Language Selection

Retrouvez votre bien-être dans ces temps dure sur Terre , Essayez le MedBed Quantique!
Cliquez ici pour réserver votre séance

Famille et pour toute la Famille avec Le Medbed Quantique® Orgo-Life® une technologie du Canada

Advertising by Adpathway

         

 Advertising by Adpathway

L’histoire qu’on nous raconte au sujet de saint Carlo Acutis, « l’influenceur de Dieu » et patron d’Internet, n’était-elle qu’une pure invention ?

4 hour_ago 37

         

NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life®

  Publicité par Adpathway

ACTUALITÉS

L’histoire qu’on nous raconte au sujet de saint Carlo Acutis, « l’influenceur de Dieu » et patron d’Internet, n’était-elle qu’une pure invention ?Selon ce qu’écrivait le pasteur Theophilus Gale dans son chef-d’œuvre, La Cour des Gentils, les Juifs étaient qualifiés par Hérodote de PhéniciensDébat virulent entre le professeur Mohammed Marandi et l’avocat Alan Dershowitz concernant la guerre en Iran et à Gaza, avec Piers MorganEXCLUSIF — La traduction française du livre du Pr Ariel Toaff, « Pâques de sang », est désormais disponible aux membres du Club VIP ‒ [Intégral]Téléchargez mon application Android et suivez toutes mes actualités sur votre téléphone et votre appareil mobile peu importe où vous êtesLe Dr Paul Garnault nous offrait une critique du livre du théologien Hermann Leberecht Strack sur le sang et les meurtres rituels des IsraélitesLa société « Greenleaf Book Agency » m’a aidé à améliorer le référencement et la visibilité de mon livre, “La Société fabienne”, chez AmazonJ’ai réédité le livre de l’abbé J.-Antoine Huot, Le fléau maçonnique, initialement publié en 1906, suivi de l’ouvrage : Le poison maçonnique (1912)Grande réduction sur certaines œuvres de mes séries intitulées : “Hommage au frère Jérôme”, “Géométrie variable” et “Fenêtres sur l’espace”Le fondateur du « Trends Research Institute », Gerald Celente, devient rouge de colère contre les politiciens qui mènent le monde à la guerreLa biographie s’intitulant « Guy Boulianne : Un Prince en Exil – Poète, Éditeur et Chroniqueur des Temps Troublés » est maintenant disponibleLe lancement de la biographie “Guy Boulianne : Un Prince en Exil” de Fabien Lacroix, qui devait avoir lieu à Saint-Sauveur au Québec, est annuléLe film de Ken Russell, “Au-delà du réel” (1980), est un voyage irréel aux frontières de l’esprit et de la perception de notre état d’être humain 🎥Un collectionneur dit de “Fragmentation” : « J’en ai encore des frissons ! Le seul mot qui sort de ma bouche quand je le regarde, c’est OUF ! » 🎨En 1905, le Washington Times expliquait dans un long article que la mission de Lady Blount dans la vie était de prouver que la Terre est plate… 🌎« Le Palais du Livre » raconte l’épopée de Pierre-Roger Nadeau, le fondateur de la plus grande foire de livres au monde. Maintenant disponibleDernière chance d’assister au lancement de la biographie, « Guy Boulianne : Un Prince en Exil » de Fabien Lacroix, à Saint-Sauveur au Québec !Le tableau de l’artiste polonais Ludwik Stasiak, “Allégorie de Satan (Seigneur du Monde)”, nous dit que le diable déteste le plus ses serviteursUne page de notre histoire — Le Palais du Livre abritait plus de quatre millions de livres de 1976 jusqu’à sa destruction par les flammes en 1983Ancien juif converti au christianisme orthodoxe, Frère Nathanaël met en garde contre la manière dont le judaïsme détruit le christianisme ✡ ☦

Mémorial à Covent Garden, église catholique Corpus Christi, à Londres

S’il y a une chose que je puis affirmer sans aucun détour, c’est que j’en ai réellement marre des mensonges dans lesquels une large part de la société actuelle baigne depuis trop longtemps déjà, que ce soit au niveau politique, sociologique, spirituel et même historique. Dans la vie, on peut se tromper et commettre des erreurs, mais dans ce cas, le plus important est de corriger ces erreurs et de rectifier leurs trajectoires afin d’atteindre au plus près la réalité des choses et des événements. Lorsque la manipulation des esprits est faite en pleine connaissance de cause, cela constitue une trahison à l’encontre de l’héritage des connaissances acquises ou à acquérir. Le proverbe nous dit pourtant : « La lèvre véridique est affermie pour toujours, Mais la langue fausse ne subsiste qu’un instant. » Il est aussi écrit que la vérité nous rendra libres.

Je partage ci-dessous la vidéo d’un youtubeur dénommé Absinners dans laquelle il revient sur la vie de saint Carlo Acutis. Selon lui, l’histoire qu’on nous raconte à son sujet « est grossomodo une pure invention ». Absinners a en effet mené une enquête approfondie sur les événements qui ont mené à la canonisation de ce jeune « influenceur de Dieu ».

Lorsqu’on prend connaissance des éléments mis en avant par ce youtubeur, force est de constater que la canonisation de Carlo Acutis semble n’être qu’une affaire d’argent, de marketing et d’accointances politiques, et tout ceci en lien avec le Vatican. Cette campagne a été menée d’une main de maître par la mère du jeune saint. Une internaute écrit : « L’obsession de cette maman pour son fils a atteint un sommet inédit, même pour une mama italienne. C’est très triste quelque part. Elle a effacé le souvenir de son fils pour le remplacer par ce fantasme immonde… » Un autre internaute écrit pour sa part : « Catholique. Je trouve ça dommage de savoir que c’est un saint créé par sa mère qui était carrément narcissique. Je pense tout de même que son histoire est tapissé sur un fond de vérité. Il est mort en saint, pas le saint que l’on nous vend. Ça me dégoute de savoir qu’un titre aussi beau et grand puisse être acheté. »

Carlo Acutis était un adolescent catholique italien, connu pour sa ferveur eucharistique et son utilisation des médias numériques pour promouvoir la foi catholique. Né le 3 mai 1991 à Londres et ayant grandi à Milan, il s’est très tôt passionné pour l’informatique et les jeux vidéo, apprenant en autodidacte la programmation et la conception web, et participant à des projets numériques pour sa paroisse et son école. Très impliqué dans la vie paroissiale, il fut catéchiste et contribua à la conversion de plusieurs personnes au catholicisme. Plus tard, il créa un site web recensant les miracles eucharistiques et les apparitions mariales. Atteint d’une leucémie promyélocytaire aiguë, il décéda le 12 octobre 2006 à l’âge de quinze ans. Depuis sa mort, ses reliques sont exposées à Assise et les expositions sur les miracles eucharistiques ont voyagé à travers le monde.

