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Avec un résultat net en hausse de 86 %, Le Gouessant veut utiliser sa solidité financière pour accompagner les transitions de l’élevage face aux défis climatiques et sociétaux.
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Par Bertrand Dumarché Publié le 30 juin 2026 à 18h06
Dans les bâtiments d’élevage, les ventilateurs tournent à plein régime. Dans les champs, les regards se tournent vers le ciel. Alors que la Bretagne traverse un épisode de forte chaleur inédit par sa précocité et son intensité, les responsables de la coopérative Le Gouessant savent déjà que 2026 laissera des traces dans les élevages. « Il y a des pertes dans toutes les productions », constate Thomas Couëpel, président de la coopérative.
Pourtant, les chiffres présentés lors de l’assemblée générale racontent une autre histoire : celle d’un exercice 2025 particulièrement solide. Le groupe entend mettre cette situation à profit pour accélérer les transformations devenues indispensables à l’avenir de l’élevage.
« 2025 est une très bonne année. Cela a donné de l’oxygène aux éleveurs et aux industries agroalimentaires », résume Thomas Couëpel. Cette performance s’appuie notamment sur un contexte favorable aux productions animales, avec un coût des matières premières plus modéré, malgré la baisse du prix du porc.
Mais pour le président, l’essentiel est ailleurs. « Ce que nous vivons aujourd’hui nous rappelle qu’il faut se dépêcher d’impulser des changements. Si nous voulons continuer à produire, il faudra trouver des solutions. Les résultats nous permettent de le faire de façon plus sereine. »
Des marges de manœuvre pour préparer l’avenir
Cette capacité d’action repose sur une situation financière particulièrement solide. Le chiffre d’affaires du groupe atteint 779 millions d’euros en 2025, en hausse de 2 millions d’euros. Le résultat net bondit à 10,8 millions d’euros, soit une progression de 86 % par rapport à 2024. Les capitaux propres s’élèvent à 158 millions d’euros, tandis que le taux d’endettement reste limité à 3,6 %.
Pour Rémi Cristoforetti, directeur général, ces performances tiennent en grande partie à un contexte favorable aux productions animales. « En 2025, nous avons bénéficié d’un cours du blé orienté à la baisse, ce qui a soutenu les activités d’élevage. » Malgré la baisse du prix du porc, les volumes ont augmenté et plusieurs activités ont poursuivi leur développement.
Cette solidité a permis à la coopérative de consacrer 2 millions d’euros à des soutiens directs aux associés coopérateurs, sous forme d’aides et d’expérimentations, auxquels s’ajoutent 1,2 million d’euros de ristournes. Le Gouessant a également investi 10,7 millions d’euros dans ses activités, hors prises de participation financières.
La dynamique est aussi visible dans le sociétariat. La coopérative compte désormais plus de 4 300 adhérents, contre 4 160 un an auparavant, une progression principalement portée par les filières d’élevage. Le groupe s’appuie en outre sur l’engagement de 908 collaborateurs.
Les chiffres clés de 2025
779 M€ de chiffre d'affaires
10,8 M€ de résultat net (+86 %)
158 M€ de capitaux propres
3,6 % de taux d'endettement
10,7 M€ d'investissements opérationnels
2 M€ de soutiens directs aux adhérents
Plus de 4 300 adhérents
908 salariés
819 000 tonnes d'aliments commercialisées
L’élevage au cœur des transitions
Pour les responsables de la coopérative, les enjeux dépassent largement les seuls critères économiques. Attractivité des métiers, bien-être animal, performances environnementales, adaptation climatique et sécurité sanitaire constituent désormais les principaux axes de travail.
Le Gouessant accompagne ainsi plusieurs projets consacrés à la ventilation des bâtiments, au confort des animaux et à l’amélioration des conditions de travail. La robotisation et l’accueil des salariés deviennent également des critères de plus en plus importants dans la conception des élevages.
La coopérative souhaite par ailleurs faire évoluer son approche des bâtiments agricoles. « Nous avions un fonctionnement très vertical. Aujourd’hui, nous voulons aller davantage vers des audits techniques et une réflexion approfondie sur les usages », explique Thomas Couëpel.
Cette démarche s’appuie notamment sur le réseau des Fermes 4 Soleil, qui permet de tester et de diffuser des innovations directement chez les adhérents.
Le volet sanitaire constitue un autre sujet majeur. Les épisodes récents ont rappelé l’importance de préparer les élevages à la gestion de crises de plus en plus fréquentes.
