Le 14 juillet 2026, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a scellé le sort de la mine Ekati, dans les Territoires du Nord-Ouest. Un tribunal de la Colombie-Britannique a formellement placé Ekati sous séquestre à la demande du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, le séquestre étant géré par la firme d’insolvabilité PricewaterhouseCoopers. Pas de gisement épuisé, pas de blizzard ayant eu raison des installations. La véritable cause tient en un mot : l’argent. Le gouvernement territorial a indiqué à la cour que la situation était urgente, l’entreprise devant épuiser toute sa trésorerie dans la semaine suivante.
Ekati n’est pourtant pas n’importe quelle mine. Fondée en 1998, elle est la plus ancienne des Territoires du Nord-Ouest, la toute première du pays à avoir extrait du diamant industriellement. Nichée près du lac de Gras, à environ 300 kilomètres au nord-est de Yellowknife, elle exploitait plusieurs cheminées de kimberlite, ces formations rocheuses en forme de carotte issues d’anciennes éruptions volcaniques qui agissent comme des capsules naturelles à diamants. L’extraction s’est d’abord faite à ciel ouvert avant de plonger en souterrain, sur plusieurs centaines de mètres, pour aller chercher les poches minéralisées les plus profondes. Une prouesse technique en plein Arctique, là où le sol doit parfois être gelé artificiellement pour contenir les bassins de résidus.
Le scénario qui a précipité la chute ressemble à un effet domino. En mai, l’Arctic Canadian Diamond Company, propriétaire de la mine, a demandé une protection contre ses créanciers, ce qui ouvrait la porte à un éventuel repreneur. Un appel d’offres a suivi. Résultat ? Silence radio. Les enchérisseurs avaient jusqu’à la fin de la semaine précédente pour déposer une offre, et selon les documents judiciaires rendus publics, aucune offre n’a été reçue malgré 140 parties potentiellement intéressées contactées. Cent quarante entreprises approchées, zéro main levée. Un chiffre qui, à lui seul, dit tout du désamour actuel pour l’industrie du diamant naturel.
À retenir
- Une cour suprême place la mine sous séquestre après que 140 acheteurs potentiels se désintéressent du site
- Le prix du diamant s’est effondré à 24 dollars le carat sous le poids des droits de douane américains
- En trois décennies, le Canada passera de six mines de diamants à une seule en activité
Sommaire
- Une chute des prix alimentée par les droits de douane américains et les pierres de synthèse
- Une fermeture précipitée, des années avant l’échéance prévue
- Le Canada, bientôt réduit à une seule mine de diamants en activité
Une chute des prix alimentée par les droits de douane américains et les pierres de synthèse
Le diamant naturel traverse une crise qui dépasse largement le cas canadien. Depuis que les droits de douane américains ont commencé à s’appliquer début 2025, le prix moyen par carat est tombé à 24 dollars en décembre 2025, les diamants d’Ekati atteignant en moyenne 27 dollars lors de leurs deux dernières ventes. Vingt-quatre dollars le carat, c’est à peine le prix d’un repas au fast-food pour ce qui reste, aux yeux du grand public, un symbole absolu de rareté. Les taxes américaines sur les bijoux importés ont cassé la demande outre-Atlantique, et l’Inde, plaque tournante mondiale de la taille de diamants, a particulièrement souffert des tarifs qui lui étaient imposés. Même leur allègement partiel en 2026 n’a pas suffi à relancer la machine : les stocks s’étaient déjà accumulés chez les grossistes, plombant durablement les prix.
À cette pression tarifaire s’ajoute un concurrent que l’industrie n’a pas vu venir avec cette ampleur : le diamant de synthèse, produit en laboratoire en quelques semaines et vendu à une fraction du prix. Les faibles prix mondiaux du diamant, combinés aux droits de douane, à la concurrence des pierres synthétiques, aux pressions inflationnistes et aux goulots d’étranglement logistiques, ont formé un ensemble de défis impossibles à surmonter. Le gouvernement fédéral canadien a pourtant tenté de maintenir Ekati à flot. Ottawa a versé environ 185 millions de dollars à Ekati ces derniers mois sous forme de prêts divers. Un geste de soutien massif, mais insuffisant : une enveloppe supplémentaire de 50 millions de dollars promise à Burgundy en mai n’a jamais été transférée, faute d’offre viable après la date limite du 10 juillet.
Une fermeture précipitée, des années avant l’échéance prévue
Le plus frappant dans cette affaire, c’est la brutalité du calendrier. La mine Ekati devait fermer en 2029, mais elle est désormais sous séquestre après que sa société mère n’a pas réussi à trouver d’acheteur pour le site. Trois ans d’exploitation rayés d’un trait de plume judiciaire. Au 10 juillet, les débiteurs ne disposaient plus que d’environ 14 millions de dollars de trésorerie, dont près de 3,5 millions réservés aux congés payés accumulés et 2,1 millions à la paie et aux versements réglementaires. Autant dire une goutte d’eau face aux besoins d’une exploitation minière arctique.
Ekati est entrée en séquestre après que sa propriétaire, filiale de Burgundy Diamond Mines, s’est retrouvée à court d’argent et que personne ne s’est présenté pour racheter la mine. Le patron de Burgundy, Jeremy King, a qualifié la situation de « profondément décevante pour la main-d’œuvre d’Ekati, les parties prenantes de Burgundy et les communautés des Territoires du Nord-Ouest ». Environ 340 personnes travaillaient encore sur le site fin mars, selon les documents déposés au tribunal. Leur avenir, comme celui des accords de retombées économiques négociés avec les gouvernements autochtones, reste suspendu aux arbitrages du séquestre.
Le Canada, bientôt réduit à une seule mine de diamants en activité
Ce qui se joue ici dépasse le sort d’un seul site industriel. La fermeture d’Ekati ne laissera au Canada qu’une seule mine de diamants opérationnelle, celle de Gahcho Kué, exploitée par le groupe De Beers, elle-même proche de la fin de sa vie utile. Un renversement de situation vertigineux pour un pays qui comptait, il y a encore une dizaine d’années, une véritable ceinture diamantifère arctique. Le Canada comptait autrefois plus d’une demi-douzaine de mines de diamants, dont Snap Lake et Victor de De Beers, fermées respectivement en 2015 et 2019, et la mine Renard de Stornoway Diamonds au Québec, fermée en 2023. Cette année encore, la mine Diavik a définitivement cessé ses activités, tandis que Gahcho Kué a annoncé l’annulation d’un agrandissement prévu ainsi qu’un plan de réduction de sa main-d’œuvre.
Face à cette hémorragie, les autorités territoriales tentent de regarder ailleurs. La ministre territoriale de l’Industrie a reconnu que le territoire perdait ses mines de diamants tout en soulignant l’arrivée de nouveaux investissements dans la sécurité arctique et les minéraux critiques, affirmant vouloir transformer cette attention en bénéfices durables pour les habitants du Nord. Reste une question suspendue au-dessus du lac de Gras : que devient une région entière, façonnée pendant près de trente ans par l’extraction du diamant, quand le dernier camion quitte définitivement le site ? La réhabilitation du sol gelé, elle, prendra sans doute plus de temps que n’en a mis le marché pour s’effondrer.
Sources : private-diamond-club.fr | ici.radio-canada.ca


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