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La naïveté occidentale a un prix

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Un collectif signait récemment dans ces pages un texte dénonçant la nouvelle cible de 5 % du PIB consacrée aux dépenses militaires. Selon ses auteurs, ces milliards seraient mieux investis dans le logement social, la transition énergétique ou la souveraineté alimentaire.

L’argument est moralement séduisant. Personne n’aspire à la guerre, sauf peut-être certains actionnaires de l’industrie de l’armement. Dans un monde idéal, chaque dollar public serait consacré exclusivement au mieux-être collectif. Mais ce monde idéal n’existe pas.

Après la chute de l’Union soviétique, l’Ukraine a accepté de céder son arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité. Trente ans plus tard, ces garanties n’ont pas empêché l’invasion de son territoire. En rétrospective, les Ukrainiens regrettent amèrement leur naïveté.

Le Canada n’est pas à l’abri des bouleversements géopolitiques. Même ses alliances traditionnelles connaissent aujourd’hui des tensions inédites. Tirer les leçons de l’histoire ne relève pas du militarisme, mais du réalisme.

À l’échelle occidentale, le problème ne réside pas tant dans l’absence de puissance militaire — les États-Unis ont largement démontré leur capacité d’intervention (parfois avec une justification douteuse) — que dans l’aveuglement idéologique d’une partie des élites politiques et culturelles.

Complaisance

Dans plusieurs démocraties, une gauche convaincue que toute fermeté relève du bellicisme a progressivement confondu tolérance et complaisance. Cette naïveté a été méthodiquement instrumentalisée par des régimes islamistes, qui ont su exploiter les divisions internes de l’Occident à des fins stratégiques.

Depuis des décennies, la République islamique d’Iran a perfectionné une stratégie indirecte : financement et armement de groupes terroristes régionaux, guerre par procuration et pression asymétrique, qu’il s’agisse de cyberattaques, d’opérations clandestines ou d’instrumentalisation politique à l’étranger. Cette méthode lui permettait de frapper sans être directement frappée.

Jusqu’à récemment, cette stratégie fonctionnait. Aucun président américain n’avait osé viser le cœur du régime. Les précédents irakien et afghan rendaient toute intervention politiquement toxique.

Le peuple perse vit depuis la révolution de 1979 sous un régime théocratique brutal, qui n’hésite pas à écraser ses dissidents. Selon le magazine Time, jusqu’à 30 000 manifestants civils auraient été assassinés dans les rues d’Iran rien que les 8 et 9 janvier.

Le régime iranien ne se contente pas de réprimer sa population. Il mène également une stratégie d’influence en Occident, cherchant à instrumentaliser certaines mouvances idéologiques et à normaliser son discours. La semaine dernière, des sympathisants pro-Hamas manifestaient dans les rues de Montréal pour appuyer ce régime, tandis qu’au même moment, à Téhéran, des Iraniens célébraient l’assassinat de son leader, Ali Khamenei. Le contraste est saisissant.

Paradoxe

Plusieurs accusent aujourd’hui Donald Trump d’utiliser le conflit pour détourner l’attention de difficultés intérieures, qu’il s’agisse de sa politique commerciale, migratoire ou d’autres controverses. Son mépris répété des normes institutionnelles et son absence de retenue dans l’exercice de la fonction présidentielle suscitent de sérieuses inquiétudes.

Mais l’histoire est parfois paradoxale. C’est précisément son mépris des codes diplomatiques traditionnels et son goût assumé pour la rupture brutale qui ont fait voler en éclats une stratégie iranienne fondée sur l’hypothèse d’une retenue occidentale permanente.

Si la chute du régime des mollahs devait se confirmer, elle constituerait un accomplissement majeur du XXIe siècle : d’abord pour le peuple iranien lui-même, dont la grande majorité conteste la légitimité du pouvoir théocratique ; ensuite pour la stabilité régionale, en affaiblissant le financement et la coordination de groupes armés qui alimentent l’instabilité chronique du Moyen-Orient ; enfin pour l’Occident, qui verrait disparaître un acteur structurant de l’hostilité organisée à son égard.

La stratégie de Trump comporte toutefois une faiblesse. Élu en promettant de réduire l’interventionnisme militaire américain, il prend, en engageant son pays dans un affrontement direct majeur, le risque de se couper d’une partie de sa base électorale. Les répercussions politiques internes pourraient être importantes, notamment lors des prochaines élections de mi-mandat. Voilà un autre paradoxe de cette guerre.

Trump négociait avec le régime iranien depuis des semaines. Pourtant, plusieurs démocrates et même certains républicains lui reprochent désormais de ne pas avoir obtenu l’aval du Congrès avant de lancer une offensive dont les conséquences sont désormais irréversibles. Ces critiques pourraient nourrir un éventuel processus d’impeachment, qui pourrait du coup redorer le blason institutionnel des États-Unis sur la scène internationale.

Hélas, cette guerre n’a pas que des avantages. Il serait naïf de croire qu’une attaque contre un allié stratégique de la Russie ait pu se décider sans négociation en coulisse. D’aucuns soupçonnent même qu’un arrangement tacite serait survenu entre Poutine et Trump : l’Iran contre l’Ukraine.

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