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Sale temps pour la Banque centrale de Russie (BCR): les finances publiques du pays sont de plus en plus fragiles. Même si le budget fédéral de la Russie a enregistré en juin 2026 un très léger excédent, le déficit cumulé sur les six premiers mois de l'année atteint 5.700 milliards de roubles (62,5 milliards d'euros), soit environ 70% de plus qu'à la même période en 2025. La situation est principalement liée à l'augmentation rapide des dépenses publiques –en particulier militaires–, qui représentent désormais une part exceptionnelle de ce budget.
Devant cette situation, la BCR se montre particulièrement prudente sur la baisse des taux d'intérêt. Après réductions successives (4 points entre juin et septembre 2025, puis 2,5 points jusqu'en mai 2026), le taux directeur n'a été abaissé que de 0,25 point en juin, pour atteindre 14,25% (contre 21% un an auparavant). Estimant que les dépenses publiques stimulent trop fortement la demande et la masse monétaire, la Banque centrale craint qu'une baisse importante des taux entraîne une augmentation de l'inflation et aggrave les déséquilibres économiques. Conséquence de cette prudence: l'indice de la Bourse de Moscou a perdu 20% en trois mois.
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Visibilité zéro
Dans cette atmosphère de crise, il a été décidé de permettre au gouvernement de modifier plus facilement les paramètres budgétaires sans passer systématiquement par un véritable contrôle parlementaire. Grâce à l'adoption rapide d'une nouvelle loi sur le sujet, le ministère des Finances peut désormais ajuster plus librement les niveaux de dépenses, d'emprunt et de déficit. Selon The Insider, qui consacre un article à ces ajustements, cela réduit considérablement la transparence des finances publiques russes, en plus de les rendre plus imprévisibles que jamais. Les entreprises et les investisseurs disposent donc de peu de visibilité pour planifier leurs activités.
Malheureusement pour la Russie, les revenus provenant du pétrole et du gaz ne permettent pas de compenser ces difficultés. Malgré la hausse temporaire des prix du pétrole, les recettes pétrolières et gazières du premier semestre 2026 n'ont atteint que 3.700 milliards de roubles (40,5 milliards d'euros), ce qui représente une diminution de 23% par rapport au premier semestre 2025. Le gouvernement tente donc de compenser la baisse des recettes énergétiques en pressant l'économie intérieure. Cela passe par exemple par une forte augmentation de la TVA.
L'économie tourne au ralenti
Mais cette hausse des impôts ne peut dissimuler le ralentissement de l'économie russe: la croissance du PIB n'a été que de 0,2% sur les cinq premiers mois de 2026, et plusieurs secteurs essentiels (comme la construction, les transports ou l'industrie métallurgique) sont également en recul. La chute des investissements (14,3% sur un an) est pour le moins inquiétante: elle annonce une diminution des capacités de production du pays.
Parallèlement, les entreprises russes sont confrontées à une rentabilité de plus en plus dégradée. La proportion d'entreprises déficitaires est passée de 30% à 2024 et 31% en 2025 à 35% en 2026, ce qui semble indiquer une accélération de la dégradation. L'État continue pourtant à augmenter les recettes fiscales qu'il prélève sur les entreprises.
La principale cause de cette situation n'est autre que la guerre en Ukraine, qui a poussé Moscou à démultiplier ses dépenses militaires. Selon The Insider, environ 46% des dépenses budgétaires fédérales du premier trimestre 2026 étaient liées à l'effort militaire – cette part n'était que de 22% en 2022. La Russie essaie de dissimuler l'ampleur de ces dépenses militaires en les enregistrant dans des catégories budgétaires annexes (politiques sociales, dépenses classifiées), créant une opacité qui rend particulièrement difficile l'évaluation réelle du coût de la guerre.
Pour financer le déficit, le Kremlin va devoir puiser dans ses réserves. La Russie n'est pas encore confrontée à une véritable crise budgétaire. La gestion des finances publiques devenant de plus en plus coûteuse et de moins en moins prévisible, la situation a toutefois de quoi inquiéter. Pour les marchés et les entreprises, le problème ne réside pas seulement dans le niveau du déficit. Il porte aussi et même surtout sur la difficulté à se projeter et l'absence de communication de Moscou sur la manière de financer ce déficit.





























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