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L'Île-du-Prince-Édouard fait face à un virage démographique inquiétant. Après une parenthèse durant la pandémie de COVID-19, les vieux démons de l'exode des cerveaux frappent à nouveau à la porte de la province.
Selon l'Institut Fraser, la province renoue avec une tendance historique : le départ de ses forces vives.
Si entre 2020 et 2023, le télétravail avait attiré un nombre record de travailleurs, les données de 2024 montrent un reflux. La province perd à nouveau ses jeunes de 15 à 39 ans au profit du reste du pays, notamment vers l'Alberta.
C’est un paradoxe générationnel qui s'installe. Pendant que les bras manquent pour soutenir l'économie, l'île demeure un aimant pour les retraités, principalement de l'Ontario.
Ce déséquilibre menace les finances publiques et accentue la pression sur les soins de santé, estime le rapport de l’Institut Fraser.
Pierre-Marcel Desjardins, économiste à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton, invite toutefois à la prudence.
Attendons de voir si la tendance se maintient au cours des prochaines années. L'Île-du-Prince-Édouard, historiquement, s'en était tirée mieux que les autres provinces maritimes ou de l'Atlantique.
Emploi et logement poussent les jeunes vers l’Ouest
Selon Pierre-Marcel Desjardins, la conjoncture actuelle — marquée par l'incertitude des échanges commerciaux avec les États-Unis et des politiques budgétaires publiques plus restrictives — réduit les perspectives professionnelles pour la jeunesse.
Il pointe également du doigt le choc économique lié au conflit en Iran, qui a le potentiel de gripper l’économie provinciale.

Puisque la majorité des Ontariens qui déménagent dans les Maritimes achètent une maison plutôt que de louer un appartement, leur arrivée ne se répercute pas directement sur le marché locatif abordable recherché par les jeunes, selon l'économiste Pierre-Marcel Desjardins. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
On aura des gens qui vont vouloir aller vers des régions comme l'Alberta où on carbure à l'énergie, parce que les opportunités d'emploi sont juste plus importantes, plus intéressantes là-bas, assure-t-il.
À ce ralentissement économique s'ajoute une pression immobilière accrue.
Avec l'augmentation du coût du logement ces dernières années dans la région, ça fait en sorte qu'on a besoin d'un salaire plus élevé, ce qui va inciter les gens à aller regarder ailleurs, analyse Pierre-Marcel Desjardins.
Pour Majella Simard, professeur de géographie à l’Université de Moncton, le constat est structurel : l'économie saisonnière peine à retenir les diplômés.
Toutes les activités qui sont relatives à la mise en valeur des ressources attirent peu de jeunes, ou alors les attirent sur une très brève période, affirme-t-il.
Les milieux ruraux ont toujours été propices aux migrations interprovinciales, parce que les emplois qui pourraient intéresser les jeunes ne sont pas là. Il y a toujours un va-et-vient.
Pierre-Marcel Desjardins abonde dans le même sens : La taille de l'économie de l'île pourrait faire en sorte que, dans certains secteurs, les opportunités ne sont pas énormes.
Investir dans la jeunesse
De son côté, Matt Pelletier, président de Fusion Charlottetown, dresse un constat amer.
Ce n’est quand même pas surprenant. [...] Ça indique une nouvelle tendance démographique, un retour à l’ancien. Pour des années, c’était l’immigration internationale qui nous sauvait, estime-t-il.
Alors que Statistique Canada estime que la part de la population de Charlottetown âgée de moins de 40 ans diminuera d’environ 10 % d’ici à 2049, les solutions pressent.
Logement abordable, accès aux soins et transports collectifs sont au cœur des revendications de Fusion Charlottetown.

« L’histoire de l’île et du reste des Maritimes, c'est malheureusement une histoire du départ des jeunes pendant des années », observe Matt Pelletier de Fusion Charlottetown. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Raphael Caron
Matt Pelletier insiste sur l'importance de voir les jeunes non pas comme un coût, mais comme une ressource stratégique.
Ça offre des bénéfices à tout le monde quand nous investissons dans les jeunes.
Pour freiner le vieillissement de la population, Majella Simard et Pierre-Marcel Desjardins appellent, eux aussi, la province à diversifier son économie et à agir avec plus de dynamisme sur le front du logement abordable.
Pierre-Marcel Desjardins prône notamment une approche régionale : plutôt que de faire cavalier seul, les provinces auraient intérêt à se partager les pôles de croissance pour rendre l'économie des Maritimes plus robuste.
Avec des informations de l'émission Le réveil de l'Île-du-Prince-Édouard


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