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Chronique

auteur

Jézabel Couppey-Soubeyran

Economiste

Face à l’inertie de la BCE, la France doit trouver les moyens d’orienter certains placements pour soutenir l’investissement dans la transition écologique et les services publics, plaide l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 4 min.

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La colère lycéenne et étudiante crie, sur le terrain social, ce que les incendies ravageurs de l’été ont rappelé sur le terrain écologique : devenu insoutenable, notre modèle exige une bifurcation immédiate. Or, sans investissements publics massifs pour adapter nos villes et nos campagnes aux canicules et aux inondations comme pour préserver l’hôpital, l’école ou l’université, cette bifurcation n’aura pas lieu.

Mais le mur de la dette fait oublier celui de l’investissement et il ne faut pas trop compter sur le soutien de la Banque centrale européenne (BCE). Sans attendre, l’épargne réglementée offre une piste, modeste mais réelle, pour financer les investissements dont la société a besoin. Donner du sens à l’épargne, c’est rendre de l’espoir aux épargnants et à leurs enfants !

La BCE aurait bien des façons d’aider la France et ses partenaires de la zone euro à concilier soutenabilité de leur dette et besoins d’investissements. D’abord, en relançant des programmes d’achat d’actifs pour faire baisser le taux des emprunts souverains. En théorie, l’instrument de protection de la transmission (IPT), un outil créé en 2022, le lui permettrait. Pour la France, qui emprunte à un taux d’environ 5 % (le plus élevé des pays de la zone euro), cela éloignerait le spectre d’une crise de la dette. De quoi s’endetter à moindre coût et, rêvons un peu, consacrer ces emprunts à la transition écologique et sociale.

Mais l’outil n’est pas du tout conçu pour soutenir la dépense des Etats, fût-elle d’investissement. A fortiori pour la France : sous procédure de déficit excessif depuis juillet 2024, elle ne reste éligible à l’IPT qu’à condition de convaincre qu’elle prend des mesures correctives pour respecter la discipline budgétaire européenne et garantir la soutenabilité de sa dette. En bref, l’aide est réservée aux pays qui n’en ont pas besoin ; elle ne vise qu’à contrer des « dynamiques de marché injustifiées et désordonnées ». La BCE ne se résoudra à dégainer son IPT que si une crise sur les marchés de la dette l’y accule.

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