En 2020, il a été béatifié par l’Église catholique suite à la reconnaissance d’un miracle survenu en 2013 à Campo Grande et attribué à son intercession. Un second miracle, également en Italie, lui a été attribué en 2024, le rendant éligible à la canonisation. Acutis a été canonisé le 7 septembre 2025, en même temps que Pier Giorgio Frassati. Il est le premier membre de la génération Y à être canonisé et est considéré comme le « saint patron d’Internet » et « l’influenceur de Dieu ».

Un commentateur de la Catholic Review a écrit que le scepticisme quant à la cause de canonisation d’Acutis existe parmi certains fidèles et dans le monde laïc, soulignant que sa courte vie n’a été marquée que par peu d’actions extraordinaires. Un article de The Economist a interrogé des amis d’enfance d’Acutis, qui se souviennent de lui comme d’un homme aimable, mais pas nécessairement pieux ou religieux. Des questions ont également été soulevées concernant le soutien financier apporté par la famille d’Acutis, laissant supposer qu’il aurait pu accélérer le processus. Sa mère a reconnu avoir pris en charge les frais liés à la documentation, aux déplacements et autres coûts administratifs nécessaires à sa cause. Elle a déclaré : « Normalement, pour la cause d’un saint, les personnes qui la soutiennent doivent demander une collecte de fonds, mais dans ma situation, j’en avais les moyens, c’est pourquoi je l’ai fait. »

Je partage avec vous l’article de John Phipps qui fut publié dans le magazine The Economist le 28 mars 2025 et qui servit de point d’appui à l’enquête approfondie de Absinners. Vous pouvez aussi télécharger la liste des sources qui a été utilisée par le youtubeur pour la création de sa vidéo. ◾


➽ La vie secrète du premier saint millénaire

Par John Phipps, le 28 mars 2025

Le 10 octobre 2020, des centaines de personnes, réunies dans la basilique Saint-François d’Assise, ont assisté à la levée d’un rideau d’argent festonné qui dissimulait un immense portrait. Un adolescent souriant, vêtu d’un polo, apparaissait, ses cheveux noirs et ébouriffés se détachant sur le ciel d’un bleu céleste auréolé d’une faible lueur. Le chœur s’est élevé, l’assemblée a acclamé et les parents du garçon ont commencé à descendre l’allée centrale vers l’image. Quelques pas devant eux, un homme portait un reliquaire en or, dont le contenu était dissimulé par un treillis doré. À l’intérieur se trouvait un fragment du cœur exhumé de leur fils.

Carlo Acutis, le garçon du portrait, venait d’être béatifié – un degré en dessous de la sainteté dans la hiérarchie catholique. À l’extérieur de l’église, des milliers de personnes suivaient l’événement sur des écrans géants installés dans les rues étroites d’Assise. Sur la retransmission en direct, un microphone a capté une voix par-dessus le son de l’orgue. « Regardez la maman », dit-on. « Pauvre femme. »

Nicola Gori, l’hagiographe de Carlo, rappela à l’assemblée l’histoire de Carlo. Le garçon avait été baptisé à Londres, avait reçu sa première communion à l’âge de sept ans et avait été confirmé à douze ans. Au collège, il avait conçu des sites web pour des institutions religieuses, notamment pour sa paroisse à Milan. Avant de mourir d’une leucémie en 2006, à l’âge de quinze ans, il avait fait l’offrande de ses souffrances – un acte qui consiste pour un catholique souffrant à prier pour le soulagement des autres. Un tel acte reconnaît le lien entre sa propre souffrance et celle du Christ.

Certaines personnes présentes à la basilique en savaient sans doute plus sur Carlo : qu’il avait grandi à Milan, au sein d’une famille aisée qui passait ses vacances à Assise. Elles connaissaient peut-être les petites maximes qu’on lui attribuait : « La seule femme de ma vie est la Vierge Marie » ou « Nous naissons tous uniques, mais beaucoup d’entre nous meurent comme des photocopies. » Elles savaient peut-être qu’il aurait converti sa nourrice mauricienne au catholicisme, ou que sa propre mère affirmait qu’il l’avait ramenée à la foi. Antonia Salzano, la mère de Carlo, a joué un rôle déterminant dans l’organisation de la cérémonie à Assise. Après la mort de son fils, elle a témoigné dans des églises et des conférences du monde entier de la foi inébranlable et généreuse de Carlo. Elle a sollicité des journalistes pour écrire des livres sur lui et a engagé des graphistes et des artistes pour créer des peintures, des affiches et des images pieuses à son effigie.

Ces activités s’inscrivaient dans une campagne plus vaste : la cause de canonisation de Carlo. Le processus de canonisation est complexe et formalisé. Tout d’abord, une personne appelée postulateur doit proposer officiellement un candidat à la sainteté. Le postulateur de Carlo avait présenté la requête au diocèse de Milan, où Carlo était paroissien. Les autorités milanaises ont alors évalué si sa vie était empreinte de vertu héroïque (l’autre voie vers la sainteté, le martyre, est moins fréquente qu’aux premiers temps du christianisme). Elles ont interrogé les amis et les professeurs de Carlo, examiné ses bulletins scolaires et vérifié si sa sainteté était suffisamment reconnue. Elles ont ensuite demandé au Dicastère pour les causes des saints – l’organe du Vatican chargé des causes de canonisation – de déclarer Carlo « serviteur de Dieu » et de poursuivre la procédure à Rome.

D’un point de vue théologique, seul Dieu peut faire des saints, et non l’Église. Au sens le plus simple, un saint est simplement une personne qui a accédé au ciel grâce à sa vie vertueuse. Pour être inscrit sur la liste ou le « canon » des saints du Vatican, il faut démontrer que le candidat a mené une vie d’une « vertu héroïque ». Ensuite, le candidat doit prouver qu’il est au ciel : pour ce faire, il doit accomplir un miracle.

