Une carcasse de 84 mètres de long dort depuis plus de trois décennies dans un atelier de Kiev, presque oubliée du grand public jusqu’à ce que la guerre ne la remette sur le devant de la scène. Ce second exemplaire de l’Antonov An-225 Mriya, jamais terminé, est resté figé dans le temps depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Ses ailes, montées à l’époque soviétique, n’ont jamais bougé de la travée où les ouvriers les ont fixées.
Le constructeur ukrainien Antonov évalue la cellule à environ 70 % d’achèvement. Aujourd’hui, le second An-225 est achevé à environ 70 %. Tous les composants essentiels de sa superstructure ont été fabriqués, notamment le fuselage, les ailes, le train d’atterrissage avant et la queue. Concrètement, il ne manque que l’aménagement final, les systèmes de commande et l’intégration des équipements de vol pour que cette masse de métal redevienne un avion.
À retenir
- Pourquoi une puissance industrielle a-t-elle construit deux géants volants identiques ?
- Comment 30 ans d’abandon ont-ils précédé un renouveau soudain de l’intérêt ?
- Quel prix exorbitant bloque la réalisation d’un rêve qui refait surface ?
Sommaire
- Un géant conçu pour porter une navette spatiale
- Trente ans d’annonces sans lendemain
- La destruction de Hostomel change la donne
Un géant conçu pour porter une navette spatiale
Pour comprendre pourquoi cet avion existe en double, il faut remonter à la course spatiale soviétique. L’An-225 a été construit pour transporter la fusée super lourde Energia jusqu’au cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, afin de mettre en orbite la navette Buran, l’infrastructure soviétique n’étant pas adaptée au transport de la fusée par voie terrestre. Le premier exemplaire a rempli ce rôle avec panache, transportant sur son dos des charges que personne d’autre ne pouvait déplacer.
Deux cellules furent commandées dès le départ, une prudence logique pour un programme aussi stratégique. La construction du second fuselage a débuté à la fin des années 1980, en même temps que le premier avion effectuait ses vols d’essai. Mais l’histoire a basculé brutalement : l’URSS s’est effondrée en 1991, le programme Bourane a été abandonné faute de budget, et avec lui toute raison d’achever ce second colosse. Les ouvriers d’Antonov ont posé leurs outils, laissant les ailes montées, le fuselage soudé, la queue en place, comme figés dans un instantané de l’histoire soviétique.
Trente ans d’annonces sans lendemain
Le dossier n’est pourtant pas resté totalement clos. Dès 2006, Antonov évoquait une reprise des travaux avec un objectif d’achèvement en 2008. Rien ne s’est produit. En 2016, la Chine s’est montrée intéressée, y voyant un potentiel outil pour lancer des charges spatiales, mais l’accord entre Antonov et les Chinois n’a jamais abouti, laissant le second An-225 toujours inachevé. Le constructeur ukrainien a depuis tranché : si l’avion doit un jour voler, ce sera depuis le sol ukrainien, pas ailleurs.
Le nœud du problème reste le même depuis trente ans : l’argent. Antonov chiffre aujourd’hui le coût d’achèvement à environ 500 millions d’euros, une somme jamais réunie. Le coût de construction de l’appareil est estimé à au moins 500 millions d’euros, mais il est encore trop tôt pour parler d’un montant précis. Des informations plus détaillées seront communiquées après la victoire de l’Ukraine dans la guerre. Cette somme donne le vertige quand on la compare au budget d’un aéroport régional entier, mais elle reste dérisoire face aux coûts de développement d’un avion neuf conçu de zéro.
D’autres estimations circulent, plus pessimistes. Zelensky a évoqué environ 500 millions d’euros, tandis que l’entreprise publique de défense ukrainienne estimait la restauration à plus de 3 milliards de dollars. L’écart entre ces deux chiffres illustre bien le flou qui entoure ce projet : personne, à l’heure actuelle, ne sait vraiment combien coûterait la remise en état complète, ni combien de temps il faudrait pour transformer cette cellule dormante en avion opérationnel.
La destruction de Hostomel change la donne
Le contexte a radicalement changé en février 2022. L’unique exemplaire volant de l’An-225, celui qui sillonnait le ciel depuis 1988 et transportait générateurs, pales d’éoliennes et locomotives diesel, a été détruit lors des combats autour de l’aéroport de Hostomel. Le seul An-225 achevé a été détruit lors de la bataille de l’aéroport d’Antonov pendant l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. La même année, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé son intention d’achever le second An-225 pour remplacer l’appareil détruit.
Cette perte a transformé un projet abandonné en symbole de résistance nationale. Le second fuselage, resté à l’abandon dans son atelier de Kiev, est soudain redevenu précieux : il représente aujourd’hui la seule voie plausible pour que l’aviation ukrainienne retrouve un jour son géant emblématique. Antonov a même évoqué la possibilité de récupérer certaines pièces récupérables sur l’épave de Hostomel pour compléter la seconde cellule, un mélange improbable entre restes de guerre et pièces soviétiques vieilles de trente-cinq ans.
Reste que la guerre continue de bloquer toute avancée concrète. Difficile de mobiliser 500 millions d’euros, voire davantage, pour un projet industriel civil quand le pays consacre l’essentiel de ses ressources à sa défense. Les experts s’accordent sur un point : même avec un financement débloqué demain, il faudrait plusieurs années avant que cet avion ne quitte enfin l’atelier où il patiente depuis la chute de l’Union soviétique. En attendant, ses ailes restent exactement là où des ouvriers soviétiques les ont posées, témoins muets d’un programme spatial qui n’a jamais décollé et d’une guerre qui, paradoxalement, pourrait un jour lui offrir une seconde vie.
Sources : airdatanews.com | news.yahoo.com


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