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La République islamique d'Iran peut-elle s'écrouler sous la pression accrue des sanctions américaines ? Les États-Unis ont annoncé le 24 août une nouvelle salve de sanctions économiques et financières afin d'étouffer le régime théocratique, désormais sous la mainmise des militaires. Alors que la guerre entre Washington et Téhéran écoule son septième mois, l'objectif de l'Administration Trump est de couper l'Iran de l'ensemble de ses partenaires commerciaux étrangers. L'opération "Paria économique" vise en particulier ceux qui permettent à l'économie de tenir le coup et au régime des mollahs de se maintenir. Avec, in fine, l'espoir que la situation devienne si intenable pour les 90 millions d'Iraniens qu'ils n'aient d'autre choix que de se révolter contre lui.
Constatant leur échec à faire plier les Gardiens de la révolution par la seule force militaire, Washington resserre l'étau par la contrainte économique. Mais de là à parvenir à l'asphyxie recherchée, il y a une marge.
Une stratégie qui pourrait in fine envenimer les choses : "Les signaux en provenance de Téhéran indiquent que le succès croissant des États-Unis dans la guerre économique contre le régime iranien pourrait également conduire à un recours accru de la part de ce dernier à des réponses militaires", souligne le chercheur Ali Vaez, directeur du programme Iran à l'International Crisis Group et professeur vacataire à l'université Georgetown à Washington.
Les États-Unis lancent une attaque économique d'une ampleur jamais vue contre l'Iran1 Des sanctions américaines "secondaires" à l'efficacité limitée
Les mesures restrictives s'appliquent aux sociétés et aux individus de tout État qui facilitent des transactions commerciales avec l'Iran, que ce soit dans les domaines de l'exportation de pétrole, des transports maritime et aérien, des services financiers, des télécommunications… Washington promet l'exclusion des contrevenants du "système financier mondial libellé en dollars", comme l'a précisé le Secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent.
Ce dispositif doit pousser ces sociétés à réduire leurs échanges et investissements directs avec l'Iran mais il "dépend finalement du bon vouloir des États", explique l'historien et politologue Jonathan Piron. "À partir du moment où des puissances comme la Chine et la Russie décident de continuer leur collaboration avec l'Iran, on se retrouve dans cette situation où les sanctions secondaires ne sont pas complètement appliquées. Mais c'est quand même suffisant pour ébranler un peu l'Iran. D'autant plus que le contre-blocus américain (des ports iraniens, NdlR) semble fonctionner. Le transit iranien d'hydrocarbures s'est effondré", ajoute ce spécialiste de l'Iran. Et ce ne sont pas les faibles quantités de transit de contrebande par voie routière qui permettent de compenser le déficit des exportations à travers le détroit d'Ormuz.
L'Iran avait pu exporter quelque 70 millions de barils d'or noir durant la trêve de quelques semaines ayant suivi la conclusion du protocole d'accord de paix avec Washington à la mi-juin. Des experts ont estimé que cela lui avait rapporté entre 5 et 6 milliards de dollars (entre 4,3 et 5,2 milliards d'euros). Des moyens que "la Banque centrale iranienne peut tenter de réinjecter dans le système afin de compenser la chute de la monnaie nationale", explique Jonathan Piron. "Cela peut leur permettre de tenir pendant deux ou trois mois", précisait l'économiste Thierry Coville, spécialiste de l'Iran à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dans un entretien publié fin août dans La Libre.
"À court terme, les Iraniens vont tenir. À plus long terme, ça va être catastrophique"2 Couper les ailes iraniennes
Dans son offensive, le Trésor américain a annoncé le 8 septembre des mesures censées clouer au sol l'ensemble du secteur de l'aviation iranienne, en visant notamment les réseaux commerciaux et financiers gravitant autour de la principale compagnie privée, Mahan Air. À savoir des sociétés écrans clandestines, des manutentionnaires de fret, des intermédiaires étrangers et des itinéraires de transbordement trompeurs auxquels, selon Washington, l'Iran a recours pour se procurer des avions d'origine américaine et des technologies sensibles.
Ces mesures "représentent une extension majeure de la guerre économique", souligne Brett Erickson, directeur général d'Obsidian Risk Advisors. Elles vont permettre, selon ce spécialiste en évaluation des risques d'affaires interrogé par Reuters, d'" isoler effectivement le secteur de l'aviation iranien du reste du monde", "avec des conséquences prévisibles pour les voyages civils, le commerce, les chaînes d'approvisionnement et la capacité de l'Iran à soutenir son économie déjà sous tension".
