Le 17 mai 2020, un avion spatial sans pilote décolle de Cap Canaveral. Durée prévue de la mission : 270 jours. Il reviendra 908 jours plus tard. Personne ne saura vraiment ce qu’il a fait là-haut.
Le X-37B n’est pas un satellite ordinaire. Long de 8,38 mètres, avec une envergure de 4,57 mètres et un poids à vide de 5 tonnes, il manœuvre en orbite grâce à son moteur Pratt & Whitney Rocketdyne. Un engin à l’échelle d’un grand SUV, capable de se poser seul sur une piste d’atterrissage, comme une navette spatiale miniaturisée, sans équipage. À l’origine, la NASA avait demandé à Boeing de concevoir le X-37 pour un séjour orbital de 270 jours. La réalité a largement débordé le cahier des charges.
À retenir
- Pourquoi une mission prévue pour 270 jours a-t-elle duré plus de 2 ans et demi ?
- Quelles expériences classifiées se déroulent réellement à bord de cet avion spatial ?
- Comment cet engin sans équipage a-t-il parcouru 2,1 milliards de kilomètres sans révéler ses secrets ?
Sommaire
- 908 jours : le chiffre qui résume tout
- Ce qu’on sait, et ce qu’on ne saura probablement jamais
- Un programme qui ne s’arrête pas
908 jours : le chiffre qui résume tout
Le X-37B a établi un nouveau record d’endurance après avoir passé 908 jours en orbite, avant d’atterrir au Centre spatial Kennedy de la NASA, en Floride, le 12 novembre 2022. Soit deux ans et demi de mission continue, silencieuse, sans conférence de presse, sans mise à jour publique. Pour avoir une idée de ce que représente cette durée : c’est le temps qu’il faut pour effectuer deux tours complets du soleil, ou pour qu’un enfant entre en CP et arrive en CE2.
Ce faisant, le X-37B bat le record détenu par la précédente mission, d’une durée de 780 jours dans l’espace, soit plus de quatre mois supplémentaires. Chaque mission depuis 2010 a été plus longue que la précédente. La première s’était clôturée après 224 jours ; la deuxième avait duré 468 jours ; la troisième, 674 jours ; les quatrième et cinquième missions ont duré respectivement 717 et 779 jours. Une progression régulière, presque méthodique, qui ressemble davantage à un programme d’entraînement qu’à une série de missions indépendantes.
La mission OTV-6 introduit aussi une première technique. Elle est la première à introduire un module de service, un anneau fixé à l’arrière du véhicule, ce qui augmente le nombre d’expériences pouvant être réalisées pendant la mission. Plus de capacité de charge utile, plus d’expériences embarquées, et toujours autant de mystère sur leur nature exacte.
Ce qu’on sait, et ce qu’on ne saura probablement jamais
La plupart des charges utiles sont classifiées, tout comme la majorité des activités du X-37B. La Space Force n’annonce pas les détails de l’orbite du véhicule, ni à l’avance quand chaque mission OTV va se terminer. Le programme joue sur ce flou avec une maestria certaine. On ne sait pas où il est, on ne sait pas quand il rentrera, et on découvre après coup ce qu’il a fait, en partie seulement.
Ce qui a filtré sur OTV-6 tient en quelques expériences officiellement confirmées. Le X-37B a testé le module d’antenne radiofréquence photovoltaïque du laboratoire de recherche naval américain, un dispositif de la taille d’une boîte à pizza conçu pour convertir l’énergie solaire en micro-ondes, qui pourraient ensuite être transmises vers la Terre. Une brique technologique potentiellement fondamentale pour l’énergie solaire spatiale. Une expérience de la NASA a également permis d’évaluer les effets de l’exposition spatiale de longue durée sur des graines, dans le cadre de recherches visant les futures missions habitées vers la Lune et Mars.
Reste la zone d’ombre, massive. Un thème majeur autour du programme est l’écart entre la spéculation publique et les données disponibles. Des interprétations récurrentes font du X-37B une plateforme d’armes orbitales, un satellite d’inspection ou un système anti-satellite clandestin, mais peu de preuves viennent étayer ces hypothèses. La Secure World Foundation, organisation spécialisée dans la sécurité spatiale, l’indique sans ambiguïté. Ce qui n’empêche pas les spéculations de prospérer, et l’opacité du programme de les alimenter.
Un programme qui ne s’arrête pas
Le retour sur Terre en novembre 2022 n’était qu’une pause. La septième mission, lancée le 29 décembre 2023, s’est terminée le 7 mars 2025 avec seulement 434 jours en orbite. « Seulement », le mot dit tout sur l’échelle de référence que ce programme a imposé. Pour OTV-7, l’ambition technique monte d’un cran : c’est la première fois que l’avion spatial décolle à bord d’une fusée SpaceX Falcon Heavy pour atteindre une orbite hautement elliptique. Cette mission voit aussi le déploiement d’une technique dite d’aérofreinage, qui permet de modifier l’orbite en jouant sur la traînée atmosphérique terrestre, limitant ainsi l’usage de carburant.
À l’issue d’OTV-7 en mars 2025, le X-37B avait cumulé sept missions réussies, parcourant plus de 2,1 milliards de kilomètres et passant des milliers de jours dans l’espace. Pour mettre ce chiffre en perspective : 2,1 milliards de kilomètres, c’est environ quatorze fois la distance Terre-Soleil. Un engin de la taille d’un monospace a parcouru cela, en silence, sans que personne ne sache précisément ce qu’il faisait.
La huitième mission, OTV-8, a décollé le 21 août 2025 depuis le Centre spatial Kennedy, à bord d’un Falcon 9 de SpaceX. Selon la Space Force, cette mission inclut le test de communications laser et d’un capteur inertiel quantique. Ce capteur vise à tester des technologies de navigation robustes dans des environnements où le GPS n’est plus disponible, selon le colonel Ramsey Horn, commandant de la Space Delta 9, l’unité en charge de la guerre orbitale. Une phrase qui dit beaucoup sur la nature réelle de ce programme : le X-37B ne prépare pas seulement l’exploration spatiale civile. Il prépare un espace où les communications peuvent être coupées, les orbites contestées, et où la capacité à manœuvrer sans GPS pourrait devenir une question de survie opérationnelle.
Sources : kulturegeek.fr | futura-sciences.com


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