« On gère mieux 2026 qu’on n’a géré 2003 »
Thomas Couëpel sur le déréglement climatique : « Aujourd’hui, c’est très compliqué, il y a beaucoup de tensions et d’appréhension. Mais je crois qu’on gère mieux 2026 qu’on n’a géré 2003. Tout ce qu’on pensait qui n’allait pas arriver finit par arriver. On travaille depuis de nombreuses années sur les transitions. Cela demande du temps, de l’expertise et un travail quotidien. L’adaptation n’empêche pas l’atténuation ni la gestion opérationnelle. Je suis confiant : nous avons la capacité et les personnes pour relever une partie des défis. »
Des outils industriels en évolution
L’adaptation passe également par les sites industriels du groupe.
À Saint-Gérand, les efforts engagés ont permis de réduire la consommation d’eau de 10 000 à 7 500 m3. Dans l’aquaculture, où 37 000 tonnes d’aliments ont été commercialisées en 2025, soit une hausse de 3 %, un important investissement est en cours sur le site de Saint-Aaron. L’installation d’un nouveau sécheur doit permettre, à terme, une réduction de 60 % de l’empreinte carbone du procédé concerné.
Le Gouessant poursuit aussi le développement de ses activités de nutrition, dont 70 % des volumes sont exportés, ainsi que de Beanova, dédiée à la séparation des protéines et de l’amidon.
Ces diversifications viennent compléter le cœur historique du groupe, qui a commercialisé 819 000 tonnes d’aliments en 2025, contre 813 000 tonnes un an plus tôt.
Une coopérative qui veut remobiliser ses adhérents
Au-delà des performances économiques, Thomas Couëpel insiste sur la nécessité de renforcer le lien coopératif. « Nous engageons un travail de reconquête de nos adhérents », explique-t-il. Selon lui, le désengagement observé dans de nombreuses formes d’action collective touche également le monde agricole.
L’objectif est donc d’encourager les adhérents à devenir davantage acteurs de leur coopérative et non plus seulement utilisateurs de services.
« Le modèle coopératif a de l’avenir. C’est un modèle de démocratie », affirme le président, convaincu que les défis à venir nécessiteront davantage de collectif.
Une année 2026 sous surveillance
Les responsables du groupe restent toutefois prudents pour les mois à venir. La canicule qui touche actuellement la Bretagne illustre, selon eux, les bouleversements auxquels les exploitations devront s’adapter. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de tensions et d’appréhension », reconnaît Thomas Couëpel. Si les conséquences précises restent difficiles à mesurer, les premiers effets sont déjà visibles dans les élevages.
Le président estime néanmoins que les exploitations disposent aujourd’hui de davantage d’outils qu’au moment de la canicule de 2003. Les investissements réalisés depuis plusieurs années dans les bâtiments, les équipements et les pratiques permettent d’amortir une partie des impacts.
Le message reste cependant clair : les épisodes exceptionnels deviennent progressivement la norme. « Fin 2026, on constatera probablement de nombreuses productions en baisse », anticipe Thomas Couëpel. Une raison supplémentaire, selon lui, d’accélérer les transitions engagées depuis plusieurs années afin de gagner en résilience et de sortir d’une logique permanente de gestion de crise.

À Lamballe, l’usine d’aliments mise sur le sur-mesure
Avec 312 000 tonnes d’aliments produites en 2025, le site de Lamballe demeure l’un des outils stratégiques du groupe. L’usine fabrique des aliments destinés principalement aux filières porcine et avicole, sous forme de farines, miettes ou granulés.
La visite du site illustre l’évolution du métier. Après réception des céréales, tourteaux, additifs et matières pulvérulentes, les matières premières sont broyées, dosées, mélangées puis transformées selon les besoins des élevages. La qualité du mélange est essentielle pour garantir l’homogénéité nutritionnelle des aliments.
L’une des particularités de l’usine réside dans sa capacité de personnalisation. Le Gouessant dispose aujourd’hui d’environ 3 500 formules différentes. À partir d’une base commune, les recettes sont adaptées selon les espèces, les stades physiologiques ou les objectifs techniques des éleveurs. Sur un cycle de production de poules pondeuses, quatre formules différentes peuvent ainsi être distribuées successivement.
Le site dispose d’une capacité de stockage de 25 000 tonnes. Une partie importante des matières premières arrive par voie ferrée. Trois trains sont réceptionnés chaque semaine à Lamballe. Chaque convoi transporte l’équivalent de 50 camions, soit près de 1 500 tonnes de marchandises.
L’outil s’inscrit également dans une démarche d’amélioration de son impact environnemental. Le groupe indique avoir réduit de 16 % la consommation de carburant de sa flotte de transport à tonnage équivalent. L’usine fonctionne toute l’année grâce à une équipe de 27 salariés permanents renforcée par plusieurs saisonniers durant l’été.
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