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«La petite dernière»: lesbienne et musulmane pratiquante

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On connaissait surtout Hafsia Herzi en tant qu’actrice, notamment grâce au film La prisonnière de Bordeaux, dans lequel Isabelle Huppert et elle brillaient en improbables amies. Dorénavant toutefois, c’est sans doute davantage à la profession de réalisatrice qu’on l’associera. En effet, non seulement son film La petite dernière a été retenu en compétition à Cannes, mais il s’est par surcroît hissé au palmarès grâce au Prix d’interprétation féminine remis à Nadia Melliti. Tiré d’un roman de Fatima Daas, il s’agit d’un récit initiatique : celui d’une jeune femme de 19 ans qui tente de concilier sa foi musulmane et son homosexualité.

Elle se prénomme Fatima et, lorsqu’on la rencontre, elle s’apprête à passer le bac. Sportive et studieuse, Fatima n’a que des amis garçons et refuse les codes imposés de la féminité, ce que lui reprochent ses deux sœurs, mais pas sa mère. On pense ici à cette touchante — et révélatrice — scène où cette dernière offre un chandail de football à Fatima en précisant : « Tu vois, c’est pas des bijoux. »

Pour le compte, la réalisatrice établit très rapidement sa capacité à faire parler l’image : voir ce plan montrant Fatima de profil, à la fenêtre, vêtue du hidjab qu’elle ne porte que pour sa prière matinale, suivi de ce plan identique mais inversé où elle apparaît cette fois en camisole, ses cheveux ondulant dans la brise. C’est là une manière simple mais fort belle d’établir la dualité, le tiraillement de Fatima.

Il faut également voir comment, lors de ses premiers rendez-vous avec des femmes, Fatima, casquette vissée sur la tête, ment sur son prénom et son héritage culturel. Lorsque la possibilité d’un vrai amour se manifeste, il n’y a plus de casquette et plus de mensonges. Ce sont de petites choses, des éléments de l’ordre du suivi narratif, qui concourent à la réussite du film.

La révélation Nadia Melliti

Certaines séquences s’impriment carrément dans la mémoire, comme lorsque Fatima s’enfonce dans les buissons, son amoureuse agrippée à elle, la caméra à leur suite, le son mouillé de leurs baisers se mêlant au bruissement des feuilles. C’est sensuel, c’est charnel.

Tout n’est, cela dit, pas de la même tenue. Il y a des longueurs, des redites…

Il reste que la mise en scène de Hafsia Herzi est intelligente pour les raisons évoquées, mais surtout parce qu’elle est attentive au visage subtilement expressif de Nadia Melliti, une non-professionnelle qui porte sans peine le film sur ses robustes épaules (lire notre entrevue avec elle). Cette jeune actrice est une révélation. À cet égard, le jury cannois a eu raison.

Ce texte est une version remaniée de la critique originale parue pendant le Festival de Cannes

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