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Face à une géopolitique dangereuse, les doctrines militaires occidentales se raidissent. Dans la tectonique incertaine suscitée par l'impérialisme russe et la moindre fiabilité des États-Unis, la France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne, semble nourrir une conception plus large de sa propre sécurité : la sauvegarde de l'Hexagone passe également par la protection de ses voisins.
Lundi, le président Emmanuel Macron a annoncé une augmentation du nombre de têtes nucléaires de l'arsenal français et a tracé les contours de la "dissuasion avancée" qu'il propose à plusieurs États européens. La Belgique tout comme l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède et le Danemark sont cités. "Nos intérêts ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales", a assuré le chef de l'État français.
Cette proposition, qui mûrit à l'Elysée depuis plusieurs années, la Belgique l'a immédiatement acceptée. "Nous accueillons favorablement la démarche du président Emmanuel Macron, qui s'inscrit dans le renforcement de la sécurité et de la défense européennes. Nous répondrons positivement et coopérerons avec la France dans la mise en œuvre de cette dissuasion renforcée", a annoncé le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) sur les réseaux sociaux, dès lundi après-midi.
Cet accueil favorable s'inscrit dans une évolution des mentalités en Belgique. "Nous devons commencer à réfléchir à la dissuasion nucléaire" en Europe, déclarait au Parlement, dès le 4 février, le député Axel Weydts, dont le parti, Vooruit, n'est pas connu pour être va-t-en-guerre. " La Stratégie de défense nationale américaine stipule clairement que l'Europe devra être autonome, principalement en matière de défense conventionnelle (non nucléaire, NdlR). Je crois que nous, en Europe, devrions aussi commencer à réfléchir à notre propre capacité de dissuasion nucléaire."
"Nous devons, en Europe, élaborer […] une stratégie de dissuasion nucléaire", abondait Koen Van den Heuvel, pour le CD & V. Si nous voulons être une puissance militaire européenne crédible, nous devons prendre en compte cet aspect, aussi regrettable soit-il. Nous ne devons pas être naïfs sur ce plan."
La Belgique ne va pas stocker en permanence des ogives nucléaires sur son territoire, mais "faciliter" la dissuasion française, par exemple en participant à des exercices communs.
Si les contours exacts de cette coopération militaire devront encore être tracés, il est d'ores et déjà certain c'est au seul président de la République que reviendra la responsabilité de décider de frappes nucléaires. Le bouton rouge est et reste à Paris.
"Cette dissuasion élargie française est une bonne chose de manière générale pour la sécurité en Europe, vu le besoin d'autonomie vis-à-vis des États-Unis, commente une source au sein du gouvernement fédéral. Pouvoir bénéficier du parapluie nucléaire français est évidemment une valeur ajoutée. Concrètement, je pense qu'on va être surtout associé à des exercices."
Les bombes B61 de Kleine-Brogel
Le cabinet du ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), précise que "la Belgique ne va pas stocker en permanence" des ogives nucléaires françaises sur son territoire. C'est un secret de polichinelle : notre pays stocke déjà des ogives américaines B61 – a priori une vingtaine – dans la base de Kleine-Brogel, dans le Limbourg. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Il s'agira de "faciliter" la dissuasion française. Par exemple en participant à des exercices communs durant lesquels des ogives et des avions militaires français dotés de l'emport nucléaire viendraient en Belgique.
Un rapport confirme la présence d'armes nucléaires en Belgique: "Qu'on arrête l'hypocrisie, il faut un débat ouvert et transparent"Outre le rôle de leader européen dont hériterait la France, étendre son parapluie nucléaire lui permettrait de compliquer les calculs de puissances hostiles en disséminant ses forces stratégiques dans la profondeur du continent européen. À ce stade en tout cas, les Français ne devraient pas présenter à la Belgique la facture du coût de leur protection : "J'ai compris qu'il n'y avait pas d'implication financière ou contractuelle liée directement au parapluie nucléaire", croit savoir un informateur "arizonien".

L'évolution stratégique en cours n'enlève rien, a martelé le président Macron, en écho aux autres dirigeants européens, à la nécessité pour l'Europe de renforcer ses capacités de défense et son autonomie militaire vis-à-vis des États-Unis.
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