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La prévention de la violence chez les hommes demeure essentielle, répètent des organisations et des intervenants. Quelques jours après le dépôt du projet de loi « Gabie Renaud » par le gouvernement Fréchette, ils martèlent que, même si les mesures pour protéger les femmes doivent rester une priorité, il ne faut pas négliger la sensibilisation des hommes.
Investir en prévention auprès des hommes, ça ne minimise pas la violence vécue par les victimes. On doit agir en collaboration et en concertation autant pour les hommes que pour les femmes, croit le directeur général du Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes, François Poirier.
Sauf que partout au Québec, les organismes d’intervention auprès des hommes n’ont pas suffisamment d’argent pour répondre aux besoins actuels, selon l'organisation qui chapeautent 101 associations ou organismes de toute la province.
François Poirier considère qu'au Québec, il faudrait en moyenne deux intervenants de plus par organisme pour éviter de longs délais. Ce n'est pas rare d'avoir des listes d'attente de deux mois, trois mois, même des fois neuf mois, dit-il.
Quand on sait les conséquences de la détresse masculine, c'est préoccupant.
Prévenir plutôt que guérir
François Poirier rappelle aussi la fin du programme provincial Plan d’action en santé et en bien-être des hommes en 2025. Ce programme, d'une enveloppe totale de 46 millions de dollars entre 2017 et 2025, favorisait la coordination entre le réseau de la santé et les organismes d’intervention auprès des hommes.
Questionné par Radio-Canada, le ministère de la Santé et des Services Sociaux a confirmé que ce plan précis ne sera pas reconduit. Il a toutefois des retombées significatives et les actions se poursuivent, nous a indiqué par courriel la porte-parole du ministère, Émilie Lavoie.
Ce plan a permis de soutenir les établissements dans l’adaptation des soins et services aux hommes et de renforcer la concertation entre les acteurs du réseau public et communautaire.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux agit activement et concrètement pour soutenir les hommes. Il offre un accompagnement continu notamment par le financement récurrent de 6,8 M$ déployé par le biais du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), qui permet de soutenir activement des organismes sur le terrain qui accompagnent les hommes dans leurs besoins, ajoute le ministère.
Poursuivre les efforts , dit le ministère
Le MSSS indique également vouloir poursuivre des efforts de prévention et de soutien adaptés aux réalités des hommes.
Or, François Poirier fait remarquer que, dans les dernières années, il y a eu un alourdissement de la clientèle. Autrement dit, les hommes sont déjà en situation de détresse ou en crise quand ils font appel aux organismes. Actuellement, on doit agir en curatif, alors [qu’on devrait agir] en prévention.
Investir en prévention nous éviterait une détérioration des situations de détresse, croit également François Poirier, qui milite pour des campagnes de normalisation de la demande d'aide.

La porte-parole de Québec solidaire Ruba Ghazal (à gauche) a tenu à féliciter la première ministre du Québec, Christine Fréchette (au centre), et le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière (à droite), pour le dépôt du projet de loi 4. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Agir tôt
La priorité, c'est de protéger les femmes. Il ne faut pas enlever un seul sou de là, il faut en ajouter, croit aussi le professeur émérite de l’Université Laval et sociologue spécialiste de la condition masculine Michel Dorais.
Mais [il] faut se préoccuper qu'il n'y ait plus de victimes et c’est pour ça qu’il faut faire de la prévention chez les garçons, renchérit-il.

Le sociologue Michel Dorais est auteur du livre « La masculinité antitoxique ». (Photo d'archies)
Photo : Radio-Canada / Anne-Sophie Roy
Michel Dorais, également l’auteur de l’ouvrage La masculinité antitoxique, insiste sur l’importance d’aller rejoindre les hommes là où ils sont pour mieux les sensibiliser dans les milieux sportifs et dans les maisons des jeunes par exemple.
Le sociologue considère que le Québec possède largement les compétences pour sensibiliser les jeunes hommes à une masculinité saine. Il donne en exemple le programme Sois une légende, du YWCA, à Québec. Cette plateforme en ligne destinée aux adolescents sensibilise les garçons aux comportements violents, aux comportements discriminatoires ou encore au consentement.
Il faut investir dans la prévention chez les garçons. C'est quelque chose qui part en premier. Ça ne devrait pas parce que ça continue de faire des victimes.
Demain un homme
L’organisation Sport’Aide, grâce à une enveloppe remise par le Secrétariat à la condition féminine, a mis sur pied le programme Demain un homme. Les ateliers ont été offerts dans une vingtaine d’écoles, précise le directeur général du service d'accompagnement Sport’Aide, Sylvain Croteau.
En deux ans, des milliers d'adolescents du secondaire ont été sensibilisés aux formes de masculinité, au leadership et à la prévention de la violence. On observe une conscientisation, les jeunes garçons réalisent que des choses doivent changer, remarque Sylvain Croteau. Mais ces rencontres sur le terrain nous permettent aussi de rencontrer des personnes campées dans des positions homophobes, transphobes et très, très conservatrices.

L’organisation Sport’Aide, dirigée par Sylvain Croteau, a conçu le programme Demain un homme.
Photo : Radio-Canada / Flavie Villeneuve
Des discours tenus par de jeunes garçons confirment la pertinence de ces ateliers de prévention, selon lui. Ceux qui doutent qu'il y a du travail à faire, oui, il y en a!
On en a une solution qui existe. On n'a pas à attendre trois ans qu'on le développe, mais on a besoin de ce support, c'est névralgique. Si on n'a pas ce support-là, ça ne pourra pas être pérennisé.
Avant l’entrevue avec Radio-Canada, Sylvain Croteau a rencontré la ministre responsable du Sport, du Loisir et du Plein air, Kariane Bourassa pour pérenniser sa formation.
Elle a mentionné à Radio-Canada que son ministère reconnaît l’importance de soutenir les jeunes athlètes.
Nous connaissons bien l’organisme Sport’Aide ainsi que les besoins qui ont été soulevés, notamment en matière de financement. Les échanges se poursuivent et nous suivons le dossier de près , a-t-elle écrit par l'intermédiaire de son cabinet.
Au-delà du financement, Sylvain Croteau rappelle que c'est une responsabilité qui est partagée.
On peut bien demander de l'argent au gouvernement et à des partenaires privés, mais on a une responsabilité comme citoyen aussi de s'intéresser à ces enjeux-là et de se questionner sur notre propre façon de penser.
Avec la collaboration de Marie-Claire Giffard


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