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Si l’industrie pétrolière se réjouit que le projet Bay du Nord semble reprendre vie, des chercheurs à Terre-Neuve-et-Labrador estiment qu’il faut se méfier des discours « trompeurs » sur l’avenir du secteur et prendre note du déclin des activités d’exploration.
Les activités de l’industrie montrent que la fin du pétrole terre-neuvien est à nos portes, souligne Audrey Parnell, parmi une dizaine d'universitaires à participer à un colloque sur la transition énergétique organisé mercredi soir par la faculté des sciences politiques de l’Université Memorial.
Pour l’étudiante au doctorat, la chute brutale des activités de forage exploratoire au large de l’île témoigne du déclin de l’industrie pétrolière locale, dont Bay du Nord représente le seul grand projet à l’étude.
Audrey Parnell explique qu’au cours des cinq dernières années, l’agence qui réglemente l’industrie pétrolière provinciale a mis aux enchères 162 parcelles de terre au large de Terre-Neuve. Au total, cinq permis d’exploration ont été attribués, faute de demande.

Audrey Parnell, étudiante au doctorat à l'Université Memorial qui étudie la déclin du secteur pétrolier de Terre-Neuve-et-Labrador, participe à un colloque sur la transition énergétique organisé le 18 mars 2026 à Saint-Jean.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Depuis 2020, seules quatre compagnies (Equinor, ExxonMobil, BP et CNOOC) ont foré des puits exploratoires au large de Terre-Neuve. L’an dernier, aucun puits n’a été foré, malgré des subventions de 30 à 50 millions $ offertes par le gouvernement provincial.
Il s’agit d’un signal aux décideurs politiques que les compagnies ne s’intéressent pas à l’exploration, souligne Audrey Parnell, qui a travaillé 15 ans chez ExxonMobil avant de revenir aux études et de se pencher sur la transition énergétique.
Bay du Nord risque fort d’être notre dernier projet pétrolier, s’il n’y a pas une recrudescence des activités d’exploration.
Bay du Nord, que le début ou le début de la fin?
Le premier ministre progressiste-conservateur, Tony Wakeham, soutient que la province renoue avec ses ambitions pétrolières, en signant une entente avec les sociétés énergétiques Equinor et BP une entente sur les retombées économiques locales de Bay du Nord.
L’accord, signé en grande pompe à Saint-Jean au début du mois, promet 6,4 milliards $ en redevances à la province et représente une victoire importante pour le gouvernement Wakeham, qui croit que Bay du Nord va donner un nouvel élan à l’industrie du pétrole.

Une illustration du projet pétrolier Bay du Nord, situé à 500 km au large de la côte est de Terre-Neuve dans des eaux de 1200 m de profondeur.
Photo : Gracieuseté - Equinor
Cela me dérange profondément quand j’entends Wakeham dire que Bay du Nord ne représente que le début, affirme toutefois Angela Antle, également étudiante au doctorat à l’Université Memorial.
C’est le début de la fin, souligne celle dont la recherche est axée sur les discours politiques dissimulant les effets néfastes de la production pétrolière. Pourquoi se lancer dans un autre projet alors que l’Agence internationale de l’Énergie, parmi d’autres, nous dit que cette industrie va disparaître?
Dans un rapport datant de 2023, la Régie de l’énergie du Canada projette que la production du pétrole aura presque disparu à Terre-Neuve d’ici 2050. Certaines compagnies pétrolières, dont BP et ExxonMobil, prédisent qu’à l’échelle mondiale, la demande du pétrole aura atteint son apogée d’ici la fin de la décennie en cours.
Bombe de carbone
Angela Antle rappelle que des gouvernements provinciaux successifs se vantent du pétrole terre-neuvien propre et responsable, dont les redevances aident à payer les services et les infrastructures. Selon ce discours, les sociétés pétrolières vont investir dans le pétrole terre-neuvien, puisqu’il représente une énergie de transition dont les émissions sont moins importantes.
L’ancienne réalisatrice de CBC rappelle néanmoins que, si les émissions de GES liées à la production du pétrole terre-neuvien sont relativement moins importantes que celles du pétrole albertain, environ 90 % des émissions sont plutôt émises lors de la combustion. Bay du Nord, qui pourrait représenter jusqu’à 1 milliard de barils de pétrole, sera une bombe de carbone, selon elle.
Plusieurs chercheurs soutiennent aussi qu’à la lumière de la transition énergétique, les compagnies pétrolières cherchent à se protéger en investissant seulement dans les projets les plus rentables. Les questions financières prennent le dessus sur les impératifs environnementaux.
Equinor et BP doivent prendre une décision finale sur l’avenir de Bay du Nord en 2027. S’il va de l’avant, Bay du Nord sera le cinquième gisement en production au large de l’île. Situé à 500 km à l’est de Terre-Neuve dans des eaux de 1200 m de profondeur, il représente le premier projet pétrolier en eaux profondes au Canada. La production pourrait commencer en 2031.


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