Le miracle qui a valu à Carlo Acutis le titre de bienheureux s’est produit en 2013 au Brésil. Un garçon de quatre ans souffrait d’une malformation congénitale du pancréas qui l’empêchait de s’alimenter. Pendant la messe, il toucha une relique de Carlo que le prêtre de la paroisse avait acquise auprès d’Antonia et dit : « Je veux arrêter de vomir. » Selon le postulateur de Carlo, l’enfant put manger un repas copieux le jour même. Les récits de ce prétendu miracle furent transmis au dicastère, qui les confia à son conseil médical, une commission de médecins. De là, ils furent transmis aux théologiens du dicastère, qui vérifièrent leur conformité avec l’enseignement catholique sur les miracles. Ils les firent parvenir aux évêques et cardinaux les plus hauts dignitaires du dicastère, qui, plusieurs années après les faits, recommandèrent officiellement au pape de béatifier Carlo. La cérémonie à Assise eut lieu quelques mois plus tard. L’intérêt pour ce saint virtuel se répandit rapidement parmi les fidèles. Bientôt, il devint un phénomène mondial.

L’engouement suscité par Carlo est insondable. La nouveauté l’explique en partie : il est, comme l’ont surnommé les journaux, le premier saint du millénaire (sa canonisation est prévue le mois prochain) [7 septembre 2025]. Pourtant, même ses plus fervents dévots peinent à définir précisément ce qu’il a accompli. Rien dans son histoire, pourtant si peu documentée, ne laisse présager que cet adolescent d’apparence si ordinaire soit sur le point de devenir le premier grand saint du XXIe siècle.

Vidéo intitulée « Carlo Acutis prédit sa mort », publiée sur la chaîne “Antonia” qui se nommait à l’origine “Amici di Carlo Acutis Antonia Salzano Acutis” (Amis de Carlo Acutis Antonia Salzano Acutis).

➤ Sa béatification a ouvert la voie à une autre forme de culte : la vénération de ses reliques. Des fragments de son muscle cardiaque avaient été solennellement « reconnus » par l’évêque local.

Parmi la foule d’évêques, de prêtres, de politiciens, d’administrateurs, de moines, de religieuses, de journalistes et de membres de la famille venus assister à la béatification de Carlo Acutis, se trouvait Monseigneur Anthony Figueiredo, un prêtre anglais distingué d’une soixantaine d’années. En rentrant chez lui ce soir-là, il repensa à l’émotion qui avait envahi l’assistance lors du dévoilement du portrait de Carlo. L’expression du garçon était si désarmante et si sincère. C’était un visage moderne, bien différent de ceux ornant les fresques de l’ancienne basilique. Figueiredo se sentit poussé à écrire quelques mots sur cet enfant saint. Figueiredo s’était installé à Assise en 2020, peu avant sa béatification. Il avait demandé sa mutation suite à un accident de la route : en état d’ivresse, il avait percuté la voiture d’une avocate enceinte (elle s’en était sortie indemne). Après avoir plaidé coupable de conduite en état d’ivresse, il avait suivi le programme en douze étapes des Alcooliques Anonymes, un cheminement de ressourcement personnel qui lui semblait rappeler les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus.

Lorsque Figueiredo arriva à Assise, l’Église locale s’était profondément impliquée dans la promotion du culte de Carlo (le terme technique désignant les fidèles d’un saint). Dix-huit mois auparavant, le corps de Carlo avait été exhumé et placé dans un nouveau tombeau, dans une église près du palais épiscopal. Ce tombeau était conçu de telle sorte qu’il semblait flotter miraculeusement au-dessus de sa base, une déchirure irrégulière séparant les deux blocs de pierre. (« J’ai dessiné une pierre, puis je l’ai brisée en deux », m’a confié le concepteur, « comme si une main divine l’arrachait de la terre. »).

Figueiredo devint une figure clé de la diffusion du culte auprès d’un public plus large. Les écrits qu’il commença après la cérémonie de béatification aboutirent à un petit livre intitulé “Bienheureux Carlo Acutis : 5 étapes pour devenir un saint”. « Carlo était un garçon tout à fait normal », écrivit-il. « Mais il y avait aussi quelque chose de très différent en lui. » Figueiredo résuma la vie de Carlo en un programme que tout chrétien pouvait suivre : la messe quotidienne, la confession, l’adoration de l’Eucharistie, la vénération des saints et les œuvres de charité.

Après sa béatification, le corps de Carlo fut exposé au public. Une paroi de verre fut insérée dans le tombeau. Son visage était recouvert d’un masque en silicone et les parties exposées de son corps furent traitées en vue de l’exposition. Il portait un sweat-shirt et des baskets, les mains posées sur un chapelet dont les grains sombres dépassaient des fines coutures de la poche de son jean. La béatification de Carlo a également ouvert la voie à une autre forme de culte : la vénération de ses reliques – en l’occurrence, de petits fragments de son muscle cardiaque solennellement « reconnus » par l’évêque local. Figueiredo devint par la suite l’un des gardiens-porteurs qui voyageaient à travers les reliques de Carlo, informant à chaque fois les autorités douanières qu’il transportait un morceau de chair humaine.

Partout où il allait, les files d’attente pour voir les reliques de Carlo étaient interminables et semblaient s’allonger à chaque voyage. À chaque retour à Assise, Figueiredo voyait l’image de Carlo apparaître un peu partout. Les boutiques de souvenirs vendaient des aimants, des porte-clés, des sweats à capuche, des figurines, des cartes postales et des tableaux à son effigie. Les annonces Airbnb mettaient en avant leur proximité avec le tombeau de Carlo. En quittant son domicile, Figueiredo passait devant les bureaux d’une chaîne de télévision chrétienne, Maria Vision, qui diffusait en direct 24 heures sur 24 les images de sa dépouille. Quand leur connexion internet était coupée, les gens priaient Carlo.

En mai 2024, le Vatican a affirmé avoir authentifié un autre miracle attribué à Carlo : une fillette costaricienne s’était rétablie d’une hémorragie cérébrale après que sa mère eut demandé à Carlo d’intercéder en sa faveur. Carlo Acutis allait être canonisé. Plus tard dans l’année, la date de sa canonisation fut fixée à avril 2025. Le diocèse d’Assise prévoit deux millions de visiteurs à Carlo cette année, soit deux fois plus qu’à Knock, un sanctuaire dédié à la Vierge Marie en Irlande, qui possède son propre aéroport international.

