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Avant même sa signature officielle, le texte conclu par l’intermédiaire du Pakistan suscite déjà des interprétations opposées sur ce point clé du commerce mondial.

HWAWON CECI LEE / Anadolu via AFP
Le pétrolier Universal Winner, présenté comme le premier navire sud-coréen à avoir quitté le détroit d’Ormuz après y être resté bloqué depuis le début du conflit au Moyen-Orient, arrive au port d’Ulsan, en Corée du Sud, le 10 juin 2026 pour décharger sa cargaison de pétrole brut. Image d’illustration.
EN BREF • L’accord de paix entre Washington et Téhéran pourrait être compromis par des divergences sur les frais de passage à Ormuz, où l’Iran semble souhaiter imposer des frais de services maritimes.
• Les partenaires occidentaux s’inquiètent d’un possible péage déguisé, ce qui soulève des questions juridiques et économiques pour le commerce maritime.
• La situation dans le détroit reste incertaine, avec des préoccupations de sécurité qui freinent le retour à la normale du trafic.
À première vue, l’accord de paix annoncé entre Washington et Téhéran semble avoir atteint son objectif principal : rouvrir le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite habituellement près d’un cinquième du pétrole mondial. Donald Trump a même promis ce lundi 15 juin que le détroit serait « complètement ouvert » d’ici à vendredi, jour prévu de la signature officielle du texte à Genève. « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », s’était alors félicité le président américain.
Mais derrière cet optimisme affiché, un sujet beaucoup plus technique pourrait rapidement devenir l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de l’accord : la question des frais réclamés aux navires qui empruntent Ormuz.
Deux lectures très différentes de l’accord
Depuis dimanche, Washington et Téhéran donnent des versions sensiblement différentes de ce qui a été négocié.
Du côté américain, Donald Trump assure que le détroit redeviendra durablement libre d’accès. Dans un entretien téléphonique avec un correspondant du New York Times, il est même allé jusqu’à promettre un passage « définitivement exempt de péage ».
Mais la position iranienne apparaît plus nuancée. Selon les informations communiquées par la diplomatie iranienne, Téhéran entendrait conserver une forme de rémunération liée au transit maritime. Le régime affirme plutôt vouloir remplacer un péage classique par des frais liés à des services maritimes rendus dans le détroit.
Une nuance qui ne convainc pas vraiment les partenaires occidentaux : lundi, alors que s’ouvrait le G7 à Évian, Emmanuel Macron a ainsi expliqué que les autorités iraniennes semblaient « jouer sur les mots ». « Ils disent que ce sont des services », a observé le président français, qui affirme vouloir « tout faire » pour éviter l’instauration de frais susceptibles de renchérir le coût du transport maritime.
Téhéran pourrait toutefois s’appuyer sur des précédents existants. Dans certains détroits stratégiques, comme le Bosphore et les Dardanelles en Turquie, des navires commerciaux s’acquittent déjà de taxes liées à différents services de navigation, de signalisation ou de sauvetage comme l’expliquent nos confrères du Monde. Reste à savoir si les frais envisagés à Ormuz relèveraient de la même logique ou s’ils s’apparenteraient, dans les faits, à un péage déguisé.
Un problème juridique autant qu’économique
Pour les armateurs, la différence est loin d’être anecdotique. Selon plusieurs spécialistes interrogés par l’Associated Press, permettre à l’Iran de facturer le passage dans le détroit poserait immédiatement des problèmes juridiques.
Les eaux d’Ormuz sont soumises au principe de liberté de navigation reconnu par le droit international. Autrement dit, les navires marchands doivent pouvoir emprunter ce passage stratégique sans qu’un État puisse leur imposer un droit de passage pour le simple fait de traverser le détroit. C’est précisément cette frontière entre droit de passage et facturation de services qui fait aujourd’hui débat. Plusieurs experts estiment donc qu’un système de péage obligatoire administré par l’Iran serait difficilement compatible avec ce cadre juridique.
L’absence de publication du texte complet de l’accord empêche pour l’instant de trancher entre ces interprétations concurrentes. Mais pour les compagnies maritimes, la différence est majeure : selon la formule retenue, certaines pourraient se retrouver confrontées à des obligations de paiement dont la légalité reste contestée.
S’ajoute une autre difficulté : les structures iraniennes susceptibles de collecter ces paiements restent sous sanctions américaines et européennes. Dans ce cas, payer ces frais pourrait exposer certaines compagnies maritimes et leurs banques à des sanctions.
Même avec un accord, rien ne sera immédiat
Au-delà du débat sur les péages, plusieurs spécialistes du transport maritime estiment que la réouverture annoncée par Donald Trump ne se traduira pas instantanément par un retour à la normale.
La société d’analyse Kpler, spécialisée dans le suivi des flux énergétiques et du transport maritime, estime qu’environ 500 navires demeurent actuellement bloqués dans le Golfe persique. Leur sortie prendra du temps et de nombreux armateurs attendent encore des garanties de sécurité.
L’organisation maritime internationale Bimco (Baltic and International Maritime Council), qui représente de nombreux armateurs et acteurs du transport maritime mondial, considère toujours la zone comme à haut risque, selon CNBC. Elle souligne notamment que la présence possible de mines reste une préoccupation majeure.
Au fond, le débat sur les péages est le premier test de l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran qui ne semble pas l’interpréter de la même façon.


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