La blonde Marilyn filmée de loin par John Huston, une dizaine d’années après leur rencontre pour Quand la ville dort, comme si elle était aspirée par l’immensité immaculée du désert du Nevada. Dans Les Désaxés (1961), écrit par Arthur Miller, son troisième mari, l’actrice incarne Roslyn, une divorcée un peu paumée qui va être embarquée dans une chasse aux mustangs par trois cow-boys incarnés par Clark Gable, Eli Wallach et Montgomery Clift.
Les voyant maltraiter ces fougueux chevaux sauvages pour l’appât du gain, Roslyn explose sous le soleil brûlant dans un violent monologue humaniste: «Assassins, espèce de menteurs! Vous n’êtes heureux que lorsque vous voyez quelque chose mourir… Pourquoi ne vous tuez-vous pas vous-mêmes, puisque c’est ce qui vous rend heureux? Vous et votre prétendu pays de Dieu, de la liberté… Vous me faites pitié!»
Un tournage chaotique
Entouré d’une aura d’œuvre maudite, Les Désaxés se distingue par une narration léthargique. Marilyn a sur le plateau un comportement erratique et maîtrise mal un texte que Miller modifie constamment (ils divorceront avant la sortie du film), Gable est au bout du rouleau (il mourra une dizaine de jours après la fin du tournage, à 59 ans), Clift traîne son mal-être (il décédera cinq ans plus tard, à 45 ans) et Huston passe ses nuits au casino (et s’endort parfois pendant les prises).
L’aventure – documentée par neuf photographes de l’agence Magnum, dont Henri Cartier-Bresson et Elliott Erwitt – vire au chaos, mais le résultat est stupéfiant. Les Désaxés, financé hors du système des studios et réalisé en noir et blanc, est un long métrage crépusculaire qui, loin des schémas hollywoodiens classiques, préfigure d’une certaine manière le cinéma indépendant des années 1970. Marilyn y semble plus vraie et plus intense que jamais. Elle brillait enfin dans un rôle complexe, qui sera le dernier de sa fulgurante carrière.


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