L’article mentionnant Sergio Meloni comme auteur de l’exposition à la fois itinérante et disponible sur Internet recensant et expliquant les miracles eucharistiques ayant eu lieu à travers le monde.

➤ Le diocèse prévoit que Carlo accueillera 2 millions de visiteurs cette année, soit plus du double du nombre de visiteurs de Knock, un sanctuaire dédié à la Vierge Marie en Irlande, qui possède son propre aéroport international.

Au commencement, chacun était saint. Dans les premiers écrits chrétiens, saint Paul applique le mot grec « hagioi », saints, à tous les chrétiens. Mais au fil des siècles, ce mot – ou son équivalent latin, « sanctus » – en vint à désigner des figures particulièrement saintes : d’abord les martyrs, puis divers défunts exemplaires. Dans tout le monde de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge, on venait prier près des restes de ces hommes et de ces femmes, croyant qu’ils possédaient des pouvoirs de guérison miraculeux. Plusieurs papes tentèrent de soumettre cette énergie populaire au contrôle de l’Église. Les premières canonisations s’apparentaient à une véritable inquisition sur la vie, la renommée et les miracles présumés du candidat, et devinrent rapidement parmi les procédures juridiques les plus complexes de l’histoire. Mais lors de la Réforme, alors que de nombreux pays protestants rejetaient le culte des saints, le jugeant trop théocratique, l’Église catholique cessa toute canonisation pendant 65 ans. Elle avait perdu son courage.

Lorsque le processus de canonisation reprit, il devint plus stratégique. Les mérites du saint étaient désormais examinés par un observateur critique, surnommé « l’avocat du diable ». Le mérite n’était cependant pas le seul critère. Les autorités ecclésiastiques subissaient des pressions politiques : la prédominance des saints espagnols à cette époque témoigne de la position dominante de l’Espagne sur la scène européenne. Au fil des siècles, le processus se complexifia à nouveau. L’un des problèmes résidait dans le rôle de l’avocat du diable, tenu par profession d’attaquer la réputation du candidat à la canonisation. Souvent, les propos de ce dernier étaient cités hors contexte, afin de les faire passer pour contraires à la doctrine de l’Église. Avant même que l’avocat chargé de défendre la cause n’ait innocenté le candidat, une autre déclaration prétendument hérétique était déjà obtenue. La décision finale pouvait parfois prendre des centaines d’années.

Le pape Jean-Paul II a rationalisé le processus de canonisation en supprimant toute forme d’affrontement et en la remplaçant par une démarche collaborative d’enquête. Lorsqu’un journaliste de Newsweek visita le dicastère dans les années 1980, il constata que le département était bouleversé par cette soudaine efficacité. « On est en train de devenir une usine », grommela un prêtre.

Il avait raison. Ces trente dernières années, le nombre de saints et de bienheureux a explosé. Ceci s’explique en partie par la volonté d’internationaliser un canon qui reste étrangement riche en figures italiennes. Mais le zèle avec lequel différents papes ont canonisé de nouveaux saints laisse penser qu’il s’agit aussi d’une tentative de redorer le blason déclinant de l’Église. Chacun des trois derniers papes a canonisé plus de personnes que tous ses prédécesseurs médiévaux réunis. François a récemment canonisé 800 martyrs d’un seul coup.

En privé, certains se demandent si c’est une bonne chose. Autrefois, l’Église attendait cinquante ans après le décès d’une personne avant d’entamer le processus de canonisation. Aujourd’hui, ce délai est de cinq ans seulement, voire moins si le pape lève cette exigence, comme l’a fait Jean-Paul II pour Mère Teresa. À la mort de Jean-Paul II, la foule a scandé « santo subito » sur la place Saint-Pierre : « saint maintenant ». Aujourd’hui, le nom de Jean-Paul II revient souvent dans les discussions sur les canonisations trop hâtives. À ma connaissance, parmi les plus de 10 000 saints du canon, il est le seul à avoir été impliqué dans la dissimulation d’affaires de pédophilie, avant et après sa canonisation.

Des centaines de candidats sont examinés simultanément par le dicastère. Outre le postulateur externe, représentant de la cause du candidat à la canonisation, chaque dossier se voit attribuer un rapporteur, chargé de le traiter au sein du dicastère. Les frais de procédure sont à la charge de celui qui présente la cause, ce qui explique que la plupart des saints actuels soient issus de familles aisées ou d’institutions religieuses. Ces dépenses peuvent atteindre des centaines de milliers de dollars.

À New York, je me suis entretenu avec Kevin Ahern, coprésident de la Dorothy Day Guild, qui soutient la cause de cette célèbre catholique américaine de gauche. Journaliste et écrivaine prolifique, Dorothy Day a cofondé le mouvement Catholic Worker, une organisation caritative venant en aide aux pauvres et aux sans-abri. Ahern m’a montré une vitrine remplie de souvenirs – un tabouret pliant, une canne – qui deviendraient des reliques officielles si la cause de Day était engagée. Lui et ses collègues ont dû délibérer sur les effets personnels à conserver, y compris des objets aussi prosaïques que des sous-vêtements. (Ils ont tout gardé.) Les relations avec la famille de Day sont cordiales, mais tendues. Presque tous ses descendants ont quitté l’Église.

À Rome, j’ai rencontré Wanda Gawronska, la nièce de 97 ans du bienheureux Pier Giorgio Frassati. Frassati était une figure charismatique : alpiniste antifasciste décédé à seulement 24 ans. Issu d’une riche famille de libéraux turinois, il donnait secrètement d’importantes sommes d’argent aux pauvres. Une photo le montre, la pipe au bec, debout fièrement au sommet d’une montagne enneigée.

Gawronska et Ahern parurent tous deux un peu surpris, compte tenu de la richesse biographique de leurs saints favoris, que j’aie choisi d’écrire sur Carlo. « Pourquoi t’intéresses-tu à Acutis ? » demanda Gawronska. « Il n’a rien d’intéressant. »

J’entendais cette réaction, exprimée de différentes manières par les personnes à qui j’en parlais : une perplexité polie quant à mon intérêt pour cet enfant saint si stéréotypé. Pourtant, plus j’en apprenais sur la vie et la foi de Carlo, plus j’étais intrigué. Peu avant ma rencontre avec Gawronska, j’avais discuté avec le meilleur ami de Carlo. Il m’avait confié qu’il ne l’avait jamais vu se comporter comme un garçon particulièrement pieux. En fait, il ignorait même que Carlo était religieux.

video

➤ Les frais du processus sont à la charge de celui qui en initie la cause, ce qui explique que la plupart des saints d’aujourd’hui proviennent de familles riches ou d’institutions religieuses.

