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Le Festival du nouveau cinéma s’ouvre sur fond de turbulences

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Le 55e Festival du nouveau cinéma (FNC) s’est ouvert jeudi avec la projection du récent film de Denis Côté, Violence du corps de l’autre. Au total, 200 œuvres sont projetées pendant 12 jours dans une formule moins étoffée que d'habitude, le festival montréalais faisant face à des difficultés budgétaires et à une instabilité de sa direction.

Arrivé en juin 2025, un peu plus d’un an après le congédiement du directeur général Nicolas Girard Deltruc, le duo de codirectrices générales Ariane Bélanger et Zoé Protat, qui devait marquer l’entrée du FNC dans une nouvelle ère, ne tient déjà plus les rênes du festival.

Ariane Bélanger, qui exerçait la direction administrative, ne travaille plus pour le festival – c’est une fin d’emploi et non un congédiement, affirme Martin Paul-Hus, le président du conseil d’administration du FNC –, et Zoé Protat, qui était à la tête de la direction artistique, est en congé jusqu’à l’an prochain.

C’est donc Michel Pradier qui assure l’intérim, comme il l’avait fait après le départ de Nicolas Girard Deltruc.

Perte de commandites

Pour Martin Paul-Hus, qui est également producteur associé chez Amérique Films, les difficultés actuelles du FNC résultent de problèmes financiers.

On a mis fin à la codirection essentiellement parce qu’on n'avait plus les moyens d’en avoir une, explique-t-il, soulignant que le montant des commandites reçues a été amputé d’environ 250 000 $.

Outre la perte de commandites venant de Netflix et de Warner, le FNC n’a pas réitéré sa demande de soutien financier à la banque BNP Paribas.

L’année passée, il y a eu un grand mouvement de boycott[age] organisé par plusieurs associations contre tout ce qui était investi dans les industries d'armement en Israël [en protestation contre la guerre à Gaza] et on a eu plusieurs représentations de groupes de pression pour qu’on ne sollicite plus d’argent de BNP Paribas, explique Martin Paul-Hus.

Il assure toutefois que le FNC, dont 60 % du public est âgé de moins de 35 ans, se porte bien en tant qu’événement. La vente de billets est supérieure à l’an dernier, qui avait été l’une des plus grosses éditions des 20 dernières années, dit-il.

Un homme est assis devant un ordinateur.

Le film de Pedro Almodóvar « Autofiction » fait partie de la programmation du 55e Festival du nouveau cinéma.

Photo : Festival du Nouveau Cinéma

Sortir des sentiers battus

Conséquence de ces difficultés budgétaires : la durée du festival a été amputée d’une journée, l’événement se déroule dans une salle de moins et le nombre de films projetés a baissé d'environ 15 %.

Mais on vise toujours la qualité, fait valoir Michel Pradier. L'offre présentée est vraiment formidable.

Jusqu’au 18 octobre, le public peut découvrir 200 films venus de 30 pays. On a vraiment fait une programmation pour essayer de refléter l'essence montréalaise et un peu plus punk avant-gardiste du FNC, explique Émilie Poirier, qui a supervisé la programmation de cette 55e édition.

Avec les films d'ouverture et de clôture, on est allé dans des trucs qui sortent des sentiers battus, ajoute-t-elle.

Larissa Corriveau et Xavier Bergeron dans Violence du corps de l’autre

Violence du corps de l’autre, primé lors du dernier Festival de Locarno, est projeté en ouverture du FNC.

Pour sa cinquième collaboration avec le cinéaste Denis Côté, Larissa Corriveau incarne une femme solitaire qui se promène sur les routes avec son chien, cognant à la porte de gens ayant demandé un service d’euthanasie. Ses rencontres vont l’amener à explorer ses motivations.

Quand j'ai lu le scénario la première fois, ce qui m'a frappée, c'est la tendresse qui émanait malgré le propos où la mort est omniprésente, dit-elle.

Larissa Corriveau partage notamment l’écran avec Xavier Bergeron, vu dans la série Le retour d’Anna Brodeur.

Il y a beaucoup de lumière qui se dégage d'un film qui est, en apparence, un peu sombre, précise l’acteur.

Il y a quelque chose de la marchandisation de la mort et de la marchandisation de la vie dans le même film, indique pour sa part Denis Côté, qui se défend d’avoir réalisé un film à message.

Le titre de ce film, qui sortira en salle le 23 octobre, est tiré d’un livre de l’écrivaine française Constance Debré.

Ça raconte beaucoup sans que l’on comprenne exactement quoi, explique Denis Côté. Je trouvais que ça ressemblait peut-être un peu à mes films aussi.

C'est comme une exploration de toutes les micro-agressions du quotidien, poursuit-il. Je trouve ça poétique.

Le dernier film de Marc Messier

Également au programme du festival : Totality, un documentaire immersif tourné par 21 équipes, dans toute l’Amérique du Nord, sur la capacité rassembleuse de l’éclipse solaire totale du 8 avril 2024; Tender Loving Care, de Mike Leigh; et la quadrilogie Matrix.

Les cinéphiles pourront aussi voir plusieurs films présentés au printemps dernier à Cannes : Autofiction, de Pedro Almodóvar; Fatherland, de Paweł Pawlikowski; Minotaure, d’Andrey Zvyagintsev; ou encore Le vertige, de Quentin Dupieux.

Le 18 octobre, le FNC s’achèvera sur la présentation de L’autre, d’Alexandre Franchi. Ce drame à l’humour noir, qui met en vedette Pierre-Yves Cardinal, Karine Gonthier-Hyndman, Nahéma Ricci et Benoît Gouin, est le dernier film dans lequel a joué Marc Messier.

Inspiré d'un séjour à l'hôpital qui a failli coûter la vie au réalisateur, L’autre, qui arrivera en salle le 30 octobre, flirte avec l’horreur en racontant l’histoire d’un corps brisé dans un système de santé à bout de souffle : un homme hospitalisé pour un cancer partage sa chambre avec un jeune blessé par balle qui n'a aucune intention de le laisser mourir tranquillement.

J’ai essayé de [proposer] une sorte de voyage qui nous fait vivre plusieurs émotions, explique Alexandre Franchi. Souvent, la tragédie et la comédie sont les deux faces de la même pièce.

Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet

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