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La France a inauguré au milieu des années 2010 une route qui fabrique du courant sous les roues : ce qui l’a condamnée n’était ni la pluie ni les nuages

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Un kilomètre de bitume capable de produire de l’électricité : voilà ce que la France inaugure en décembre 2016, sur la route départementale 5 à Tourouvre-au-Perche, dans l’Orne. La ministre de l’Environnement de l’époque, Ségolène Royal, coupe le ruban en grande pompe devant les caméras. Ce qui a eu raison de cette route solaire n’était ni la pluie normande ni le ciel gris du Perche. C’est la physique la plus élémentaire du photovoltaïque, contournée au nom d’une promesse séduisante sur le papier.

À retenir

  • Les dalles solaires posées à plat reçoivent une lumière trop rasante pour une captation efficace, contrairement aux panneaux inclinés à 30-35°
  • Le passage répété des camions a endommagé les dalles censées supporter 40 tonnes, forçant à limiter la vitesse à 70 km/h
  • La route n’a produit que 229 MWh au lieu des 642 MWh attendus, avec un coût par watt 18 fois plus élevé que le solaire classique

Sommaire

  1. Une vitrine technologique inaugurée en grande pompe
  2. Le vrai coupable : un panneau posé à plat, écrasé par les camions
  3. Ce que le chantier a vraiment appris
  4. Pourquoi l’idée solaire routière revient sans cesse

Une vitrine technologique inaugurée en grande pompe

Inaugurée avec faste en décembre 2016 par Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, la route solaire de Tourouvre n’a finalement pas tenu ses promesses. Développée par la société Wattway, filiale du groupe Colas, la technologie comprend un revêtement routier de 2 800 m2 de panneaux photovoltaïques en forme de dalles collés sur l’asphalte et s’étendait initialement sur un tronçon d’un kilomètre de long. Le projet s’appuie sur l’expertise de l’Institut national de l’énergie solaire.

Les 2.800 m2 de dalles aux allures de carrelage plastifié devaient permettre de produire l’équivalent de l’éclairage public d’une ville de 5.000 habitants, selon la direction de Wattway. Un objectif chiffré, affiché, presque une garantie. Cette expérimentation aurait dû préfigurer un déploiement de 1 000 kilomètres sur le réseau routier national d’ici 2020.

Depuis l’annonce de la démolition, les 5 millions d’euros investis par l’État font l’objet de vives critiques.

Le vrai coupable : un panneau posé à plat, écrasé par les camions

Un panneau photovoltaïque classique ne se pose jamais à plat sans raison. En France, l’inclinaison optimale d’un panneau solaire se situe entre 30° et 35° pour une installation fixe, quelle que soit la région. Cette inclinaison permet aux rayons du soleil de frapper la cellule sous un angle proche de la perpendiculaire, moment où la captation est maximale. Posée à plat sur la chaussée, une dalle solaire reçoit systématiquement une lumière plus rasante, donc moins efficace, quelle que soit la météo du jour.

Selon le directeur de Wattway, chaque mètre carré affichait une puissance de 110 watts, soit un coût de 17,8 euros le watt, alors que le solaire photovoltaïque au sol coûtait de 0,7 à 1 euro par watt, le flottant 1 euro par watt et le solaire en toiture de 1,5 à 2,5 euros par watt. produire de l’électricité couchée sur une route revenait bien plus cher qu’avec une installation inclinée classique.

Le trafic a fait le reste. Sur 2 800 m2, des panneaux photovoltaïques en forme de dalles ont été collés sur l’asphalte, avec des feuilles de silicium enrobées dans une résine protectrice censée les rendre capables de supporter la circulation de tout type de véhicule, y compris les poids lourds. Le passage répété des camions a fini par avoir raison des dalles, censées pourtant encaisser 40 tonnes sans broncher. Cette usure rapide des panneaux solaires sur lesquels les voitures roulaient a entraîné une limitation à 70 km/h.

La route n’a pu produire que 229 MWh contre les 642 MWh attendus. Un écart que même la meilleure communication ne pouvait plus masquer.

Ce que le chantier a vraiment appris

Trois ans après l’inauguration, la route solaire de Tourouvre a été qualifiée d’échec en termes de production d’énergie par le Département de l’Orne, qui a annoncé sa déconstruction. L’annonce de la démolition a été faite lors du conseil municipal de Tourouvre le 15 février 2024. Les travaux de démolition, commencés le 27 mai, devaient se terminer le 7 juin.

Le maire de la commune a tenu à rassurer ses administrés sur un point précis. Franck Poirier a précisé que l’expérimentation n’a rien coûté à la commune et que le démontage est pris en charge par l’entreprise.

Ailleurs, une autre application a mieux résisté à l’épreuve du réel. En Seine-Saint-Denis, il fallait éclairer un tronçon de piste cyclable longeant le canal de l’Ourcq, assombri par des voies ferrées, sans pouvoir installer de panneaux classiques en hauteur faute de place. Sur une surface de 50 m2, la piste cyclable solaire a été construite pour alimenter cet éclairage. Ici, la contrainte de place justifiait le compromis technique, contrairement à une route où l’espace en hauteur ne manquait pas.

Pourquoi l’idée solaire routière revient sans cesse

La technologie des dalles solaires continue d’évoluer et est désormais utilisée pour des applications moins contraignantes comme les pistes cyclables, les parkings et les trottoirs. L’idée séduit toujours les collectivités pour une raison simple : elle promet de produire de l’énergie sur des surfaces déjà artificialisées, sans consommer un mètre carré de terrain agricole supplémentaire. C’est cet argument, plus que la performance technique, qui continue de faire revenir régulièrement le concept sur la table des porteurs de projets locaux. Le directeur du développement commercial de Wattway Colas, Arnaud de Sainte-Marie, reconnaît les difficultés rencontrées à Tourouvre mais insiste sur l’importance des leçons tirées de cette expérience.

La leçon de Tourouvre n’est pas que le solaire routier est impossible. Elle est que la physique d’un panneau ne se négocie pas avec un angle de communication, aussi enthousiaste soit-il.

Sources : edf-solutions-solaires.com | usinenouvelle.com | france3-regions.franceinfo.fr

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