Federico Oldani est un homme pâle, mince et analytique d’une trentaine d’années, qui vit à Milan et travaille pour une entreprise aérospatiale italienne. Il a grandi dans cette ville et, à l’âge de 11 ans, il a intégré l’Istituto Marcelline Tommaseo, une école privée située dans un quartier huppé. Il s’est rapidement lié d’amitié avec Carlo, un garçon jovial et extraverti qui partageait sa passion pour les voitures de sport.

Le père de Carlo était président d’une grande compagnie d’assurances et plutôt réservé. Sa mère, en revanche, était plus extravertie. Carlo vivait dans un immense appartement, impeccable et lumineux, avec du personnel logé sur place. Parmi eux, un homme, Rajesh Mohur, était comme un oncle pour Carlo. Oldani y passait beaucoup de temps enfant, à jouer aux jeux vidéo et à regarder des films.

Carlo était connu pour son amour de la comédie. Chaque semaine, il ne manquait pas une émission de stand-up italienne à la télévision . Il préférait l’humour des « Simpson » : autoréférentiel, absurde, plein de subtiles variations de ton et de registre. Il gravait des DVD de ses épisodes préférés pour ses amis. C’était un garçon décontracté, avec qui on pouvait facilement rire. Un jour, d’après Oldani, un professeur a mal prononcé un mot latin et a fini par dire un mot italien qui se traduit approximativement par « va te faire foutre ». Les élèves ont tellement ri qu’ils ont été renvoyés du cours.

« Il manifestait des passions différentes selon les personnes », a déclaré Michele del Vecchio, un autre ami de Carlo. « Il n’était pas du genre à imposer ses intérêts aux autres. » Del Vecchio a ajouté que Carlo et lui montaient ensemble des vidéos amusantes de leurs animaux de compagnie.

Au collège, les garçons louaient les comédies grivoises du début des années 2000 et les emportaient chez Carlo pour les regarder. Oldani et del Vecchio m’ont raconté se souvenir d’avoir vu « Eurotrip », une comédie dans le style d’« American Pie » qui commence par Matt Damon chantant sa liaison avec la petite amie du héros (« Je n’arrive pas à croire qu’il soit si naïf / Alors que je suis juste derrière elle en train de la sauter »). L’intrigue, composée de plusieurs épisodes, voit ensuite le héros devenir pape par accident. Si c’était un sacrilège, Carlo semblait s’en moquer. On pouvait entrevoir une autre facette de Carlo. Oldani se souvient d’un jour à l’école où, en pleine conversation entre garçons, Carlo a soudainement lâché qu’il trouvait mal d’avoir des relations sexuelles avant le mariage. Le groupe s’est mis à le taquiner. Carlo est devenu si anxieux qu’ils ont fini par abandonner le sujet.

Carlo n’a jamais parlé de Jésus à Oldani. Oldani savait que les parents de Carlo étaient religieux et que Carlo était imprégné de culture chrétienne – tout le monde l’était –, mais il ignorait tout de la ferveur de sa foi. Au cours de leurs nombreuses conversations, Federico a longtemps hésité à dire s’il avait eu la moindre idée de la religiosité de Carlo. Tantôt il disait avoir eu le sentiment que Carlo était religieux, tantôt il évoquait de petits indices qu’il avait rassemblés plus tard. Les hagiographies rapportent que la foi était au cœur de la vie de Carlo. Ses parents l’avaient peut-être perçue. Mais à son école catholique, sa discrétion sur le sujet était telle que lorsque Carlo a annoncé à Oldani qu’il créait un site web recensant les miracles, Oldani y a vu davantage l’expression de la passion de son ami pour la programmation informatique qu’autre chose. Bien qu’aucun de ses camarades de classe ne se souvienne de Carlo comme d’un homme ouvertement pieux, ils se rappellent de lui comme d’une gentillesse exceptionnelle. Del Vecchio était le seul élève non baptisé de la classe de Carlo. On le taquinait en disant qu’il n’était pas un enfant de Dieu. « Je me souviens que Carlo était le seul – le seul, durant mes cinq années d’école – à ne jamais en avoir fait toute une histoire », m’a-t-il confié.

Carlo s’abstint toutefois d’évangéliser del Vecchio. Sa mère, Antonia, était la plus désireuse de le convertir. « Carlo devait parfois la retenir car elle disait : “Oh, Michele, je prie tellement pour toi !” »

Carlo fréquentait un autre lycée que del Vecchio et Oldani, mais ils se voyaient tout de même une fois par semaine. Un jour de 2006, peu après la rentrée en seconde, del Vecchio et Oldani essayèrent tous deux de joindre Carlo par téléphone, en vain. Le lendemain, toujours sans réponse. Puis, ils apprirent que Carlo était atteint d’une leucémie myéloïde aiguë, une forme agressive de cancer, et qu’il avait été admis à l’hôpital San Gerardo de Monza, près de Milan.

Del Vecchio était horrifié. Il n’avait pas assisté à la dernière réunion hebdomadaire ; il ignorait maintenant quand il reverrait son ami. Avec Oldani, il se rendit à l’hôpital pour rendre visite à Carlo, mais à leur arrivée, on leur annonça que son état s’était aggravé et qu’il était trop faible pour les recevoir. Peu après, les amis de Carlo apprirent son décès.

Avant les funérailles, ils figuraient parmi les personnes invitées chez les Acutis pour voir le corps de Carlo. Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre, il était allongé sur son lit. Son visage était tuméfié par la maladie. « C’était très, très pénible », a déclaré del Vecchio. « Je me souviens que nous étions tous réunis et que j’ai levé les yeux vers le corps de Carlo. Et je me suis dit : “Que faisons-nous ici ? Il n’est plus là.” »

➤ « Je ne veux rien lire sur Carlo », m’a-t-il dit. « Je repousse tout. Je ne veux pas laisser entrer le nouveau Carlo. »

Aux funérailles de Carlo, un autre aspect de sa vie a été révélé à ses amis. Le prêtre a évoqué son engagement dans la paroisse. Lorsqu’Antonia leur a présenté un livre de condoléances à signer, ils ont constaté que de nombreuses personnes y avaient laissé des messages religieux.

