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Le président du Club motoneige de la Minganie se rappellera longtemps du 27 janvier dernier. En l’espace d’un peu plus d’une heure, il a subi la perte de ses deux surfaceuses lors de deux incidents isolés, obligeant le club à fermer ses 121 kilomètres de sentiers pour la saison.
Le 27 janvier ça n'a pas été une belle journée pour nous autres, souffle Pierre Paquet. C’est peu dire.
Cette journée-là, en après-midi, le président du club et son partenaire, Kent Ward, s'étaient lancés sur les pistes, à bord de leurs surfaceuses, pour les entretenir. Pierre Paquet se dirige vers l'ouest et son partenaire, vers l’est.
Quelques moments plus tard, durant une pause, Pierre Paquet égare son petit appareil de messagerie par satellite. Le voilà maintenant dans une zone sans réseau cellulaire et sans moyen de communication. Mais il continue son chemin.
Dans le secteur de Magpie, arrivé devant un ruisseau qu’il a l’habitude de traverser, Pierre Paquet s’engage. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un barrage à castor, dissimulé sous la neige, rend le terrain instable. Une des chenilles de la surfaceuse se prend dans le barrage et fait chavirer l’engin sur le côté.

La dameuse a sombré dans le ruisseau et l'eau a pénétré l’engin.
Photo : Gracieuseté de Pierre Paquet et Kent Ward
C’est terminé pour la dameuse : l’eau pénètre dans l’habitacle et noie le moteur. Pierre Paquet s’extirpe de l’engin et parcourt trois kilomètres à pied jusqu’à la route 138 pour faire du pouce.
Sur le chemin du retour, à bord du véhicule d’un bon samaritain, il remarque un panache de fumée se dégager un peu à l’est du village, à proximité du sentier de motoneige.
Je dis en joke au gars : " ma surfaceuse est en feu ", se remémore Pierre Paquet. Malheureusement, il avait vu juste. Une fois arrivé sur les lieux de l’incendie, Pierre Paquet est en état de choc. Il ignore si Kent Ward a réussi à sortir de l’habitacle à temps.

Le responsable du club explique que la surfaceuse a pris feu en raison d’un bris moteur.
Photo : Gracieuseté de Pierre Paquet et Kent Ward
Il retrouve finalement Kent un kilomètre plus loin, sain et sauf. Les deux incidents n’auront provoqué que des dommages matériels.
Une perte colossale pour le petit club
L’engin piloté par Kent Ward, acheté pour 190 000 $, n’est plus qu’un tas de ferraille carbonisé.

L’autre surfaceuse risque aussi d’être une perte totale. Un évaluateur a déterminé que l’eau s’était infiltrée dans le moteur, dans le système hydraulique et dans le réservoir.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Ça me fait de la peine parce que j’aime ma machine, dit Pierre Paquet, qui en a fait l'acquisition en 2019 pour près de 275 000 $.
Maintenant, qu’est-ce qui l'attend? Il l’ignore, mais la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ) et sa compagnie d’assurance ont pris le dossier en main.
Ça va être dur pour un petit club comme nous d’avoir, à nouveau, deux machines, dit-il. Mais il dit avoir confiance en la fédération.

Quelques jours après les incidents, la FCMQ a d’ailleurs publié un communiqué, notifiant ses membres que le tronçon de 121 kilomètres allait demeurer fermé pour le reste de la saison.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
La FCMQ et le Club des motoneigistes de la Minganie travaillent activement avec les partenaires du milieu afin de trouver des solutions pour permettre une réouverture lors de la prochaine saison, ajoute la FCMQ.
Pierre Paquet espère faire l’acquisition d’une nouvelle machine au courant de l’été.
Un sentier fragmenté
La perte des deux dameuses vient aussi fragmenter davantage le Trans-Québec 3 le long de la Minganie. Selon Pierre Paquet, le tronçon entre Aguanish et Kegaska, aux portes de la Route Blanche, n’est pas entretenu.

À Longue-Pointe-de-Mingan, les motoneigistes Janessa Jones et Valérie Blaney, venus de Havre-Saint-Pierre, ont dû rebrousser chemin en raison de l’état des pistes.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Il n’y a plus de traces. Ça fait deux semaines que [la dameuse] est passée. Oubliez ça, lance Janessa Jones, qui est membre du club de motoneigistes de la Minganie.
Elles ne seraient pas les seules à devoir jongler avec l’état des sentiers.
Selon Janessa Jones, deux motoneigistes venus de l’Outaouais, avec comme objectif de rejoindre la Route Blanche, ont dû rouler le long de la route 138 par moments et prendre un autobus pour atteindre leur destination. C’est plate pareil, déplore la motoneigiste.

Le président du Club de motoneige Ook-Pik à Sept-Îles explique que le moindre imprévu peut empêcher les motoneigistes de pouvoir traverser le secteur touché.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Des problèmes, il y en a chaque année, selon le président du Club de motoneige Ook-Pik à Sept-Îles, Michel Thibeault.
On est juste 14 clubs qui couvrent la Côte-Nord au complet, indique-t-il. Chaque club a un long territoire à couvrir qui longe la route 138 et qui, selon lui, demande énormément d’entretien.
Détresse chez les clubs
Pour les clubs de motoneige, les défis sont constants. Même si l'activité est populaire et que les adeptes sont au rendez-vous, trouver des bénévoles pour assurer l'entretien des sentiers est une autre histoire.
Pierre Paquet doit alors redoubler d’efforts. Au fil des années, son équipe se rapetisse et les journées sont de plus en plus exigeantes. Partir d’ici, aller à rivière au Bouleau, c’est 24 heures, fait-il remarquer. Tu pars le matin, puis tu arrives le lendemain matin.

Le fatidique 27 janvier était d’ailleurs la 21e journée de suite que le responsable du Club motoneige de la Minganie dévouait à ses sentiers.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Il ajoute toutefois que ce n’est pas un problème unique à la Minganie : on se réunit [les clubs] deux fois par année et on jase entre les présidents et tout ça… c’est très dur.

Michel Thibeault constate qu’à Sept-Îles aussi, la relève s’éclipse. Tranquillement, les bénévoles s'essoufflent.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Membre du conseil d'administration de son club depuis 1986, Michel Thibeault se demande combien de temps il tiendra encore.
Même moi, ça fait plusieurs années que je me dis qu'à un moment donné, il va falloir que je pense à m’éclipser de là.
Il se questionne. Où est-ce qu’ils sont les autres membres?


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