Depuis le début de son offensive il y a trois semaines, les États-Unis ont déjà sanctionné la banque turque Golden Global Bank et la filiale émirienne de la banque égyptienne Misr. Elles sont accusées d'avoir facilité des transactions financières pour le compte du gouvernement iranien ou des Gardiens de la révolution, l'armée chargée de protéger les intérêts du régime.
3 Un essoufflement certain plutôt qu'une asphyxie assurée
Si la Chine et la Russie vont poursuivre leurs partenariats commerciaux respectifs avec l'Iran, le retrait des Émirats arabes unis produit l'effet d'un choc dans l'économie iranienne. "Les Émirats sont l'un des principaux partenaires commerciaux de l'Iran, et d'autant plus que Dubaï héberge toute une série d'entreprises qui sont parfois dirigées par des Iraniens. Les Émirats arabes unis concentrent énormément d'épargne iranienne et constituent une plateforme pour les transferts financiers", rappelle Jonathan Piron, qui note que la fédération émirienne reste fondamentalement alignée sur les États-Unis.
Ce n'est qu'une difficulté supplémentaire. Cela fait 46 ans que le régime endure des sanctions internationales. Il est dans cet état d'esprit, il est préparé à cela."
Pour le chercheur, le régime considère que, même dans cette situation, il parvient à tenir le choc et qu'il peut continuer à jouer la carte de la pression sur les États-Unis. "Ce n'est qu'une difficulté supplémentaire. Cela fait 46 ans qu'il endure des sanctions internationales. Il est dans cet état d'esprit, il est préparé à cela", analyse le chercheur. "Il a donc les reins beaucoup plus solides qu'on ne le pense". Et de souligner que la logique du régime, ce n'est pas tant de se préoccuper de la vie quotidienne des Iraniens, mais de s'assurer que le système tienne d'un point de vue macroéconomique.
"L'inflation reste à un niveau élevé, mais elle n'augmente plus aussi fortement qu'au début du conflit. La monnaie est affaiblie, mais elle ne s'effondre pas en suivant ou en dépassant le niveau de l'inflation. Donc la monnaie tient le choc. Les salaires sont toujours versés en monnaie locale, même si c'est avec retard. Et il n'y a pas de fuite vers une autre monnaie. On n'est pas dans la situation du Venezuela, ou même un moment de l'Argentine, où la monnaie nationale ne valait plus rien, et où une partie de la population privilégiait des monnaies étrangères. Donc le système fiscal iranien continue de fonctionner", démontre M. Piron.
4 Une longue résistance et une logique quasi autarcique
Outre la relative robustesse de son système financier, l'Iran a privilégié un modèle qui lui permet de "vivre un peu en autarcie", avec cette "logique constante d'économie de la résistance", ajoute le chercheur du centre Etopia. "Le pays essaye d'être autonome dans toute une série de domaines. Par exemple, en matière de souveraineté alimentaire, ils essayent de produire eux-mêmes tout ce dont ils ont besoin sans devoir faire des importations. Ou de se reposer aussi sur ce qu'ils ne peuvent pas produire, sur des importations qui viennent par exemple de Chine, avec laquelle les accords sont maintenus, et qui leur permettent d'avoir des biens manufacturés qui sont souvent vus par la population comme étant de faible qualité, mais qui néanmoins leur permettent alors aussi de tenir le choc."
La Chine, le plus gros importateur de pétrole au monde, "achète" la quasi-totalité du pétrole iranien, à bas prix. En fait, elle l'échange contre des crédits permettant à l'Iran d'importer des biens manufacturés en Chine. Ce système similaire au troc a pour principal atout de permettre aux banques et aux sociétés chinoises d'échapper à la surveillance et aux sanctions internationales. Cela n'avait pas empêché Washington de mettre à l'amende, l'an dernier, des raffineries chinoises de petite taille, accusées de transformer du brut iranien. En 2025, l'Iran a utilisé ce système de troc pour obtenir des médicaments, des équipements de communication, ou des systèmes militaires.
Parmi les autres ressources sur lesquelles elle peut compter, la République islamique a développé une expertise reconnue dans certains domaines, comme la métallurgie ou les nanotechnologies, selon M. Piron. Et elle exporte par voie terrestre certaines de ses richesses nationales, comme la pistache et le safran.
Combien de temps cette économie de la résistance peut-elle encore durer ? Selon des sources gouvernementales américaines s'étant confiée à des journaux américains, des conseillers de la Maison-Blanche ont évoqué à l'oreille de Donald Trump que la guerre ouverte avec l'Iran pourrait s'étendre à travers tout le restant de son mandat.
"La vie était plus facile à supporter quand j'étais en Iran avec ma famille, mes amis"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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