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La chaleur estivale a tué près de 3500 personnes au Québec depuis 2020

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Les vagues de chaleur estivales ont tué près de 3500 personnes depuis 2020, démontrent des données publiées vendredi par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Tout indique d’ailleurs que le problème risque de s’aggraver au cours des prochaines années, en raison de l’amplification de la crise climatique et du manque d’adaptation de nos milieux urbains, où l’asphalte et le béton dominent le paysage.

Pour la seule année 2025, un total de 628 décès sont « attribuables » aux vagues de « chaleur extrême » qui ont frappé le Québec. Dans un rapport publié vendredi, l’INSPQ fait état de 17 vagues de chaleur régionales survenues dans 10 régions de la province, et ce, entre mai et septembre.

Non seulement des gens sont morts en raison des températures élevées et de leurs conséquences, mais « des excès statistiquement significatifs d’hospitalisations, d’admissions à l’urgence ou de transports ambulanciers sont identifiés dans 9 des 17 vagues de chaleur extrême de 2025 ». L’INSPQ souligne d’ailleurs que pour notre système de santé, qui est déjà sous forte pression, ces épisodes de chaleur représentent « un fardeau supplémentaire important ».

Le rapport de l’institut fait en outre le décompte des décès imputables à la chaleur estivale entre 2020 et 2025. Les données pour cette période font état de 3479 décès, soit une moyenne de 580 décès par an. Les experts en santé publique, comme la présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, Claudel Pétrin-Desrosiers, estiment toutefois que ces chiffres sont conservateurs.

Mme Pétrin-Desrosiers souligne en outre que les impacts de la chaleur, surtout en milieux urbains, méritent davantage d’attention. Elle rappelle notamment que les données comptabilisées par l’INSPQ démontrent que le nombre de décès liés aux températures élevées est plus important, année après année, que celui des décès sur les routes. Pour 2025, par exemple, 371 morts ont été recensés sur les routes du Québec, contre 628 en raison de la chaleur.

Le problème, selon elle, c’est qu’« on continue de sous estimer les impacts de la chaleur, mais aussi les coûts pour les individus et la société ». Elle cite en exemple l’amplification des problèmes de santé mentale, les hospitalisations, les effets sur les femmes enceintes, mais également les questions de sécurité et de stabilité sociale lors des épisodes de chaleur.

Au final, les chaleurs extrêmes entraînent des coûts déjà élevés pour la société québécoise. Selon une étude publiée l’an dernier par l’Institut national de la recherche scientifique, le fardeau associé à la chaleur au Québec se chiffre annuellement à 15 millions de dollars en termes de soins de santé (coûts directs) ; à 5 millions de dollars en termes d’absentéisme (coûts indirects) ; et à 3,6 milliards de dollars en pertes de vies humaines et de bien-être, c’est-à-dire la diminution des activités lors des périodes de fortes canicules (coûts intangibles).

Démunis face à la chaleur

Qui plus est, les températures extrêmes frappent plus sévèrement les plus démunis de notre société. Est-ce que certains secteurs de grandes villes comme Montréal risquent de devenir tout simplement invivables en été dans les prochaines années ? « C’est un risque à ne pas négliger, mais on sait déjà quels secteurs sont les plus vulnérables à la chaleur. Ce sont aussi les secteurs les plus défavorisés et où l’indice de verdissement est le plus faible », résume Claudel Pétrin-Desrosiers.

La médecin juge donc essentiel de reconnaître un « droit à la fraîcheur » pour les citoyens, notamment dans leur domicile. Celui-ci passe aussi en bonne partie par la réduction de l’espace urbain consacré aux surfaces minéralisées. « Il faut éliminer les îlots de chaleur », insiste-t-elle. « Il y a un enjeu criant d’adaptation climatique. Il faut protéger les espaces naturels qui existent, restaurer les milieux naturels qui ont été dégradés ou détruits et il faut retirer du béton et de l'asphalte pour favoriser le verdissement. »

Directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’organisme Vivre en ville, Samuel Pagé-Plouffe partage son avis. « Il faut verdir les secteurs bétonnés en milieu urbain pour amener de la fraîcheur. Ce n’est pas anecdotique. C’est vital, particulièrement dans les secteurs vulnérables aux îlots de chaleur. Nous avons donc l’obligation de mettre en œuvre des solutions. »

« Dans un contexte où le réchauffement climatique s’accélère, il faut accélérer les investissements en verdissement. Pour résumer, il nous faut des arbres et de la nature partout où il y a des humains. On ne peut plus concevoir un milieu de vie sans nature et sans arbres », fait-il valoir. Des villes comme Montréal font déjà des efforts en ce sens, et le gouvernement du Québec reconnaît l’importance de l’enjeu, selon lui. Mais il faut passer à la vitesse supérieure.

Un tel changement de vision du développement urbain impliquerait de réduire l’espace accordé aux véhicules individuels (automobiles, VUS, etc.). « La place de l’automobile est trop grande dans nos villes et l’espace public occupé, dont les stationnements, est un frein à davantage de verdissement », déplore Samuel Pagé-Plouffe.

Chercheuse au consortium scientifique Ouranos, Angelica Alberti-Dufort ajoute que l’urgence d’agir est réelle, puisque le réchauffement climatique continuera de s’amplifier, faute de mesures ambitieuses pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

La situation actuelle, avec ses centaines de décès chaque année et les multiplient coûts pour la société, n’est donc que le prélude à ce qui nous attend, en raison du réchauffement du climat mondial. D’une moyenne annuelle de 3 journées à plus de 32 °C il y a de cela une décennie, on devrait passer à plus de 20 jours d’ici à 2040, puis à près de 50 jours avant la fin du siècle, selon des données de l’INSPQ.

Mais chaque fois que les scientifiques révisent les données sur le réchauffement planétaire, ils constatent que celui-ci va plus vite que ce qui avait été prévu. Le sud du Québec se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

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