Dans les années qui suivirent la mort de Carlo, les garçons restèrent en contact avec Antonia. Ils étaient tous deux adolescents lorsqu’un jour, lors d’une réunion en mémoire de Carlo, elle se leva et annonça qu’elle œuvrait à sa canonisation, demandant poliment si quelqu’un serait disposé à témoigner de la vie de Carlo devant le tribunal. Bien qu’aucun des deux ne fût religieux, Oldani et del Vecchio acceptèrent. Ils y voyaient un acte de loyauté envers leur ami. (Comme me l’a dit Oldani, on n’est pas obligé de croire au mariage pour assister à une noce.) À un moment donné, Oldani a créé un groupe Facebook appelé “Amis de Carlo”. Au départ, les seuls membres étaient des personnes qui avaient connu Carlo à l’école. Puis d’autres personnes, qui n’étaient manifestement pas des amis d’école, les ont rejoints : elles semblaient toutes venir d’Amérique du Sud et publiaient des contenus religieux mièvres.

Les nouveaux membres envoyaient des messages à Oldani pour lui poser des questions sur Carlo : comment était-il ? Pratiquait-il telle ou telle religion ? Oldani finit par ne plus répondre. À mesure que le groupe s’agrandissait, Oldani remarqua que des disputes éclataient pour des divergences insignifiantes dans les pratiques religieuses. Il finit par confier le groupe à l’un des nouveaux membres. Leur version de Carlo lui semblait méconnaissable. « Je ne veux rien lire sur Carlo », me dit-il. « Je rejette tout. Je ne veux pas laisser entrer ce nouveau Carlo. »

Au téléphone récemment, Oldani a commencé à faire défiler une longue liste de groupes dédiés à Carlo qui ont proliféré sur Facebook. Il ne trouvait pas celui qu’il avait créé. On ignorait s’il avait été supprimé ou s’il avait simplement muté en quelque chose d’inconnaissable.

Il ne reste presque plus aucune trace de Carlo dans le quartier où il a passé sa courte vie. Valentina Quadrio, son institutrice, m’a raconté que Carlo avait jadis pris soin avec dévouement d’un garçon de sa classe issu d’une famille difficile. Mais lorsque je lui ai demandé ses coordonnées, elle a secoué la tête. Le garçon avait fini par fréquenter de mauvaises personnes et avait été poignardé à mort à l’âge de vingt ans. Aux funérailles, Antonia lui avait dit que Carlo avait dû appeler son vieil ami pour le rejoindre.

En flânant dans les rues qu’il connaissait, je repensais à ces petits moments anodins qui avaient façonné la vie de Carlo. Attendre sa mère dans les magasins, ou essayer des vêtements pour la rentrée. Je l’imaginais reculant devant la portière de voiture verrouillée par la sécurité enfant, le regard perdu à travers la tache transparente laissée par son nez sur la vitre embuée. Dans une papeterie, un homme me dit se souvenir d’Antonia, mais pas de son fils. « Je l’ai vu, mais je ne l’ai pas vu », dit-il.

J’avais sollicité à plusieurs reprises un entretien avec Antonia Salzano, mais on m’avait répondu qu’elle ne me parlerait pas avant la canonisation. Puis, neuf jours avant la publication de cet article, j’ai reçu un appel m’invitant à lui rendre visite. Je me suis demandé si elle avait appris que je m’entretenais avec les amis moins religieux de Carlo.

Par une belle journée de fin mars, je quittai une route sinueuse aux abords d’Assise et sonnai à la porte de la maison des Acutis. Un portrait de Carlo était fixé à l’un des piliers du portail. Le portail automatique s’ouvrit et me donna accès à un jardin escarpé planté d’oliviers et de rosiers anglais. L’allée était bordée de statues religieuses. Au-delà d’un second portail, se dressait une autre représentation de Carlo Acutis, cette fois-ci presque grandeur nature. Un perroquet domestique laissait échapper des cris stridents depuis sa petite volière. Antonia arriva quelques minutes plus tard, sortant de sa voiture, des lunettes noires sur le nez. Elle portait une écharpe bordeaux et un long châle sur une robe violette – une tenue qui évoquait l’habit d’une religieuse. Quand elle parle, Antonia vous fixe de ses grands yeux noisette. Ils ne semblent pas vous quitter des yeux, ni même cligner des paupières, tandis qu’elle vous livre son discours. Son allure est imposante. Lorsque nous parlions en italien, elle terminait ses phrases par un « capito ? » rhétorique – compris ?

Antonia m’a confié que ses parents étaient athées, bien qu’ils l’aient inscrite dans une école catholique. Dans ses interviews et ses conférences, elle raconte souvent qu’avant Carlo, elle n’était allée à l’église que pour son baptême, sa confirmation et son mariage. Son retour à la foi a commencé deux mois après le décès de son père. Carlo, qui n’avait pas encore quatre ans, lui avait raconté que son grand-père lui était apparu, lui disant qu’il était au purgatoire et qu’il avait besoin de leurs prières. Elle m’a confié être terrifiée à l’idée que son père puisse souffrir. Elle s’est rendue à Bologne pour consulter un prêtre renommé. Miraculeusement, il semblait connaître tous ses péchés avant même qu’elle ne les confesse. Sa foi m’a paru inébranlable. Je lui ai présenté mes condoléances. « Ce n’est rien, il est au ciel », a-t-elle répondu, d’un ton aussi naturel que si elle m’annonçait qu’il était à l’entraînement de football.

Peu après nous être installés, Antonia annonça que le professeur de religion de Carlo, de son école milanaise, passerait nous voir. J’étais surpris, car notre entretien avait été confirmé une semaine auparavant. À son arrivée, le professeur semblait nerveux et incertain de la raison exacte de sa présence. Se retroussant les manches, il expliqua qu’il n’était à Assise que pour une journée. Je lui demandai alors si Carlo parlait ouvertement de sa foi à l’école.

La relique du cœur de saint Carlo Acutis est exposée dans la cathédrale San Ruffino à Assise, en Italie.

