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La Chine a creusé plus de 300 silos à missiles dans ses déserts : ce qui les a révélés n’était ni un espion ni un satellite militaire

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Trois cent silos à missiles balistiques intercontinentaux creusés en pleine steppe désertique, et ce n’est ni la CIA ni un satellite espion qui les a repérés en premier. La découverte revient à une poignée de chercheurs civils, armés d’ordinateurs et d’abonnements à des services d’imagerie satellite disponibles pour n’importe quelle entreprise ou université. Une histoire qui en dit long sur la manière dont le renseignement stratégique a changé de visage en quelques années.

À retenir

  • Plus de 300 silos découverts par des civils avant les agences officielles : comment était-ce possible ?
  • Un détail banal du chantier a tout trahi aux yeux des chercheurs scrutant l’espace
  • Pourquoi la Chine construirait-elle 300 silos pour une poignée d’ogives ? Le vrai stratège derrière ce déploiement

Sommaire

  1. Trois champs de silos surgis du désert chinois
  2. Le détail qui a tout trahi : des dômes gonflables
  3. Pourquoi autant de silos pour si peu d’ogives ?

Trois champs de silos surgis du désert chinois

Tout commence au printemps 2021. Des analystes du James Martin Center for Nonproliferation Studies, rattaché à l’institut Middlebury de Monterey, épluchent des images fournies par la société commerciale Planet dans la province du Gansu. Les chercheurs documentent un champ de missiles probable, comprenant 120 silos capables potentiellement d’abriter des armes pouvant atteindre le territoire américain, près de la ville de Yumen. Le repérage initial revient à Decker Eveleth, alors étudiant, qui travaille avec le spécialiste du nucléaire chinois Jeffrey Lewis. Un mois plus tard, la Federation of American Scientists enfonce le clou : Matt Korda, chercheur associé, met la main sur un second site, cette fois près de Hami, dans le Xinjiang. Ce nouveau champ, situé près de la ville de Hami, pourrait à terme compter environ 110 silos.

Un troisième site vient compléter le tableau à la mi-août 2021, cette fois identifié par une unité de recherche militaire américaine, l’Air University, du côté d’Ordos en Mongolie intérieure. Ce potentiel troisième site à Hanggin Banner a révélé la construction d’un champ de silos similaire à ceux trouvés à Yumen et Hami, avec au moins 29 nouveaux silos identifiés selon l’imagerie satellite. Au total, en additionnant les trois emplacements plus un site d’entraînement à Jilantai, la force de fusées de l’Armée populaire de libération apparaît avoir approximativement 250 silos en construction, soit plus de dix fois le nombre de silos ICBM actuellement en service. Un chiffre qui grimpera par la suite avec des ajustements dans les zones de déploiement existantes du DF-5, pour dépasser les 300 silos évoqués par plusieurs analyses ultérieures.

Le détail qui a tout trahi : des dômes gonflables

Comment repère-t-on un silo nucléaire depuis un bureau, sans accès à aucune donnée classifiée ? Par un artefact de chantier étonnamment banal : une bulle. À Jilantai, le site d’entraînement, l’imagerie satellite commerciale avait capturé de révélatrices structures de mur de silo en demi-cercle, des trappes de silo, et même une opération potentielle de chargement de missile. Ces dômes gonflables, dressés au-dessus de chaque excavation le temps des travaux, servent probablement à dissimuler l’activité aux regards ordinaires et à protéger le chantier des tempêtes de sable du désert de Gobi. Ces abris ne sont généralement retirés qu’une fois achevée la construction plus sensible en dessous.

Le problème pour Pékin, c’est que ce dispositif de camouflage devient lui-même une signature reconnaissable depuis l’espace. Les silos de Hami sont positionnés selon un schéma en grille presque parfait, espacés d’environ trois kilomètres, sur une zone d’environ 800 kilomètres carrés, tout comme le site de Yumen. Cette régularité géométrique, invisible à l’œil nu au sol mais flagrante vue du ciel, a permis aux chercheurs de distinguer sans ambiguïté un programme militaire organisé d’un simple chantier civil. Certains médias officiels chinois ont bien tenté de brouiller les pistes en évoquant des installations éoliennes plutôt que des silos, mais l’argument n’a guère convaincu les spécialistes du secteur.

Pourquoi autant de silos pour si peu d’ogives ?

Voici le paradoxe qui occupe les analystes depuis cinq ans. La Chine possédait jusque-là un arsenal nucléaire relativement modeste, avec environ 20 silos exploités depuis des décennies pour les ICBM à carburant liquide DF-5. Passer d’une vingtaine à plusieurs centaines de silos ne colle pas mécaniquement avec le nombre d’ogives réellement disponibles dans l’arsenal chinois, estimé à quelques centaines d’unités tout au plus selon les rapports du Pentagone de l’époque.

L’explication la plus solide, avancée par plusieurs experts, tient en un mot : la dissimulation par saturation. La Chine a déjà utilisé des silos leurres par le passé et pourrait utiliser certains des nouveaux pour créer de l’incertitude sur l’emplacement de ses ICBM basés en silos, vulnérables à des frappes de contre-force américaines. un adversaire potentiel qui voudrait neutraliser l’arsenal chinois en premier devrait viser trois cents cibles au lieu d’une vingtaine, sans savoir lesquelles sont réellement armées. C’est la même logique que les leurres antimissiles : noyer la vraie menace dans une masse d’alternatives crédibles. Certains silos accueilleront très probablement le DF-41, un missile à propergol solide capable d’emporter plusieurs têtes nucléaires indépendantes, mais la majorité des excavations pourrait bien rester vide, ou servir de réserve pour une modernisation future de l’arsenal.

Reste une question que même les meilleurs experts en imagerie satellite ne peuvent trancher depuis leur écran : Pékin a-t-il vraiment l’intention de remplir ces trois cents silos, ou joue-t-il sciemment la carte de l’ambiguïté stratégique ? Le gouvernement chinois n’a toujours pas officiellement confirmé ni démenti que les installations en construction sont des silos destinés à des missiles, cultivant un silence qui, paradoxalement, nourrit autant l’inquiétude occidentale que la stratégie de dissuasion elle-même. Cinq ans après les premières images, l’essentiel du mystère demeure entier, et c’est précisément ce flou calculé qui constitue peut-être la véritable arme.

Sources : fas.org | thebulletin.org

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