Connaissiez-vous la «manœuvre H»? C’est peu probable. Depuis lundi, nous avons fait le récit de ce qui était connu, dans le langage militaire suisse, comme le «cas Nord» ou l’affaire de «La Charité-sur-Loire», à savoir la coopération engagée par le général Guisan avec l’état-major français pour la défense de la Suisse en cas d’agression nazie. C’était en 1939-1940. Connu des spécialistes, cet épisode a été soigneusement effacé de la mémoire collective. Durant trente ans, le plus grand secret a été maintenu sur cette manœuvre, puis elle a été étouffée par la célébration du Réduit national. Elle ne collait pas à l’image que l’on s’était construite de la neutralité après la guerre. C’est donc un trou dans le récit helvétique.
Ce projet d’alliance avec la France, contre l’Allemagne, atteste pourtant de deux traits distinctifs de l’histoire suisse. La neutralité armée du petit Etat tampon, au carrefour des puissances européennes, instaurée par le Congrès de Vienne en 1815, n’a que rarement, sinon jamais, été en mesure d’assurer la sécurité du territoire à elle seule. Sa souveraineté ne peut être préservée qu’avec l’appui de ses voisins. Sans pour autant violer le droit de la neutralité, c’est ce qu’a cherché à faire le général Guisan. On parlerait aujourd’hui d’interopérabilité avec les armées «amies».


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