« À ma connaissance, non », répondit l’enseignant. « Il était très réservé. C’était un peu du genre : “Il ne faut surtout pas que la main droite sache ce que faisait la main gauche.” »

« Parle-lui du débat », dit Antonia.

À la demande du professeur, celui-ci raconta une histoire que j’avais lue dans plusieurs livres à propos de Carlo, sur la façon dont Carlo avait défendu le caractère sacré de la vie auprès de ses camarades de classe, mais d’une manière si douce que personne ne pouvait s’opposer à ce qu’il disait.

« Il avait l’habitude de passer un mois par an seul, à l’ermitage de La Verna », a déclaré Antonia, en citant un lieu de retraite près d’Assise.

« Il ne me l’a jamais dit », a déclaré l’enseignant.

« Il ne disait jamais grand-chose », lança Antonia d’un ton sec.

Peu de temps après, le professeur s’est levé et nous a laissés seuls.

J’ai dit à Antonia que je savais que Carlo adorait “Les Simpson”. « Mama », a-t-elle dit en tendant la main d’un air dédaigneux. « Il n’avait pas le temps de regarder la télévision. » Sa voix était sans appel. « Il donnait des cours de catéchisme, allait à la messe tous les jours. Et puis les prières. Et puis toutes les bonnes œuvres qu’il faisait… Ça lui prenait beaucoup de temps. »

J’ai demandé pourquoi Carlo ne parlait pas de sa foi à ses amis à l’école. Elle a insisté, presque en suppliant, que Carlo avait marqué la vie de ses amis. « Michele del Vecchio, dit-elle, fait du bénévolat auprès des pauvres maintenant. Vous l’a-t-il dit ? » Elle marqua une pause. « Et l’autre aussi. Il s’appelle Federico, n’est-ce pas ? » Elle parlait comme si elle se souvenait de quelqu’un dont elle avait à peine le souvenir. « Il est plutôt catholique », dit-elle, sous-entendant baptisé, « mais il ne pratique pas. »

Ces amis ne ressemblaient en rien à son fils, affirma-t-elle. Carlo pouvait rester assis des heures durant en silence devant le tabernacle. C’était un mystique. « Ils parlaient toujours de relations sexuelles avant le mariage », dit-elle d’un ton dédaigneux. « Carlo n’était pas de cet avis. Carlo avait un grand respect pour le corps. » C’est lorsque j’ai dit à Antonia que Federico ignorait que Carlo était religieux que son expression s’est durcie. « C’est étrange », a-t-elle dit. « Parce qu’ils ont fourni des déclarations écrites » qui attestaient de la désapprobation de Carlo concernant les relations sexuelles avant le mariage. À présent, sa voix était glaciale.

J’ai dit qu’il était possible que Carlo soit simplement réservé, comme l’avait dit son professeur de religion. Elle a fait une grimace méprisante. « Il était réservé parce qu’il avait des amis qui allaient en boîte pour fumer du haschisch », a-t-elle dit en mimant le geste de porter son joint à ses lèvres. Carlo se plaignait sans cesse de ses amis milanais, a ajouté Antonia. Ils voulaient toujours qu’il soit drôle.

Elle appela sa secrétaire et un homme qui s’était présenté plus tôt comme bénévole de l’association Carlo Acutis, et se mit à discuter avec eux. Ils parlaient des personnes que je devais interviewer. Quand je levai les yeux, Antonia avait son téléphone à la main. Elle composa un numéro, activa le haut-parleur et reposa l’appareil sur la table. Le premier à répondre était Jacopo Pastorelli, un médecin de 29 ans. Autour de moi, tout le monde murmurait. Antonia, le menton dans la main, était affalée. Elle tenait le téléphone et fixait le vide d’un regard impassible. « Jacopo, écoute, dit-elle. J’ai un journaliste de The Economist. Peux-tu lui parler de la foi de Carlo, de la façon dont il t’en parlait ? » Nous étions tous les quatre concentrés tandis que Pastorelli me racontait comment il se souvenait que Carlo disait qu’il était important d’aller à la messe et de communier.

La personne suivante qu’Antonia appela était Umberto Ionta, qui vit maintenant à Rome. C’était le cousin germain de Carlo ; leurs familles partaient en vacances ensemble presque tous les étés. Il se souvenait qu’enfants, ils assistaient ensemble à la messe du dimanche. Je lui ai demandé ce qu’il pensait de la vie de Carlo à Milan. « Sa religiosité était sans doute plus marquée, plus présente et plus visible que je ne l’avais perçu », a-t-il répondu. Aux funérailles de Carlo, il avait vu plusieurs personnes visiblement dans le besoin. Il avait appris par la suite que Carlo les avait aidées.

J’ai été envoyé rencontrer en personne le dernier témoin de moralité : Carla Turi, une habitante d’Assise d’âge mûr qui tenait une boutique remplie de souvenirs liés à Carlo. Carlo l’avait ramenée à la foi, m’a-t-elle confié. Ces dernières années, Carla avait traversé une de ces périodes impitoyables que chaque adulte connaît tôt ou tard, où l’on a l’impression qu’une force supérieure vous dépouille de tout ce qui compte. En 2017, son compagnon est décédé. En 2019, sa mère est morte d’une leucémie. En 2021, son père est décédé à son tour. Un mois plus tard, on a diagnostiqué une tumeur au cerveau à sa sœur. Dans les jours terribles qui ont précédé l’opération cruciale, elle allait prier devant la dépouille de Carlo. Elle le suppliait de sauver au moins sa sœur. « C’est là que j’ai compris », a-t-elle dit, l’émotion montant dans sa voix. « La foi était la seule chose qui pouvait me sauver. »

Messe de canonisation de Carlo Acutis & Pier Giorgio Frassati, place Saint-Pierre, le 7 septembre 2025.

➤ En Irlande, pays qui formait autrefois des centaines de prêtres par an, seulement neuf nouveaux séminaristes se sont inscrits en 2021.

J’étais à Assise lorsque la date de la canonisation de Carlo fut fixée à avril 2025. Sur ordre de l’archevêque, toutes les cloches de la ville se mirent à sonner à midi. J’ai vu un cortège de prêtres et d’administrateurs locaux sortir du palais épiscopal et entrer dans l’église attenante, où reposait le corps de Carlo, pour les prières de célébration.

