L’idée que nous vivons les « derniers jours » n’est plus l’apanage de quelques prédicateurs isolés. Une étude menée par l’Université de Colombie-Britannique révèle qu’un tiers des Américains et des Canadiens sont persuadés que l’apocalypse surviendra de leur vivant. Loin d’être anecdotique, cette conviction influence radicalement la manière dont une partie de la population réagit face aux crises climatiques, aux pandémies ou à la menace nucléaire. Et contre toute attente, ce sont les plus jeunes qui sont les plus pessimistes.
Une croyance massive et multigénérationnelle
Le Dr Matthew I. Billet, auteur principal de l’étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, est formel : la croyance en la fin du monde est « étonnamment répandue ». En interrogeant 3 400 personnes, son équipe a constaté que 28,9 % des sondés attendent la fin des temps avant leur propre décès. Si cette vision tend à diminuer avec l’âge chez la plupart des gens, elle reste stable, voire augmente chez certains groupes religieux, notamment les protestants évangéliques et les musulmans.
Plus surprenant encore : le statut social ou l’orientation politique ne sont pas les meilleurs indicateurs de cette peur. C’est la perception du risque qui prime. Pour les chercheurs, il est crucial de comprendre ces visions du monde, car elles dictent le soutien — ou l’opposition — à des mesures gouvernementales extrêmes.
Loi martiale et survie de l’espèce
L’étude a testé le degré de tolérance des participants face à des solutions radicales pour éviter une catastrophe globale. Certains se disent prêts à des sacrifices colossaux : consacrer 10 % du PIB national à la gestion des risques, instaurer la loi martiale ou même renverser l’ordre social établi.
Cependant, la réaction dépend de l’origine perçue de l’apocalypse. Ceux qui attribuent la fin du monde à l’activité humaine (climat, IA, guerre) sont beaucoup plus enclins à soutenir des mesures d’urgence draconiennes. À l’inverse, ceux qui voient dans la fin des temps une volonté divine adoptent souvent une posture de passivité ou de résignation, estimant que le destin de l’espèce n’est plus entre nos mains. « La religion et la culture façonnent notre vision fondamentale de notre avenir collectif », explique Billet.
Crédit : Capture YouTube / William Volk
Un enjeu majeur pour les décideurs
Pourquoi cette étude est-elle capitale aujourd’hui ? Parce que ces récits apocalyptiques, qu’ils soient basés sur des faits scientifiques ou des croyances mystiques, modifient les comportements réels. La crainte de la crise climatique peut paralyser la jeunesse, tout comme les théories du complot sur les virus peuvent saboter des campagnes de santé publique.
Pour les décideurs politiques, comprendre ce « prisme culturel » est la seule manière de bâtir un consensus sur des sujets comme la sécurité de l’IA ou la préparation aux pandémies. Dans un monde où les risques catastrophiques ne sont plus seulement des scénarios de films, savoir comment la population interprète la fin de son propre monde est devenu une question de survie nationale. La fin du monde n’est peut-être pas pour demain, mais la manière dont nous l’imaginons change déjà notre présent.


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