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Les turbulences des marchés du pétrole et du gaz naturel font les manchettes depuis que les États-Unis et Israël sont partis en guerre contre l’Iran en février, ce qui a également bouleversé l’approvisionnement mondial en hélium. Le Canada dispose toutefois de ressources brutes pour aider à combler le manque.
L’hélium sert à un large éventail d’utilisations, et il n’existe aucun substitut possible dans presque tous les cas. Cet élément inerte refroidit les appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM), met sous pression les composants des fusées et aide à détecter les fuites dans les centrales nucléaires.
C’est également un intrant essentiel dans la fabrication de puces informatiques de pointe, représentant environ 10 à 15 % de la demande mondiale d’hélium, alors que le secteur de l’intelligence artificielle est en plein essor.
Et cette part augmente assez rapidement, souligne Karen Hui, coordinatrice de projet au Canada-Indo-Pacific Critical Minerals Hub de l’Asia Pacific Foundation. Les grands acteurs asiatiques du secteur de la fabrication de puces, comme Taïwan et la Corée du Sud, dépendent énormément de l’hélium qatari et ont tendance à ne pas disposer de stocks de réserve importants, ajoute-t-elle.
L’hélium peut être produit en même temps que le gaz naturel, comme c’est le cas au Qatar, qui représentait environ un tiers de l’offre mondiale avant que l’Iran ne frappe des infrastructures clés en début d’année. La production a été fortement réduite, et l’on estime qu’il faudra entre trois et cinq ans pour que les réparations soient achevées.
Il est très probable que le Qatar ne reprenne pas pleinement sa production tant qu’il ne sera pas convaincu que le détroit [d'Ormuz] est véritablement sûr, et ce n’est pas le cas pour l’instant, indique Mme Hui.

Le secteur médical consomme environ un cinquième de l’hélium produit dans le monde, principalement pour refroidir les appareils d’imagerie par résonance magnétique.
Photo : iStock
Les attaques ukrainiennes d'infrastructures énergétiques russes et les restrictions russes à l’exportation d’hélium – la Russie cherchant à répondre à ses propres besoins militaires – ont aussi réduit les approvisionnements.
On ne saurait trop insister sur l’importance de la sécurité d’approvisionnement, affirme Chris Bakker, directeur général d’Avanti Helium, une entreprise spécialisée de Calgary. Il dit recevoir des appels de possibles acheteurs chinois pour la première fois depuis des années.
Le Canada détient un cinquième des réserves mondiales d’hélium, mais ne produit qu’environ 2 % de l'offre mondiale. Cette ressource est principalement concentrée dans le sud des Prairies. L’un des principaux acteurs du secteur, North American Helium, envisage de créer une plaque tournante de l’hélium dans le sud-ouest de la Saskatchewan.
Contrairement à celui du Qatar, l’hélium de l’Ouest canadien se trouve dans des poches d’azote situées en profondeur, dans des formations distinctes de celles où repose le gaz naturel. Il est extrait à l’aide de plates-formes simples, semblables à celles utilisées pour le forage conventionnel de pétrole et de gaz.
À l’aube d’une nouvelle ère
L’hélium est notoirement difficile à stocker et à transporter, car il se liquéfie à une température extrêmement basse de -269 degrés Celsius.
Le Canada n’a pas sur son territoire les capacités nécessaires pour liquéfier ce gaz, une étape indispensable au transport longue distance. La production nationale doit donc être acheminée par camion vers les États-Unis pour y être traitée.
North American Helium a pour objectif de construire la première installation de liquéfaction du Canada en Saskatchewan.
Nous pensons que ce secteur peut devenir un fournisseur majeur, fiable et sûr d’hélium dans un monde qui en a de plus en plus besoin et qui se trouve de plus en plus exposé à des pressions géopolitiques. Nous pensons être à l’aube d’une nouvelle ère, dit Richard Dunn, directeur général de l’Association canadienne des développeurs d’hélium.
L’hélium fait partie des 34 minéraux et métaux que le gouvernement canadien a désignés comme essentiels, ce qui signifie que la chaîne d’approvisionnement est menacée et qu’il existe une probabilité raisonnable qu’il soit produit au Canada. Cependant, il n'est pas reconnu comme ressource minérale et ne donne pas droit à certaines mesures fiscales accordées aux autres minéraux critiques.


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