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Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a investi dans la filière batterie en adoptant « une approche peu planifiée » et sans faire « un suivi suffisamment rigoureux » de l'aide financière accordée aux entreprises, et ce, malgré « les risques importants » que représente ce secteur, selon la vérificatrice générale (VG) Christine Roy.
Ces constats émergent d'un nouveau rapport déposé à l'Assemblée nationale mercredi matin par la VG, qui a analysé 29 dossiers d'aide financière accordée à 11 entreprises entre le 1er avril 2020 et le 30 septembre 2025, pour un montant total de 2,2 milliards de dollars.
Mme Roy y écrit notamment que la filière batterie repose sur une approche peu planifiée, notamment parce que certains éléments essentiels, tels que des objectifs et des échéanciers, qui auraient permis de favoriser l’atteinte de résultats, ont été omis.
Elle note aussi que les 29 dossiers analysés n’étaient pas structurés à l’aide d’un programme permettant de fournir l’assurance raisonnable que les risques importants [avaient] tous été relevés et évalués.
Ces risques ont trait au montage financier, à la capacité de production et aux échéanciers, à la capacité d'approvisionnement et à l'évaluation de la situation financière des entreprises concernées par les demandes d'aide, a illustré Mme Roy en conférence de presse, mercredi.
Son rapport précise que 91 % des aides financières accordées aux entreprises de la filière batterie entre 2020 et 2025 (soit près de 2 milliards $) ont été été autorisées par décret par le gouvernement, c'est-à-dire par le Conseil des ministres, plutôt que dans le cadre d'un programme normé.

Le rapport déposé mercredi à l'Assemblée nationale est le premier de la VG Christine Roy, nommée dans ces fonctions en décembre dernier pour succéder à Guylaine Leclerc, qui a pris sa retraite en mars 2025.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
La VG constate en outre au terme de son audit que 4 des 11 entreprises soutenues par Québec se sont placées sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies après avoir touché, en moyenne, 89 % des sommes qui leur avait été consenties.
Deux projets ont aussi été suspendus ou abandonnés, alors que trois autres ont vu leurs coûts augmenter de plus de 100 %.
Au 30 septembre 2025, 1,9 des 2,2 milliards $ promis avaient déjà été déboursés par Investissement Québec (IQ) et par le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE).

2:07
Le reportage de Valérie Gamache
Des échecs médiatisés
La filière batterie, au cœur de la stratégie économique du gouvernement de l'ancien premier ministre François Legault, a connu d'importants contrecoups dans les dernières années.
La maison mère de Northvolt, en Suède, a fait faillite, en mars 2025, et son projet d'usine de fabrication de batteries pour véhicules électriques en Montérégie, qui devait être le plus important projet d'investissement privé de l'histoire du Québec, a été abandonné.
Les entreprises québécoises Lion, Taiga et Lithion, incapables de rembourser leurs créanciers, se sont placées sous la protection des tribunaux avant d'être rachetées, alors que les coûts des projets de Nemaska Lithium et de Nouveau Monde Graphite ont explosé.

9:59
Christine Fréchette a-t-elle une part de responsabilité dans les ratés de la filière batterie?
Au 31 mars 2026, 700 millions de dollars avaient été inscrits dans les dépenses du gouvernement pour des aides financières autorisées à des entreprises maintenant placées sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, calcule la VG dans son rapport.
Ce montant ne devrait toutefois pas être considéré comme étant le total des pertes, nuance-t-elle, puisqu’une partie de ces sommes n’ont pas été déboursées, et que d’autres ont été récupérées ou pourraient l’être dans le futur.
Le MEIE, dans une annexe du rapport consacré à sa réponse, évalue pour sa part à 375,2 millions $ les pertes engendrées par la filière batterie.
La transition énergétique est là pour rester, fait valoir la PM
Interrogée à ce sujet mercredi matin en se rendant à la période des questions, donc avant le dépôt du rapport de la VG, Christine Fréchette a rappelé qu'il restait encore un grand nombre de personnes qui travaillaient pour les entreprises de la filière batterie à Bécancour.
Ce secteur a ralenti, a admis la première ministre, parce que la transition énergétique a pris moins les devants de la scène qu'auparavant. Mais la transition énergétique, elle est là pour rester, a-t-elle plaidé. Ce n'est pas de savoir si ça va arriver, c'est de savoir quand ça va arriver.
La période des questions qui a suivi le dépôt du rapport de la VG a néanmoins été l'occasion pour l'opposition de talonner le gouvernement de Mme Fréchette et de l'accuser de gaspiller les fonds publics.
Le libéral André Fortin a comparé cette affaire au fiasco SAAQclic, affirmant que le virage numérique raté de la Société de l'assurance automobile du Québec était presque de la petite bière en comparaison, alors que le péquiste Paul St-Pierre Plamondon a dénoncé la politisation extrême des projets.
Le gouvernement de la CAQ était tellement obsédé par la filière batterie qu’il était prêt à jeter l'argent des Québécois par les fenêtres pour faire quelques annonces d'investissement. [...] Ils ont annoncé la filière batterie et pendant quatre ans et demi, ils ont dépensé des centaines et des centaines de millions sans même avoir élaboré un cadre financier.
Après la période des questions, Mme Fréchette est toutefois revenue devant les caméras pour souligner que 95 % des pertes encourues par la filière batterie l'avaient été à cause de Northvolt et Lion et qu'elle avait elle-même ordonné l'an dernier de [ne plus mettre] d'argent public dans ces deux projets-là.
Il est effectivement noté dans le rapport de la VG que ce n'est qu'en mai 2025, soit après l'arrivée de Mme Fréchette au MEIE, que le ministère s'est doté d'un cadre financier destiné à fournir une information prévisionnelle au Conseil du trésor sur les différentes aides financières en lien avec ce secteur.
Le document qualifie toutefois ce cadre d'insuffisant, car il ne porte que sur les aides financières déjà autorisées, ce qui ne permet pas de prévoir les sorties de fonds à venir.
Aux côtés de Mme Fréchette, l'actuel titulaire du MEIE, le ministre Bernard Drainville, a dit prendre acte du contenu du rapport. On va travailler avec la vérificatrice générale pour renforcer et améliorer notre gestion du risque, a-t-il promis.

Christine Fréchette et Bernard Drainville ont réagi au dernier rapport de la VG en fin d'avant-midi, mercredi.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
À l'écart de la joute parlementaire depuis l'arrivée au pouvoir de Christine Fréchette, à la mi-avril, François Legault a fait valoir sur X, mercredi après-midi, qu'il fallait prendre des risques pour performer.
Les faits sont têtus. Depuis sept ans, le Québec a battu le reste du Canada en économie (croissance par habitant des investissements des entreprises, du PIB, du salaire moyen et du revenu disponible), a-t-il souligné.
Le chef conservateur Éric Duhaime, dans une déclaration transmise par courriel, s'est dit pour sa part dégoûté par les conclusions de la VG, mercredi, dénonçant une fois de plus la caisse occulte du Fonds de développement économique (FDE), qu'il souhaiterait abolir.
Québec solidaire, enfin, a aussi réagi par écrit au rapport de la vérificatrice en accusant la CAQ d'avoir trompé la confiance des contribuables pendant huit ans en jouant au casino dans la filière batterie.

24:35
Emilie Nicolas, Josée Legault et Christian Dufour en discutent à l’émission « En direct avec Patrice Roy ».
Avec les informations de La Presse canadienne


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