choses se passent (...). Un territoire reste bouclé depuis 3 ans. Laissez les journalistes entrer dans Gaza», a enjoint le président du prix, Hervé Brusini.
Lire aussi: Inciter au crime, faire taire ceux qui l’exposent: derrière les petits et les grands écrans, la stratégie du Likoud pour imposer son récit sur GazaPrésente à la cérémonie, la ministre de la Culture a dit «apporter son soutien» à la filière. «Là où la démocratie est attaquée, la liberté des journalistes aussi», a déclaré Catherine Pégard. Elle a aussi adressé «une pensée pour Christophe Gleizes», journaliste français emprisonné en Algérie depuis juin 2025.


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