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Le vendredi 30 octobre 2026 s’est tenue une journée d’action internationale réunissant les dockers de plus de 120 ports, répartis dans 22 pays, contre la guerre, le génocide et la militarisation. Ce mouvement trouve son origine dans la « Déclaration d’Istanbul », adoptée en mai 2026 à l’occasion de la troisième rencontre des syndicats de dockers méditerranéens et européens. Cette déclaration a été portée notamment par la CGT Ports et Docks (France), ENEDEP (Grèce), LAB (Pays basque), Liman-İş (Turquie), l’ODT (Maroc) et l’USB (Italie).
La portée de cette action dépasse de loin les ports. Sur fond d’une éruption de manifestations de masse à travers l’Europe, elle marque l’intervention croissante de la classe ouvrière dans la lutte contre la guerre, l’austérité et la répression d’État. Elle révèle la combativité ouvrière avant la série de grèves nationales prévues en novembre à travers l’Europe, à commencer par celle du 5 novembre en France, et le potentiel d’un mouvement coordonné à l’échelle internationale contre les gouvernements capitalistes et leur politique de guerre.
Toutefois, ce potentiel ne peut être réalisé si le contrôle des luttes ouvrières reste aux mains des appareils syndicaux, ou de coalitions de confédérations nationales. C’est ce qui ressort d’un examen des forces mais aussi des faiblesses de cette mobilisation. Pour mobiliser l’ensemble de la classe ouvrière contre la guerre et la dictature, les travailleurs doivent s’organiser directement à la base, à l’échelle internationale, dans des comités d’action, pour mener une lutte indépendante et révolutionnaire.
L’intensité des grèves et manifestations a varié : certains ports étaient en grève, d’autres n’accueillaient que des rassemblements sans arrêt complet de l’activité. En Grèce, au Pirée, les dockers ont observé un arrêt de travail de trois heures, de 10h à 13h, tandis que d’autres syndicats ont fait 24 heures de grève. Une grève séparée des marins a paralysé les ferries : aucun service n’était assuré au Pirée, à Rafina, Lavrio, Patras, Igoumenitsa, Éleusis et Rio-Antirrio.
En Turquie, à Istanbul, des manifestants se sont rassemblés devant le port de Haydarpaşa sous une banderole « Non à la guerre, non à l’armement ». Liman-İş a annoncé des actions à Mersin, Gemlik et Istanbul, et une déclaration de presse à Ankara.
C’est en Italie que la mobilisation de rue a été la plus massive. L’USB revendique 1,5 million de manifestants dans 60 villes, malgré la réquisition des transports. Les manifestants ont envahi les rocades de Milan et Bologne et sont entrés dans les ports de Gênes et Naples. Il y a eu des tensions à Rome et Turin, et quatre policiers ont été blessés à Vicenza.
En France, la CGT a revendiqué l’arrêt de 95 pour cent de l’activité portuaire à l’échelle nationale mais sans organiser de manifestations. Au Havre et à Marseille-Fos, le syndicat a annoncé 100 pour cent de grévistes avec arrêt des conteneurs, des quais d’ArcelorMittal, du terminal minéralier et du terminal voitures. A Dunkerque, le terminal des conteneurs n’a pas été touché mais le vrac, les liquides et les carburants étaient « totalement bloqués ».
Lors de l’assemblée générale des dockers à Marseille organisée par la CGT, le secrétaire général de la CGT des Ports et Docks de Fos-sur-Mer a adopté un ton d’une radicalité tout à fait inhabituelle, face à la montée de la colère ouvrière en France.
