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🌙 Rythmes naturels · Hygiène de vie
Cette nuit, l’heure a changé
votre horloge intérieure, elle, n’a pas bougé
Bonjour, cette nuit, comme chaque dernier dimanche d’octobre, nous avons reculé nos montres d’une heure, et ce matin beaucoup d’entre vous se réveillent avec l’impression d’avoir gagné une heure de sommeil sans vraiment savoir pourquoi leur corps, lui, ne semble pas tout à fait d’accord. C’est que cette heure qui vient de changer sur tous nos écrans et toutes nos horloges est une pure convention humaine, décidée un jour par décret pour des raisons d’économie d’énergie, et que rien dans notre physiologie ne lui correspond vraiment. Le soleil, lui, continue de se lever et de se coucher exactement comme il l’aurait fait hier, et c’est bien lui, et non l’administration, qui gouverne depuis des millions d’années le fonctionnement de nos organismes.
Ce décalage entre l’heure sociale que l’on nous impose et l’heure biologique que notre corps continue de suivre porte un nom en chronobiologie, celui de jetlag social, et les recherches menées sur le sujet sont de plus en plus concordantes. L’étude européenne Euclock, menée pendant plusieurs années auprès de plus de cinq mille personnes dans onze pays par une trentaine de chronobiologistes, a montré que ce changement n’a rien d’anodin, en particulier chez les personnes à chronotype tardif, celles qui ont naturellement tendance à se coucher et à se lever plus tard, et chez les enfants, dont l’horloge interne est encore plus sensible à ces décalages que celle des adultes. En Allemagne, le chronobiologiste Till Roenneberg, de l’université Ludwig Maximilian de Munich, étudie depuis des années cette même question et rappelle régulièrement qu’un décalage d’une heure entre notre horloge sociale et notre horloge biologique suffit à produire des effets mesurables sur le sommeil, l’humeur et même le risque cardiovasculaire, des effets que l’on retrouve aussi bien dans les études anglophones que dans les études espagnoles menées après chaque changement d’heure d’automne. On observe ainsi, les jours qui suivent ce changement, davantage de troubles du sommeil, une légère hausse des épisodes dépressifs, une baisse de la vigilance et, chez les plus vulnérables, un risque accru d’accident cardiovasculaire, le temps que l’organisme retrouve son équilibre.
Ce mini jetlag met en moyenne de trois à quinze jours à se résorber selon les études, un peu plus chez les enfants et chez les personnes qui se couchent naturellement tard.
Ce que la chronobiologie moderne redécouvre avec ses outils scientifiques, les médecines traditionnelles le savent depuis bien plus longtemps. L’ayurveda, la médecine traditionnelle indienne, organise toute la journée autour de la position du soleil et non autour d’une heure fixée par un calendrier administratif, avec ses trois doshas qui se succèdent du lever au coucher du soleil pour rythmer le sommeil, la digestion et l’activité mentale. La médecine traditionnelle chinoise, de son côté, décrit depuis des siècles une horloge des organes qui attribue à chaque organe une plage de deux heures où son énergie est à son maximum, du foie qui se régénère au cœur de la nuit aux poumons qui se nettoient avant l’aube, un cycle entièrement calé sur l’alternance naturelle du jour et de la nuit et totalement indifférent à ce que nos montres peuvent afficher. Ces deux traditions, à des milliers de kilomètres et des siècles de distance l’une de l’autre, racontent finalement la même histoire que l’hygiénisme occidental, celle d’un corps qui a besoin de lumière naturelle et de régularité pour fonctionner, et qui ne connaît ni heure d’été ni heure d’hiver.
Alors que pouvons nous faire concrètement, cette semaine, pour aider notre organisme à mieux vivre cette contrainte qui n’a rien de naturel ? La première chose, et sans doute la plus efficace, consiste à s’exposer à la lumière naturelle le plus tôt possible après le réveil, même par temps couvert, car c’est ce signal lumineux du matin qui resynchronise notre horloge interne bien plus vite que n’importe quelle habitude. Il est également utile de résister à la tentation de profiter de cette heure de sommeil supplémentaire en se levant beaucoup plus tard que d’habitude, et de maintenir au contraire des horaires de lever réguliers dès les premiers jours, pour éviter d’ajouter un décalage supplémentaire à celui que l’on vient déjà de subir. Du côté de l’alimentation, il est préférable de recaler rapidement ses repas sur le nouvel horaire plutôt que de laisser son organisme hésiter entre deux rythmes, en privilégiant un dîner léger et plutôt tôt dans la soirée, ce qui respecte à la fois la digestion et cette fenêtre nocturne que la médecine chinoise associe justement au repos des organes digestifs. Le soir, mieux vaut aussi réduire les lumières artificielles et les écrans, qui envoient à notre cerveau un signal de jour alors que la nuit est déjà tombée plus tôt, et privilégier une lumière plus chaude et plus tamisée qui accompagne naturellement la transition vers le sommeil. Enfin, si vous sentez une baisse de forme ou d’humeur dans les jours qui viennent, sachez que ce n’est ni un manque de volonté ni un signe de fragilité, mais simplement le temps que votre physiologie a besoin pour rattraper une décision qui, elle, s’est prise en une seule nuit.
Fabien


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