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La poétesse et autrice originaire de Pessamit Natasha Kanapé Fontaine a hésité avant de prendre la parole publiquement à propos du référendum du 12 juillet et de l’entente qui pourrait aller de l’avant suite à celui-ci. Celle qui souhaite revenir vivre dans sa communauté craignait les représailles, mais la peur des conséquences de la ratification de l’entente l’a emporté.
L’Innue, qui vit à Montréal, tenait à voter lors du référendum. Elle n’a eu accès au document de l’entente que lundi dernier, à 23 h 30. Elle l’a épluché jusqu’aux petites heures du matin et y a lu des informations troublantes et importantes qui, selon elle, n’ont jamais atteint les oreilles de sa communauté.
« Ils ont fait une présentation en innu aimun à la radio. La moitié de la population a moins de 25 ans, ils ne parlent pas la langue. Ce que je comprends, c’est qu’ils essaient de contrôler l’information. L’an dernier, ils ont failli signer l’entente saumon à huis clos. Là, on sait qu’ils n’ont pas voulu donner de copie de l’entente aux médias. On protège qui ? », questionne-t-elle.
Natasha Kanapé Fontaine estime que les membres du conseil de bande agissent vraisemblablement de bonne foi. « Des conseillers sont convaincus que c’est la meilleure chose qui puisse arriver à Pessamit. Ils veulent que la population vote oui, mais qu’est-ce qui les pousse dans cette direction ? »
Elle dénonce plusieurs dissonances entre les propos véhiculés par le conseil et le contenu de l’entente. « Je les ai entendus dire qu’il n’y aurait pas de nouveau barrage alors que c’est écrit noir sur blanc dans l’entente. Et c’est sans compter sur les projets éoliens à venir qui ne sont pas spécifiés, ce qui laisse la porte grande ouverte ! », dénonce-t-elle.
Une partie du territoire du réservoir Pipmuacan, concerné par l’entente,est visée par un projet d’aire protégée, notamment parce qu’on y retrouve du caribou forestier. « On n’a pas vu aucune référence aux caribous. Est-ce qu’ils vont se dépêcher de saccager avant que le territoire obtienne un statut d’aire protégée ? »
Elle déplore également qu’il n’y ait qu’une seule mention du terme Innu aitun dans l’ensemble de l’entente. « L’Innu aitun, ça devrait être un des concepts centraux de l’entente ! C’est la culture ancestrale, nos activités traditionnelles, comment nos ancêtres occupaient le territoire par le canot, la chasse, la pêche… C’est la fondation de notre identité tout comme ce territoire est notre identité en tant que de Pessamiuilnut. »
Elle craint le pire pour sa communauté si l’entente va de l’avant dans sa formule actuelle. « Si on n’a plus le droit, dans les 50 prochaines années ou soi-disant à perpétuité, de se prononcer sur les projets futurs conçus par Hydro-Québec, c’est la chose la plus gravissime. Peut-être qu’à partir de dimanche, on n’aura plus jamais le droit de se prononcer là-dessus. Ça veut dire qu’on m’enlève le droit de critiquer les compagnies d’exploitation sur mon territoire ancestral. Pour moi, c’est l’aberration qu’il n’est pas possible que j’accepte. Je ne peux pas laisser passer ça. »
Natasha Kanapé Fontaine plaide en faveur d’un report du référendum. « Je travaille contre le temps. Le but est de repousser le référendum pour donner aux gens le temps de bien s’informer. »
Emelie Bernier
Initiative de journalisme local
Émélie Bernier est journaliste et chroniqueuse au sein des Éditions nordiques depuis une vingtaine d'années. Depuis 2023, elle a fait de l'environnement son sujet de... Lire la suite


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