Il a dénoncé la guerre : « Les guerres ne sont pas celles des travailleurs mais de leurs exploiteurs, avec les gouvernements et leurs alliés, en envoyant la jeunesse de leur pays à l'abattoir, pour servir les intérêts géopolitiques par l'accaparement de territoires de ressources premières en gaz, pétrole et minéraux. Le capitalisme n'existe que par l'exploitation de la classe ouvrière, donc de nous, créant un monde de guerre, de pauvreté, d’insécurités pour les peuples alors que de l'autre côté nous espérons un monde meilleur. »
Après avoir dénoncé le régime sioniste, il a averti de la militarisation de l’industrie en cours : « Partout, la militarisation des installations portuaires se prépare et s'organise sous l'impulsion de la Commission européenne. Avec l'accélération de l'intelligence artificielle et de l'automatisation. L'exploitation de l'homme par l'homme est à un niveau historiquement élevé. La lutte des classes est bien réelle, n’en déplaise aux réactionnaires de droite et de l'extrême droite. »
Il a ajouté à propos de la guerre et de la révolte des lycéens en France : « La conséquence en bout de chaîne, c'est que c’est nous qui payons à la pompe. Alors oui, nous sommes opposés à toutes les guerres et militons pour la paix. Il est clair que s'opposer, lutter, manifester, porter un autre choix de société, notre répartition des richesses est de plus en plus compliquée. Il n'y a qu'à regarder le mouvement des lycéens en France. »
Il est revenu sur les élections présidentielles françaises et le danger de l’extrême droite : «Le Front national ou le Rassemblement national a été créé par des nazis, Pierre Bousquet et Léon Gaultier, hauts collabos pour les Waffen SS ; Jean-Marie Le Pen, tortionnaire en Algérie, celui qui disait que les chambres à gaz sont un détail de l'histoire. Le parti de Marine Le Pen prend ses racines du régime de Vichy sous Pétain, régime qui a envoyé Juifs, résistants communistes et cégétistes aux camps de concentration, d'où nombreux d'entre eux ne sont jamais revenus. Que vous soyez politisés ou pas, jamais l'extrême droite ou la droite n'ont apporté de nouveaux droits aux travailleurs que nous sommes. Ils les ont attaqués en permanence. »
Le secrétaire s’est fait le promoteur de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, arguant que « seuls les élus de la France insoumise du Parti communiste français défendent nos intérêts face aux médias du Grand Capital, des BFM, CNews et compagnie, médias détenus par Vincent Bolloré, CMA CGM, etc., faisant la propagande de ceux qui veulent nous détruire. » Enfin, il a appelé les travailleurs portuaires à se mobiliser le 5 novembre lors de la journée interprofessionnelle en France.
Le discours du secrétaire CGT soulève beaucoup plus de questions qu’il n’en résout. Dans les commentaires à propos de la guerre et du danger néofasciste, il n’y a pas grand-chose à redire. La question commence plutôt là où finissait le discours du bureaucrate syndical : Qu’est-ce que les travailleurs doivent faire contre ces énormes dangers ? L’action de la bureaucratie cégétiste est-elle à la hauteur des menaces de guerre mondiale, de fascisme et de dictature qu’elle a identifiées ?
Malgré ces dénonciations de la guerre et du danger de l’extrême-droite, la CGT a isolé la lutte des jeunes pendant six semaines, n’appelant à une mobilisation que le 5 novrembre. Il reste même à voir si la CGT compte donner suite à cette mobilisation. Mais entre-temps, elle n’a pas tenté de faire de la grève des ports un point d’appui pour une mobilisation plus large contre Macron, l’UE et la militarisation de la société.
La bureaucratie syndicale refuse que cette journée soit le point de départ d’une action de grève soutenue et coordonnée impliquant les cheminots, les travailleurs des transports, de la logistique et de l’industrie, les enseignants, les soignants et d’autres sections de la classe ouvrière.Alors que se tenait cette journée d’action sur les ports, les travailleurs des autres secteurs n’étaient pas informés de cette journée de mobilisation.
La situation objective pose la nécessité d’une grève générale européenne contre la guerre, l’austérité et la répression d’État. La réticence de la bureaucratie syndicale et de la CGT à organiser une réelle mobilisation contre la guerre s’explique par leur volonté de préserver leurs rapports avec l’Etat capitaliste et d’empêcher la classe ouvrière d’émerger comme force politique indépendante. On a vu ce fait très clairement lors du bradage par les directions syndicales des grèves de masse contre la réforme des retraites de Macron en 2023.
Le combat pour élargir l’action des dockers exige donc une rébellion contre l’autorité de ces bureaucraties.
Les Partis de l’égalité socialiste appellent à former des comités d’action de la base indépendants et démocratiquement contrôlés dans les ports, les usines, les transports, les écoles, les universités et les quartiers ouvriers. Leur tâche immédiate est de relier les dockers aux cheminots, routiers, marins, ouvriers de l’industrie et à tous ceux qui travaillent dans la production et le transport militaires, tout en s’unissant aux jeunes qui résistent à la conscription, à l’austérité et aux violences policières.
Cette coordination doit franchir toutes les frontières. Les élites dirigeantes coordonnent à l’échelle internationale leurs attaques économiques, leur réarmement et leur répression ; les travailleurs doivent y répondre par leur propre organisation internationale. L’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) et le Comité international de la IVe Internationale (CIQI) fournissent le cadre de cette lutte.


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