Cinq cents milliards d’euros. C’est la somme dépensée par la France en deux décennies pour ses politiques de l’eau, soit environ 25 milliards d’euros chaque année. Résultat de cet effort colossal, révélé par le rapport « Pour des rivières vivantes » du WWF France : seulement 43,1 % des cours d’eau et plans d’eau hexagonaux affichent un bon état écologique. Malgré les dépenses déployées pour les politiques de l’eau, estimées à 500 milliards d’euros depuis 20 ans, les populations d’oiseaux et de poissons d’eau douce stagnent de manière inquiétante et seulement 43,1% des cours d’eau et plans d’eau en France hexagonale sont en bon état écologique. plus de la moitié des rivières françaises restent dans un état jugé médiocre, malgré un investissement financier qui donnerait le tournis à n’importe quel contribuable.
Le chiffre n’est pas anodin. Il provient des agences de l’eau elles-mêmes, ces établissements publics chargés de collecter les redevances et de financer les travaux de restauration. « Seulement 43,1 % des eaux étaient en bon état écologique en 2019 et seuls 44,7 % présentaient un bon état chimique », précise le rapport. Deux chiffres qui, mis bout à bout, dessinent une France dont les rivières coulent encore, mais dont la vie aquatique s’étiole.
À retenir
- Pourquoi les grands fleuves respirent mieux tandis que les petits ruisseaux s’effondrent ?
- La truite et le grèbe huppé ont perdu plus de 40% de leurs populations en 20 ans
- L’agriculture intensive reste l’angle mort des politiques de l’eau depuis des décennies
Sommaire
- Un demi-siècle de rivières martyrisées
- La truite s’effondre, le grèbe disparaît
- L’agriculture, angle mort des politiques publiques
- Des objectifs européens toujours hors de portée
Un demi-siècle de rivières martyrisées
Pour comprendre pourquoi tant d’argent n’a pas suffi, il faut remonter aux décennies d’après-guerre. La politique de l’eau menée en France depuis l’après-guerre a conduit à la dégradation de nos rivières, les politiques consistant à canaliser les rivières pour contenir et évacuer l’eau ayant appauvri leur biodiversité, contribué à asphyxier certaines nappes et asséché les paysages. Le remembrement agricole a fait le reste. L’intensification des pratiques agricoles a participé de manière forte à recalibrer les rivières en les approfondissant et en les élargissant, à arracher les haies incluant les ripisylves, avec une perte de 43% entre 1975-1985 et 2006. Le drainage systématique des terres a accompagné ce mouvement, avec des conséquences irréversibles : il a contribué à la disparition de près de la moitié des zones humides entre 1960 et 1990.
Ces zones humides, on l’oublie souvent, jouent un rôle d’éponge naturelle. Leur disparition a fragilisé toute la chaîne écologique, des insectes aquatiques jusqu’aux oiseaux qui s’en nourrissent. Cinquante ans plus tard, les 500 milliards dépensés ont tenté de réparer ce qui avait été détruit, sans jamais vraiment y parvenir.
La truite s’effondre, le grèbe disparaît
Le WWF a construit pour l’occasion un nouvel outil, l’Indice Rivières Vivantes, qui agrège les données de suivi des poissons et des oiseaux depuis 2001. Sur le papier, la tendance semble presque rassurante : une baisse moyenne de seulement 0,4 % en vingt ans. Mais cette quasi-stabilité cache un effondrement bien plus brutal pour certaines espèces. Le grèbe huppé et la truite des rivières, deux espèces emblématiques des écosystèmes d’eau douce, ont vu leurs populations baisser respectivement de 91 % et 44 % en 20 ans. Une décimation, pas une simple érosion.
Yann Laurans, directeur des programmes du WWF France, résume la situation d’une formule qui claque : « Il y a quelque chose qui cloche », observe-t-il, notant que le léger déclin des populations en moyenne masque en réalité de fortes disparités. D’un côté, les grands fleuves respirent mieux qu’avant. Il cite l’exemple parlant de la Seine : « Aujourd’hui dans la Seine, au pont de l’Alma, vous trouvez à peu près six fois plus d’espèces de poissons que dans les années 1960 » et c’est vrai pour la plupart des grands fleuves, saluant le progrès des systèmes d’assainissement et stations d’épuration. De l’autre, les petits cours d’eau ruraux s’enfoncent. Cette quasi stagnation masque une dégradation globale de la qualité des petits cours d’eau du milieu rural, compensée par une amélioration de la qualité de l’eau des fleuves en aval des grandes villes.
: l’argent a bien servi à quelque chose, mais pas là où l’urgence était la plus criante. Les stations d’épuration urbaines, financées à coups de milliards depuis les années 1990, ont assaini les grands fleuves. Pendant ce temps, les petits ruisseaux de campagne, ceux qui alimentent les nappes et abritent la truite, ont continué de s’appauvrir dans l’indifférence quasi générale.
L’agriculture, angle mort des politiques publiques
Le rapport pointe une cause structurelle : les pollutions diffuses issues de l’agriculture intensive n’ont jamais été traitées avec la même énergie que l’assainissement urbain. Les facteurs de dégradation des cours d’eau sont multiples : endiguements, prélèvements excessifs, apports diffus de pesticides, phosphates et nitrates, barrages, rejets de micropolluants ou encore prolifération d’espèces exotiques envahissantes. Et ce sont justement les rivières les plus proches des terres agricoles qui trinquent le plus. Les auteurs du rapport soulignent que ce sont surtout les petites rivières qui subissent le plus d’agressions, et plus encore la partie amont des bassins versants.
Le WWF ne se contente pas de dresser un constat : l’ONG propose de revoir la fiscalité de l’eau pour appliquer réellement le principe pollueur-payeur, une mesure pourtant écartée lors de la dernière loi de finances. L’idée : faire payer davantage les pollutions agricoles diffuses pour financer la transition vers l’agroécologie, plutôt que de continuer à réparer les dégâts a posteriori avec l’argent public.
Des objectifs européens toujours hors de portée
La directive-cadre européenne sur l’eau, adoptée en 2000, visait initialement le bon état de 100 % des eaux dès 2015. L’échéance a été repoussée une première fois à 2021, puis une seconde fois à 2027. À moins d’un an de cette dernière limite, la trajectoire reste largement insuffisante. Le dernier état des lieux des agences de l’eau, publié en 2024, évoque une légère amélioration avec 53 % des masses d’eau de surface françaises désormais en bon état écologique, un chiffre qui reste loin, très loin, de l’objectif fixé par Bruxelles. Le WWF, de son côté, réclame la restauration de 25 000 kilomètres de cours d’eau d’ici 2030, un objectif fixé dès 2018 lors des Assises de l’eau, mais dont la mise en œuvre concrète peine toujours à suivre le rythme annoncé.
Sources : wwf.fr | maire-info.com


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