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Étudier et travailler en français à l’Île-du-Prince-Édouard, est-ce vraiment possible? Pour des centaines d’élèves de la 10e à la 12e année, la réponse était floue avant de participer au forum Opportunités ÎPÉ, organisé par la Coopérative d’intégration francophone.
Cette année, pour sa quatrième édition, l’événement a innové en invitant des centaines d’élèves de la 10e à la 12e année des écoles de la Commission scolaire de langue française.
Dans les allées du forum, l’ambition des élèves est palpable, mais elle se heurte souvent à un mur d’incertitude.
Jill Adams est en 10e année à l'école Évangéline. Elle rêve de médecine et de donner ses racines françaises à ses futurs enfants. Elle ignore cependant les débouchés bilingues dans sa propre province.
Ma famille est française, alors j'aimerais probablement travailler en français. J'imagine que tu peux trouver des clients qui recherchent un docteur qui est français.

Jill Adams est venue au forum pour se renseigner sur les opportunités d'études et de travail qui existe en français à l'île.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Le constat est le même pour Jérémy Vienneau, de l'École-Sur-Mer. Pour lui, le français est un atout salarial, mais il regarde déjà ailleurs pour ses études, ignorant ce qui se trouve à sa porte.
J'ai recherché, puis je sais qu'il y aurait des places au Québec que je pourrais trouver. Peut-être que j'aimerais aller à l'Université de Moncton, dit-il.
Un défi de visibilité pour l'emploi local
Ce constat de déconnexion est le moteur du forum cette année, comme l’explique Eugénie Parent, directrice de la Coopérative d’intégration francophone.
Le jeune public francophone ne connaît pas nécessairement les opportunités d'emploi, que ce soit dans le secteur communautaire ou dans certains contextes d'emploi francophones, regrette-t-elle.
La responsable assure qu’il y a pourtant de très bons emplois du côté francophone, avec de bons salaires et de bonnes conditions de travail.

« On connaît les défis des professionnels pour les embauches des francophones, on veut miser sur le recrutement local », explique la directrice de la Coopérative d'intégration francophone, Eugénie Parent.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Pour elle, le recrutement local est une priorité.
Les jeunes qui ont la capacité de parler anglais et français, ce sont des candidats très bien vus par les employeurs.
Dès qu'il y a une opportunité d'emploi dans d'autres provinces, c'est là qu'on essaie de les retenir parce qu'il y a de bons emplois qui ne sont pas remplis ici, poursuit-elle.
Malgré ce risque de perdre les jeunes francophones au profit des provinces voisines, l'identité acadienne reste un moteur puissant chez certains jeunes.
Pour Declan Crawford, en 10e année à l'École-Sur-Mer, le français n'est pas qu'une compétence technique, c'est un héritage. Même s'il veut travailler dans les métiers de la forêt, il veut que sa langue l'accompagne.
Le français c'est important pour moi, parce que mes ancêtres ont vécu la déportation. Alors je suis fier d'être français-acadien.

Declan Crawford, qui veut travailler dans « une compagnie de coupe des arbres », aimerait offrir des services en français à ses futurs clients.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Opération séduction des employeurs
Le défi reste de convaincre ces jeunes francophones que leur avenir peut s'écrire ici, chez eux, en français. Au forum, les 25 exposants présents sont en mode séduction.
Élise Arsenault, directrice du Réseau santé en français de l’Île-du-Prince-Édouard, promeut les carrières en santé et encourage les jeunes à postuler aux bourses du réseau.
Amber James, coordinatrice du recrutement bilingue pour la Commission de la fonction publique provinciale, répond également aux très nombreuses questions des élèves. Beaucoup ignorent qu'on peut occuper un emploi désigné bilingue pour le gouvernement provincial, rapporte-t-elle.
Anne Poirier, directrice des ressources humaines du Collège de l’Île, le seul établissement postsecondaire francophone de la province, tient également un kiosque pour inciter les jeunes à rester étudier en français à l'île.
Elle admet toutefois le déficit de visibilité du Collège.
On essaie d’y remédier, c’est là-dessus qu’on travaille pour aller chercher plus d’intérêt, explique-t-elle.
On sait qu’on a une grosse quantité de population étudiante internationale, mais on aimerait vraiment recruter à l’interne pour les prochaines années.

Marie Herman, à gauche, et Anne Poirier du Collège de l'Île veulent accroître la visibilité de l'établissement postsecondaire francophone.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Faire du français une langue de carrière
Dans les prochaines semaines, l’équipe du Collège animera notamment des présentations dans toutes les écoles francophones et d’immersion pour se faire connaître.
Hadassah Maupoint, coordinatrice du recrutement et des ressources humaines au sein de l'Association des centres de la petite enfance de l’Île-du-Prince-Édouard (ACPEFÎPÉ), constate également le manque de connaissance des jeunes.
Ils savaient qu'on pouvait devenir éducateur en français, mais je pense qu'ils ne savaient pas qu'on pouvait se former à l'île, qu'on n'était pas obligés de partir.
On est une île majoritairement anglophone, on a beaucoup à faire pour faire connaître le milieu francophone, ajoute-t-elle.
Pour tous les acteurs réunis, le forum est un premier pas pour que le français ne soit pas seulement une langue à l’école, mais aussi une langue de carrière.


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