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Le « bouyon » en vedette à l’un des plus gros carnavals d’Amérique du Nord

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Le Carnaval caribéen de Toronto (connu sous le nom de Caribana), qui aura lieu ce week-end, attire des milliers de spectateurs chaque année, notamment autour du grand défilé du samedi. À l'honneur cette année : un style musical créole appelé bouyon.

Le festival caribéen de Toronto accueille DJ locaux et internationaux. Parmi eux, certains font la promotion du bouyon, qui connaît un essor important dans les communautés caribéennes francophones.

Un nom bien choisi

Originaire de la Dominique et popularisé en Guadeloupe, le bouyon se reconnaît à son tempo frénétique d’au moins 160 BPM et sa fusion unique de percussions. Il mélange la soca, le dancehall et le shatta. Il doit son nom au mot bouillon, en référence à ce mélange de styles.

Mais avant d'être synonyme de fête et de liberté de parole, le bouyon était un vecteur de protestation sociale. Le genre ayant pris de l’ampleur en 2009, lors du grand mouvement social du LKP (Liannaj Kont Pwofitasyon) contre la vie chère et le système pwofitan.

La jeunesse avait trouvé son style de musique pour mettre en lumière les réalités politiques et économiques de la Guadeloupe. Même si le gwo ka reste le symbole militant traditionnel, le bouyon était la musique jouée sur les barrages pour donner de l'énergie aux manifestants.

Au tournant des années 2010, le genre explose dans le département français avec un bouyon plus intensif. Les textes deviennent violents, crus, évoquant allègrement la sexualité. Ils servent de miroir à une jeunesse touchée par un taux de chômage massif (parfois plus de 50 %), le manque de perspectives et la condescendance perçue de la France métropolitaine.

Le côté vulgaire et provocateur est une manière de choquer les élites morales et politiques.

Une matrice pour les réseaux sociaux

Pour le journaliste et musicologue français Renaud Brizard, l'essor mondial récent du bouyon n'est pas un hasard.

La popularité du style en France métropolitaine a d'abord été propulsée par des succès viraux, notamment grâce à des artistes comme Théodora, avant de déferler sur les réseaux sociaux.

C'est une sorte de matrice rythmique et à l'intérieur de laquelle on peut mettre plein de choses. Donc c'est une musique qui, du coup, se prête au remix, au centre de la culture Tik Tok et des réseaux sociaux.

Le journaliste souligne également la position stratégique unique des Antilles, au carrefour de l'Europe et des Amériques : Les Antilles ont déjà cette force d'être au croisement des cultures et d'avoir une proximité avec l'Amérique du Nord. [...] Et je pense qu'à Toronto, il y a aussi une énorme diaspora caribéenne [...] et donc ces musiques qui circulent déjà entre les îles circulent dans les diasporas aussi.

À la conquête du monde?

DJGLS est d’origine guadeloupéenne. Il est invité à Toronto pour la deuxième année de suite afin de faire, entre autres, rayonner le bouyon.

Pour lui, réduire le bouyon au sexe, c’est des préjugés, c'est comme réduire le hip-hop et le rap à la seule violence. Il défend l’aspect festif et revendicatif de ce genre.

Sa présence atteste de l’engouement international pour le style, dont l’un des titres les plus écoutés est l'œuvre de la chanteuse Miimii KDS. Sé Miimii cumule plus de 14 millions d'écoutes sur Spotify.

Outre Théodora, c'est grâce à des artistes comme Holly G ou 1T1 que le bouyon traverse aujourd'hui les frontières, et contribue à démocratiser l'usage du créole et, par extension, du français dans le paysage musical mondial.

Cette ouverture crée un pont culturel entre les diasporas caribéennes francophones et anglophones. À Toronto, plusieurs DJ se trouvent aujourd’hui à la croisée de ces deux mondes. C’est le cas de Mendosa, DJ francophone et fondateur des soirées La French To. Cette année, ça m'a permis de jouer des sons francophones dans des soirées à dominante anglophone, note-t-il.

Au-delà de la fête, ce mouvement permet à la diaspora antillaise francophone de renouer avec ses racines au cœur d'une métropole où la culture caribéenne anglophone prédomine.

Un constat partagé par DJGLS : On parle beaucoup du français et de l'anglais, mais c'est l'occasion de mettre en avant notre propre dialecte. Le créole, c'est quelque chose qui nous appartient et qu'on peut enfin défendre fièrement à l'international.

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