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La beauté transfigurée du deuil

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La beauté transfigurée du deuil

« Hamnet » de Chloe Zhao, en salles depuis le 21 janvier 2026

La beauté transfigurée du deuil "Hamnet" réalisé par Chloé Zhao (2025) © Universal

Hamnet est une exofiction qui nous parle plus de la femme de Shakespeare que du dramaturge lui-même. Chloé Zhao s’impose comme une cinéaste majeure du cinéma contemporain


Chloé Zhao est indubitablement une cinéaste passionnante et talentueuse. Née à Pékin, elle a suivi des études de sciences politiques au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts, puis des études de cinéma — département production — à l’université de New York. Elle vit aux États-Unis et a réalisé cinq longs métrages.

Ses deux premiers films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), produits par la société de Forest Whitaker, sont remarqués par la critique lors de leurs présentations à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. The Rider raconte l’histoire de Brady, un jeune cow-boy et entraîneur passionné de chevaux, étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer lorsqu’un cheval lui écrase le crâne au cours d’une compétition. Le film est une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, sans doute le plus beau film de Chloé Zhao à ce jour.

Nomadland et l’épreuve du blockbuster

Elle reçoit ensuite le Lion d’or au Festival de Venise pour Nomadland (2020). Dans ce film majestueux, Chloé Zhao dresse le portrait de Fern, une femme blanche sexagénaire — Frances McDormand, juste et bouleversante — qui a tout perdu après la déroute industrielle de sa ville, Empire, dans le Nebraska, la mort de son mari et la perte de sa maison.

En 2021, elle tourne un blockbuster Marvel, Les Éternels, une belle réussite plastique et poétique, légèrement gâchée par certaines situations pensées pour satisfaire la bien-pensance et l’inclusivité contemporaines qui règnent comme on sait dans les milieux du cinéma hollywoodien.


Hamnet : une exofiction lyrique

Hamnet, son nouveau film, est une œuvre ambitieuse et lyrique, adaptée du roman éponyme par la romancière Maggie O’Farrell et la cinéaste. Il s’agit d’une exofiction très libre qui raconte la rencontre de William Shakespeare et de la jeune Agnès. Nous sommes dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Will (Paul Mescal), jeune précepteur fasciné par les mots, est le fils d’un gantier de Stratford. Chaque jour, il observe Agnès, une belle jeune fille sauvageonne qui aime parcourir la forêt et dresser son faucon. Il provoque leur rencontre, et c’est le coup de foudre.

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Les deux amoureux se marient après la naissance d’une première fille, Susanna. Deux autres enfants viennent au monde, des jumeaux : une fille, Judith, et un garçon, Hamnet. Mais le malheur rôde.

L’entreprise narrative est originale et passionnante du point de vue biographique. Le film n’est pas centré sur William Shakespeare — Paul Mescal, superbe et impeccable, fragile, tiraillé entre culpabilité et passion — ni sur son œuvre, mais sur son couple et ses enfants. Son nom est prononcé tardivement et son succès n’est jamais évoqué directement.

C’est avant tout le portrait de son épouse méconnue, Agnès — Anne Hathaway dans la réalité, femme dont on sait très peu de choses —, figure viscérale, fougueuse, sensible aux forces telluriques, admirablement interprétée par Jessie Buckley. Hamnet est ainsi un splendide portrait de femme : Agnès, belle, un peu sauvage, pleine de bon sens, inscrite dans une mystique profonde de la nature.

Transfiguration par l’art

La beauté et la grandeur du film prennent tout leur sens dans la dernière demi-heure, lorsque l’œuvre bascule dans la magnificence. L’art du maître transfigure la peine et la douleur en beauté pure lors d’une représentation théâtrale qui élève l’âme. La création sublime le drame familial sous les regards extatiques du public.

La mise en scène, très inspirée sur le plan sensoriel, dont la force et la rigueur rappellent celles de Terrence Malick, est servie par l’ampleur et la somptuosité de la photographie du chef opérateur Łukasz Żal (Ida), ainsi que par la musique de Max Richter, à la fois tragique et lumineuse. Hamnet est un film bouleversant, où les émotions ne sont jamais mélodramatiques, mais portées par une ampleur poétique qui confère à l’œuvre une profondeur et une force spirituelles rares.

2h05

https://www.youtube.com/watch?v=b-2Nx-x9Nsg

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