L’Église catholique a pleinement embrassé le culte de Carlo, y voyant une occasion de combler le fossé grandissant entre l’institution et la jeunesse mondiale. J’ai parlé à de nombreux enfants catholiques pour qui Carlo est déjà une figure familière et éternelle : quelqu’un qui a toujours été là. Leurs parents ont exprimé l’espoir que Carlo puisse insuffler à une nouvelle génération l’amour de l’Église.

Parmi les prêtres réunis au tombeau lors de l’annonce de la canonisation se trouvait Figueiredo. Je lui ai parlé, et il était étrangement peu loquace au sujet du garçon dont il défendait la cause. « Il transcende les frontières, les confessions, parce qu’il est… comment dire ? Il n’est pas sans défense… » Sa voix s’est éteinte, cherchant ses mots. « Il n’y a rien chez lui qui puisse poser problème, vous voyez ce que je veux dire ? »

Figueiredo m’a raconté son histoire. Il avait toujours rêvé d’être prêtre. Élevé en Grande-Bretagne dans une famille catholique de Goa, il entra dans un ordre laïque à la vingtaine et fut envoyé dans le New Jersey pour étudier. Il fut ordonné par l’archevêque Theodore McCarrick, figure montante du catholicisme et fin connaisseur de la collecte de fonds, influent à Rome et à Washington.

Dans les années 1990, Figueiredo a travaillé plusieurs mois comme secrétaire de McCarrick, et est resté un fonctionnaire fidèle après son transfert à la Curie romaine, le gouvernement de l’Église catholique, dans les années 2000. « J’étais son homme à Rome », a-t-il déclaré.

Aux alentours de 2008, McCarrick demanda à Figueiredo d’accomplir une tâche inhabituelle. Figueiredo devait traduire et remettre une lettre au secrétaire d’État du Vatican, le plus haut responsable après le pape. Dans cette lettre, McCarrick affirmait avoir parfois partagé le lit de séminaristes, mais que toute rumeur d’abus était catégoriquement fausse. « Je l’ai remise sans y penser davantage », m’a confié Figueiredo. « Parce que, enfin, ce n’était pas mon rôle, vous comprenez ? C’était au Vatican de s’en occuper. Qu’est-ce que j’aurais pu faire ? »

McCarrick a démissionné en juillet 2018. En février 2019, une enquête de l’Église a conclu qu’il avait commis des « crimes contre le sixième commandement, envers des adultes et des enfants ». D’autres allégations ont suivi, principalement concernant des abus sur des séminaristes. Peu après, Figueiredo a rendu publique une correspondance montrant comment les responsables de l’Église avaient manqué à leur devoir d’appliquer une ordonnance de 2008 limitant les activités de McCarrick. « Si j’avais gardé cette correspondance pour moi, j’aurais été complice de la dissimulation », a-t-il déclaré à CBS News, bien que certains se soient demandés pourquoi il ne l’avait pas fait plus tôt. En 2020, un rapport de l’Église a révélé que le pape Jean-Paul II figurait parmi les responsables du Vatican qui avaient connaissance des allégations portées contre McCarrick.

McCarrick est l’un des plus hauts responsables de ces abus sexuels mis au jour en plus de vingt ans de révélations sur l’Église catholique. L’ampleur des méfaits est difficilement imaginable. Aux États-Unis seulement, on estime qu’environ 4 % des prêtres catholiques en activité entre 1950 et 2002 ont commis des abus sexuels sur mineurs. Ces scandales ont gravement nui à l’autorité morale de l’Église. En Irlande, pays qui formait autrefois des centaines de prêtres par an, seulement neuf nouveaux séminaristes se sont inscrits en 2021. Un tiers des catholiques anglais et gallois ont réduit ou cessé de fréquenter la messe suite aux révélations d’abus sexuels. Près de 40 % des catholiques américains affirment que ces événements les ont amenés à envisager de quitter l’Église.

C’est dans ce contexte qu’est né l’enthousiasme mondial pour Carlo Acutis. Lorsque Figueiredo a commencé à voyager à l’étranger pour le compte du culte de Carlo, il a constaté que l’engouement était le plus vif là où la crise des abus sexuels avait été la plus grave. Lors d’un récent voyage en Irlande, m’a-t-il confié, il a été submergé de demandes d’évêques souhaitant faire venir la relique de Carlo dans leurs diocèses. « Je crois qu’ils voient en Carlo un jeune garçon qui apporte un nouvel espoir à un pays et à une Église entachés par les abus sexuels sur mineurs. »

En cette journée grise et pluvieuse à Assise, Figueiredo et moi sommes descendus de la montagne pour rendre visite à un imprimeur local, où son nouveau livre sur Carlo était en cours d’impression. Dans le coffre de sa voiture, il y avait des sacs remplis de chapelets à l’effigie de Carlo, confectionnés par des religieuses vivant dans les collines environnantes. Figueiredo m’a confié avoir reçu une lettre du pape le félicitant pour sa dernière publication. Chez l’imprimeur, des piles et des piles d’images pieuses à l’effigie de Carlo étaient emballées dans du papier kraft et étiquetées dans la langue d’impression. Une simple croix brune était accrochée au mur de l’entrepôt.

Alors que nous revenions en voiture, longeant les maisons d’hôtes et les oliveraies sous la grisaille de novembre, Figueiredo me raconta – et ce n’était pas la première fois – l’histoire de saint Patrick. Enlevé par des pirates, il avait été emmené en Irlande. Il était parvenu à s’échapper grâce à une voix qui lui était apparue en rêve. Elle lui avait dit : « Reviens, petit garçon, reviens marcher parmi nous. » Figueiredo tourna au coin de la rue. Un marron d’Inde s’écrasa sur le pare-brise avec un craquement soudain et saisissant. « Le mot qui me vient à l’esprit, c’est “espoir” », dit-il. ◾


➤ Vidéo en direct de la tombe de Carlo Acutis au Sanctuaire de la Spogliazione à Assise, en Italie.


Abonnez-vous à ma lettre d’information

Et recevez un code de réduction de 40 % pour l’adhésion à mon Club VIP.

3 août 2026

Cet article vous a-t-il été utile ?

 2 0

Loading read count...

read-entire-article

         

        

Une nouvelle Vibration dans le Monde entier avec les Franchise Medbed Quantique®!  

Protéger toute votre famille avec la technologie Orgo-Life®

  Advertising by Adpathway