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La rage du raton laveur gagne du terrain en Montérégie, se déplaçant de plus en plus vers la couronne sud de Montréal et des secteurs densément peuplés. Depuis janvier, 36 cas ont déjà été confirmés dans cette région, soit quatre fois plus que pour toute l’année 2025. Des citoyens qui déplacent des animaux capturés pourraient contribuer à cette expansion.
Fin mai, Saint-Bruno-de-Montarville. Dans un parc d’un quartier cossu, des enfants jouent à quelques mètres d’une cage métallique installée sous les arbres. À l’intérieur, un jeune raton laveur bouge nerveusement, piégé par une poignée de guimauves déposées au fond de l’enceinte.
Les techniciens de la faune Sébastien Brisebois et Simon Pelletier — ce dernier aussi formé en santé animale — s’approchent rapidement. Leurs gestes sont précis. L’un immobilise l’animal, pendant que l’autre lui pose une étiquette d’identification à l’oreille, lui administre un vaccin contre la rage, puis marque son pelage de peinture fluorescente pour indiquer qu’il a été immunisé.
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre. Le mammifère s’élance, puis grimpe dans un arbre. Comme il ne présentait aucun symptôme de rage, il est relâché après vaccination. Les animaux suspects sont plutôt euthanasiés et analysés en laboratoire, seule façon de confirmer la maladie.
Pour l’instant, les deux hommes forment la seule équipe active en Montérégie qui capture, vaccine et relâche les ratons. Ils s’occupent d’une centaine de pièges répartis dans des parcs, boisés et quartiers résidentiels.
Dès le 8 juin, ils auront toutefois du renfort : 25 équipes seront déployées pour deux semaines dans la région afin de gérer plus de 2000 cages et immuniser le plus de ratons laveurs possible. Il s’agira de la plus vaste opération de ce type menée au Québec depuis une vingtaine d’années.
Afin de couvrir un plus grand territoire, une campagne d’épandage d’appâts vaccinaux qui ressemblent à de petits raviolis verts suivra en août en Montérégie et en Estrie.
Vers les secteurs densément peuplés
L’épidémie actuelle de rage du raton laveur, introduite en sol québécois depuis le Vermont en 2024, a entraîné 93 cas dans la province en 2025, dont 84 en Estrie et 9 en Montérégie. Cette dernière région est devenue l’épicentre de la propagation depuis le début de 2026, avec 36 des 54 cas recensés au Québec jusqu’à maintenant.
La maladie progresse d’ailleurs vers le nord, avec un cas confirmé la semaine dernière à Saint-Barnabé-Sud, près de Saint-Hyacinthe.
C’est toutefois l’avancée vers des zones densément peuplées de la couronne sud de Montréal, comme Mont-Saint-Hilaire, qui inquiète les autorités, indique au Devoir Marianne Gagnier, biologiste et coordonnatrice de la gestion de la rage au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.
Difficile toutefois d’établir la cause exacte de cette propagation de la maladie. Une hypothèse revient : des citoyens et des compagnies capturent des ratons laveurs pour les déplacer. Or, un animal peut paraître sain tout en incubant la maladie pendant des semaines ou des mois et, une fois qu’il est déplacé, parcourir plusieurs kilomètres pour s’établir ailleurs.
Pour freiner la propagation de la rage, une interdiction de transporter des ratons laveurs est pourtant en vigueur depuis juin 2025 en Estrie et en Montérégie. Des personnes ne seraient pas encore au courant de cette directive ou en feraient fi, avance Mme Gagnier.
La rage se transmet par morsure, par griffure ou par contact de la salive avec une plaie. Une fois les symptômes apparus chez l’humain, elle est toujours mortelle. Un traitement administré rapidement après un contact à risque prévient cependant à tout coup l’apparition de la maladie.
Depuis janvier 2026, la Direction de santé publique de la Montérégie a été sollicitée à 78 reprises pour des personnes qui auraient été mordues, griffées ou en contact avec des mammifères sauvages, excluant les chauves-souris et les rongeurs. Ces signalements ne concernaient cependant pas tous des animaux soupçonnés d’être atteints de la rage.
Le dernier cas de la maladie chez l’humain recensé au Québec remonte à 2000.
Des habitats idéaux
De retour à Saint-Bruno-de-Montarville, Simon Pelletier et Sébastien Brisebois poursuivent leur tournée à la lisière entre un golf et des terrains résidentiels.
Dans l’un des pièges, un raton laveur dodu s’agite. Mais l’animal porte déjà une étiquette à l’oreille : il a été vacciné auparavant. Sa gourmandise l’a simplement ramené vers les guimauves dans la cage. Les techniciens notent son numéro d’identification, puis le relâchent.
La Montérégie, tout comme l’Estrie, offre des conditions favorables à l’espèce, notamment en raison des bâtiments agricoles et des cultures de maïs, souligne Mme Gagnier. « En milieu urbain et périurbain dans ces régions, il y a aussi les composts, les potagers et les poubelles qui ne sont pas toujours sécurisées. »
Selon la biologiste, les changements climatiques pourraient aussi favoriser la survie et la reproduction des ratons laveurs, qui profitent d’hivers plus doux et d’une nourriture disponible plus longtemps.
Une lutte prolongée
L’éradication de la rage du raton au Québec nécessitera « plusieurs années d’intervention », estime Marianne Gagnier.
De nouveaux ratons laveurs naissent chaque année sans être protégés contre le virus, tandis que d’autres animaux immunisés meurent. Cela oblige donc les autorités à répéter les opérations de vaccination dans le temps.
Ces interventions demeurent cependant essentielles, estime la biologiste. « Des études coût-bénéfice ont montré qu’il est beaucoup plus avantageux de contrôler et d’éliminer le virus dans un secteur que de vivre avec. »
Lorsque la rage circule de façon persistante, les coûts de santé explosent, notamment pour la vaccination des personnes exposées à un animal sauvage ou domestique, soutient-elle.
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