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Par Charlotte, votre humble narratrice (im)pertinente préférée
Mes très chers lecteurs,
Il existe sur la Côte-Nord une catégorie de lieux qui vous font lever la tête, ouvrir grand les yeux et prononcer un très élégant : « Bin voyons don’, c’est immense ! »
Le barrage Daniel-Johnson, mieux connu sous le nom de Manic-5, appartient sans conteste à cette catégorie.
Je dois d’ailleurs vous avouer que la première fois que je l’ai aperçu, j’ai eu la même réaction qu’un enfant découvrant son cadeau de Noël. Sauf que le cadeau mesurait 214 mètres de hauteur, s’étendait sur plus d’un kilomètre de longueur et retenait derrière lui une quantité d’eau difficile à concevoir pour un cerveau humain normalement constitué.
Parce que oui, mes chers lecteurs, lorsqu’on visite Manic-5, on comprend rapidement qu’ici, on ne fait rien à moitié.
À 214 kilomètres au nord de Baie-Comeau, au cœur du territoire nord-côtier, se dresse l’un des plus impressionnants symboles du génie québécois. Avec ses 13 voûtes et ses 14 contreforts, le barrage Daniel-Johnson demeure encore aujourd’hui le plus long barrage à voûtes multiples et à contreforts du monde.
Le plus grand au monde. Pas le plus grand du Québec. Pas le plus grand du Canada. Le plus grand du monde. Je vous laisse quelques secondes pour savourer cette information.
Nous avons parfois tendance à chercher l’extraordinaire à des milliers de kilomètres de chez nous alors qu’il nous attend, bien tranquillement, quelque part au bord de la route 389. Et quelle route ! Plus on s’enfonce vers le nord, plus le paysage devient sauvage. Les forêts s’étendent à perte de vue, les lacs se multiplient et l’on ressent peu à peu cette impression si particulière d’entrer dans un territoire plus grand que soi.
Puis soudain, il apparaît.
Monumental.
Presque irréel.
Une véritable cathédrale de béton posée au milieu de l’immensité nord-côtière.
Construit dans le cadre du gigantesque projet Manic-Outardes, le barrage a été inauguré en 1968 avant d’être mis en service en 1970. Les centrales Manic-5 et Manic-5-PA produisent aujourd’hui ensemble jusqu’à 2 660 mégawatts d’électricité, suffisamment pour alimenter des millions de foyers.
Mais au-delà des chiffres impressionnants, ce qui rend l’expérience unique, c’est la visite elle-même. Car contrairement à bien des infrastructures industrielles, celle-ci s’ouvre généreusement aux visiteurs.
Et le meilleur dans tout cela ? C’est gratuit. Oui, gratuit. Une notion qui devient presque aussi rare qu’un été sans moustiques sur la Côte-Nord.
Les visites guidées permettent d’explorer l’intérieur du barrage, de découvrir les galeries aménagées dans sa structure et de pénétrer dans l’une des centrales hydroélectriques construites de part et d’autre de la rivière Manicouagan.
On y découvre l’histoire fascinante du chantier qui a mobilisé des milliers de travailleurs dans des conditions parfois héroïques. On comprend mieux l’ampleur du défi technique qu’a représenté la construction de cet ouvrage colossal au milieu de la forêt boréale.
Et surtout, on ressort avec une certaine fierté. Une fierté québécoise. Que dise-je, une fierté nord-côtière!
Parce que ce n’est pas simplement un barrage. C’est le témoignage concret d’une époque où l’on a osé rêver très grand. Pour vous donner une idée de ses dimensions, la voûte principale pourrait accueillir à elle seule la Place Ville Marie de Montréal. Voilà le genre de comparaison qui remet rapidement les choses en perspective.
Mais l’aventure ne s’arrête pas au béton.
Derrière le barrage s’étend le gigantesque réservoir Manicouagan, surnommé « l’Œil du Québec ». Visible depuis l’espace, il occupe un ancien cratère météoritique parmi les plus grands du monde. Au centre de cet immense anneau d’eau repose l’île René-Levasseur, véritable montagne encerclée par le réservoir.
Rien que cette description semble sortie d’un roman de science-fiction. Pourtant, c’est bien réel.
La visite permet également de découvrir le belvédère Manikuakanishtiku, aménagé sur le Nitassinan, le territoire ancestral de Pessamit. Cet espace invite les visiteurs à entendre leur histoire et à mieux comprendre les impacts qu’a eus la construction du complexe hydroélectrique sur leur territoire. Une halte essentielle qui ajoute profondeur et réflexion à l’expérience. Car comprendre Manic-5, c’est aussi comprendre les multiples histoires qui se croisent autour de cet ouvrage monumental.
Alors, mes chers lecteurs, si vous cherchez une activité à faire cet été, une excursion capable d’impressionner autant les amateurs de grands espaces que les passionnés d’histoire, de génie ou simplement les curieux, inscrivez Manic-5 sur votre liste.
Parce qu’il y a des attractions qu’on visite. Et il y en a d’autres qu’on ressent. Manic-5 fait définitivement partie de la seconde catégorie.
À la semaine prochaine pour une nouvelle aventure nord-côtière.
Bien à vous,
Charlotte, votre exploratrice enthousiaste, toujours prête à parcourir quelques centaines de kilomètres pour aller admirer quelque chose de démesurément spectaculaire.


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