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Le CISSS du Bas-Saint-Laurent invoque des « risques de rupture » à l'urgence de Trois-Pistoles pour bonifier la desserte ambulancière dans la région. Il a temporairement converti un horaire de faction en horaire à l'heure pour l'été en raison de défis liés à main-d'œuvre dans l'établissement des Basques, une explication qui fait sourciller le comité de vigie qui lutte pour le maintien des soins à Trois-Pistoles.
Les derniers mois ont été durs sur le moral des paramédicaux du Groupe CAMBI, dont une partie des effectifs travaille suivant un horaire de faction. L'entreprise indique avoir perdu six employés dans les derniers mois au profit d'autres employeurs travaillant suivant un horaire à l'heure au Bas-Saint-Laurent.
Ces départs sont survenus dans la foulée de la conversion d'horaires dans le Témiscouata et à Matane l'an dernier. Attirer du sang neuf dans les régions qui suivent toujours un horaire de faction, un héritage des années 1990, est un véritable casse-tête pour les entreprises paramédicales. Elles demandent depuis longtemps la fin de ces quarts, considérés comme plus difficiles.
Souvent, ce sont des temps partiels, qui ont entre deux et six ans d'ancienneté, qui se disent : tant qu'à attendre sur un horaire de faction, je vais déménager immédiatement et je vais avoir une qualité de vie, pour moi et pour ma famille, explique Yannick Thériault, chef de division pour CAMBI.

Yannick Thériault est chef de division au Groupe CAMBI.
Photo : Radio-Canada
À la différence d'un horaire à l'heure, où la durée d'une journée de travail d'un ambulancier paramédical est déterminée dans le temps, un horaire de faction leur impose de rester disponibles pour des appels 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L'employeur doit également garantir 8 heures de repos tout en comblant ces heures avec d'autres paramédicaux.
Les paramédicaux de Trois-Pistoles ont toutefois appris que les horaires de faction des Basques pourraient être chose du passé. Sans tambour ni trompette, le CISSS du Bas-Saint-Laurent a transformé le dernier horaire de faction de Trois-Pistoles en horaire à l'heure, ce qui fait que les deux quarts du secteur seront uniformisés.
Pour CAMBI, cela veut dire qu'une des deux ambulances pourrait assurer la desserte du secteur de Saint-Jean-de-Dieu, par exemple, plutôt que de rester en caserne à Trois-Pistoles. Donc, pour la population des Basques et une partie de Rivière-du-Loup, l'ambulance est beaucoup plus rapide, résume Yannick Thériault.
Ça vient vraiment diminuer le temps de réponse pour qu'une équipe ambulancière donne des services préhospitaliers à de la clientèle en besoin d'urgence, se réjouit le vice-président exécutif de la Fédération du préhospitalier du Québec (FPHQ), Jérémie Corneau-Landry.
Des risques de rupture
D'ordinaire, c'est Santé Québec qui procède à la conversion d'horaires à l'heure, sur recommandation des CISSS et des CIUSSS.
Mais en raison des enjeux de main-d'œuvre et de risques de rupture à l'urgence de Trois-Pistoles, le CISSS a choisi de prendre les devants et de faire la conversion temporairement, d'avril à septembre, afin de sécuriser nos services pour la période estivale, écrit Gilles Turmel, conseiller aux relations médias pour le CISSS du Bas-Saint-Laurent.

En février, le CISSS a annoncé que l'urgence de Trois-Pistoles demeurerait ouverte en tout temps. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet
Les établissements de Trois-Pistoles et de Pohénégamook ont été sauvés d'une fermeture le soir et la nuit, mais l'administration de santé plaide qu'ils font toujours face à des risques de rupture de services en raison d'un manque de personnel. Rediriger les ambulances ailleurs sur le territoire en cas d'interruption de service à Trois-Pistoles est plus simple pour les paramédicaux en horaire à l'heure qu'en horaire de faction, affirme-t-on.
Tant et aussi longtemps que Santé Québec n'entérine pas cette conversion, c'est le réseau local qui paiera de sa poche la différence. La société d'État doit fournir une réponse en juin, selon le CISSS. Si jamais notre demande est refusée, on reviendra à l'horaire de faction en septembre, précise M. Turmel.
Il ne faut pas mêler les choses
Si le Comité de vigie pour la sauvegarde de l'urgence de Trois-Pistoles se réjouit d'une desserte ambulancière bonifiée, il se montre perplexe face aux raisons invoquées par le CISSS du Bas-Saint-Laurent.
Une couverture ambulancière ne peut pas remplacer une urgence, prévient Pierre-Paul Malenfant, membre du comité. Il ne faut pas mêler les choses.
Le service d'urgence à Trois-Pistoles fonctionne depuis 60 ans; il n'y a jamais eu de rupture de service.
Il souligne que le nombre d'arrivées en ambulance à l'hôpital de Trois-Pistoles est en augmentation. Entre 2020 et 2025, il a augmenté de près du tiers, selon des données de Santé Québec publiées dans une réponse à une demande d'accès à l'information.
Par ailleurs, le comité a sollicité une rencontre avec le CISSS du Bas-Saint-Laurent pour discuter de solutions au manque de personnel à l'établissement de Trois-Pistoles. On veut s'asseoir avec le CISSS pour regarder la situation et travailler [...] pour avoir une meilleure rétention du personnel, demande M. Malenfant.
Pour leur part, tant le Groupe CAMBI que la FPHQ espèrent que la conversion de l'horaire à l'heure sera pérennisée par Santé Québec au-delà du mois de septembre. Le CISSS vise à éliminer les horaires de faction sur son territoire en 2030. De tels quarts existent toujours à Rivière-Bleue, Saint-Cyprien, Saint-Alexandre-de-Kamouraska et Lac-des-Aigles.


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