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Construction de 121 logements à Sept-Îles sur la rue Comeau. Photo archives, Vincent Rioux-Berrouard
L’augmentation du prix des loyers, des maisons et de l’immobilier en général fait la manchette régulièrement. On est à l’aube de voir une maison mobile se vendre plus de 300 000 $ à Sept-Îles. Les solutions à la crise du logement tardent à venir et les gouvernements, bien qu’affirmant être en action, semblent en apparence impuissants face aux forces du marché qui creuse les iniquités et qui rend l’accès à la propriété illusoire pour les jeunes générations. Toutefois, on réalise de plus en plus que derrière ce problème social urgent se cache un dilemme politique pour tous ceux qui souhaitent obtenir et conserver le pouvoir.
Revenons à la base. Qu’est-ce qui fait que le prix de quelque chose augmente ? La théorie économique nous indique que c’est la rareté et les pénuries qui provoquent les hausses de prix. Autrement dit, si Gilles a dix bouteilles d’eau à vendre, et que 20 personnes veulent les acheter, ce sont les dix personnes qui sont prêtes à payer le plus cher qui vont obtenir les bouteilles d’eau.
Simple de même.
Dans le cas du logement (avec un grand L), on peut appliquer la même logique. Tant au niveau des immeubles, des maisons, des logements (avec un petit l), il semble y avoir actuellement plus d’acheteurs que de vendeurs, ce qui provoque une hausse des prix.
Une solution simple (du moins théoriquement) ? Augmenter les quantités offertes, pour diminuer la rareté, et ainsi freiner la hausse des prix, et peut-être même entrainer une certaine diminution de ceux-ci. Au-delà des enjeux bien techniques (financement, construction, main-d’œuvre, matériaux, etc.), ce ne devrait pas être un problème insoluble : les gouvernements doivent tout mettre en œuvre pour faire construire plus.
On envoie des fusées dans l’espace, on sauve des vies grâce aux nanotechnologies, on construit des intelligences artificielles capables de résoudre des millions de problèmes par seconde : construire quelques millions de bâtiments ne devrait pas, en principe, représenter un si grand défi.
Alors pourquoi l’impasse persiste, et même s’aggrave ?
Richesse pour certains, dettes pour d’autres
Entre autres parce que notre richesse collective, et plus particulièrement la richesse des gens de plus de 55 ans, repose en grande partie sur la valeur de l’immobilier qu’ils possèdent. Agir concrètement pour résoudre la crise du logement pourrait ralentir l’enrichissement et la croissance de la valeur des investissements des propriétaires immobiliers canadiens et québécois.
Au Québec, le taux de propriété, soit la proportion des ménages privés étant propriétaire de leur logement, était d’un peu moins de 60 % en 2021, selon les plus récentes études de l’Institut de la statistique du Québec. Ce taux était en hausse depuis 30 ans, mais il tend à légèrement diminuer depuis 2016.
Lorsqu’on analyse les données par groupe d’âge, c’est les 55 ans et plus qui affichent les taux de propriétés les plus élevés. De plus, la part des propriétaires sans hypothèque, bien qu’en baisse dans tous les groupes en 2021 par rapport aux années précédentes, est disproportionnellement plus grande chez 55 à 64 ans et les 65 ans et plus que dans les autres groupes d’âge.
Autrement dit, les gens plus âgés possèdent plus d’immobiliers, et ont moins de dettes en lien avec leurs actifs, par rapport aux plus jeunes. Donc, pour les jeunes générations, l’immobilier, lorsque l’accès à la propriété est possible, est source d’endettement tandis qu’elle est source de richesses les plus vieux. Jusqu’ici pas de surprise.
Parallèlement, selon Élections Québec, on retrouve les mêmes tendances quant à la participation électorale. Au Québec, le taux de participation est plus élevé chez les 45 à 74 ans que chez les 18 à 44 ans. Encore une fois, rien d’étonnant.
La conclusion lorsqu’on considère ces statistiques conjointement ? Si on souhaite adresser la crise du logement, il faudra trouver des politiciens qui auront le courage d’aller à l’encontre des intérêts des gens qui les élisent, pour le bien-être des plus jeunes et des générations futures. Rien que ça… !
Un arbitrage entre jeunes et vieux
C’est donc une fois de plus un arbitrage entre générations qui se joue actuellement. Assurer un accès équitable au logement et à la propriété viendra nécessairement modifier la richesse des générations plus âgées, pour qui la rareté contribue directement à la valeur du patrimoine.
Inversement, ne pas agir concrètement pour assurer un accès équitable au logement et à la propriété hypothèque littéralement le futur des jeunes générations, qui ne pourront profiter des mêmes opportunités que leurs parents quand viendra le temps de constituer des actifs financiers et un patrimoine.
Finalement, c’est simple : les jeunes générations doivent au plus vite s’impliquer afin d’orienter les politiques publiques dans le but de renverser l’a ccélération de l’iniquité entre les riches et les pauvres.
Une petite journée, comme on dit.
Manuel Paradis
Manuel Paradis est basé à Sept-Îles, où il couvre l’actualité et les enjeux économiques de la Côte-Nord. Titulaire d'une maîtrise en économique de l'Université Laval... Lire la suite
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