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L’équilibre fragile de la médecine vétérinaire pour grands animaux

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Le renouvellement des stages rémunérés en médecine vétérinaire des grands animaux remet en évidence l’équilibre fragile de cette pratique.

Il n’y a actuellement que la Dre Catherine Landry, vétérinaire-propriétaire de la clinique vétérinaire du Sud-Gaspésien à Caplan, qui intervient à temps plein auprès des grands animaux sur le territoire gaspésien. Le Dr André Banville, basé à Gaspé, intervient aussi de temps à autre dans les fermes.

Leur pratique est mixte, ce qui veut dire qu’ils interviennent autant auprès des petits que des grands animaux, deux services qui sont en demande.

Un vétérinaire ausculte une vache.

Les stages doivent être axés sur la prévention et contrôle des maladies, la recherche ou les soins apportés aux animaux, comme les bovins laitiers et de boucherie, les porcs, la volaille ou encore les petits ruminants (chèvres et moutons) pour être admissible aux incitatifs. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Les nouveaux étudiants en médecine vétérinaire pourraient recevoir entre 2700 $ et 3400 $ pour chaque stage réalisé dans le milieu bioalimentaire. Des primes de 20 % sur les montants de base seront aussi offertes aux étudiants choisissant un secteur avec des enjeux d’attractivité, comme la Gaspésie, par exemple.

 Il n’y a, par contre, pas assez de demandes pour faire juste de la pratique de grands animaux à temps plein, soutient Dre Landry.  En ce moment, on a beaucoup de finissants qui vont faire juste de la pratique de grands animaux ou juste de petits animaux, donc ça complexifie ce qu’on recherche comme vétérinaire en Gaspésie, poursuit-elle.

J’offre un service de garde 24 heures sur 24 tous les jours de la semaine, toute l’année. C’est sûr que ça peut être moins attrayant pour une relève ou pour des gens qui veulent venir en région.

La vétérinaire Catherine Landry pose devant des vaches laitières à la ferme Macajo de Caplan

La vétérinaire de grands animaux Dre Catherine Landry est de garde 365 jours par année, 24 heures sur 24. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

D’après l'indice de fragilité des établissements vétérinaires (IFEV), la région Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine a une note de quatre, c’est-à-dire que ses établissements vétérinaires sont jugés comme fragiles.

C’est quoi l’indice de fragilité des établissements vétérinaires (IFEV) ?

Il s’agit de l’indice calculé annuellement par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation qui permet de catégoriser les établissements vétérinaires du Québec, selon leurs enjeux d’attractivité et de maintien des médecins vétérinaires dans une région. Il varie de 1 à 5, 1 étant faible et 5, élevé.

Les établissements avec un IFEV de 2 à 5 sont généralement admissibles à des subventions du Programme intégré de santé animale du Québec (PISAQ).

Source : Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation

L’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ) se fait tout de même rassurante. Son président, le Dr Jean-Yves Perreault, soutient qu’à l’heure actuelle, sur le territoire québécois, il n’y a pas de bris de service et que tous les producteurs ont accès à un vétérinaire qui pratique auprès des grands animaux.

Il concède néanmoins qu’il s’agit d’un équilibre fragile et que la médecine vétérinaire n’échappe pas à la réalité économique et à la problématique de recrutement dans les régions éloignées.

Dre Landry, elle est seule à sa clinique. Elle est capable de tout faire les appels dans une journée, mais s’il arrive quelque chose, un pépin, une situation familiale, une maladie, peu importe, c’est très fragile, parce que du soir au matin, ça passe de 100 % à zéro vétérinaire, illustre le Dr Perreault.

Modèle d’affaires particulier

Le Dr Jean-Yves Perreault estime aussi qu’il n’y a pas assez de demandes pour les grands animaux en Gaspésie.

C’est un grand territoire, mais il est peu densément peuplé de ferme, contrairement à des régions comme Centre-du-Québec, l’Estrie ou Chaudière-Appalaches, par exemple. Ça ne peut donc pas générer un besoin d’avoir un vétérinaire de proximité dans chacun des villages ou dans un rayon restreint de 50 kilomètres, fait-il valoir.

Un bébé chèvre est dans les bras d'une femme et boit dans un biberon.

Les médecins vétérinaires en région n'ont d'autres choix que d'avoir une pratique mixte. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / The Ann Arbor News / Melanie Maxwell

Cette réalité fait en sorte qu’il y a, d’une part, peu de vétérinaires pour grands animaux, mais aussi une pression financière pour ceux qui pratiquent.

Le vétérinaire doit maintenir une pharmacie, un véhicule d’urgence, il doit être capable de se rendre en ferme, il doit faire sa formation continue pareil, il doit maintenir tous ses équipements à jour, ses adhésions à l’ordre professionnel. Qu’il l’utilise pour un, pour dix ou cents clients, souvent les coûts sont les mêmes, soutient le médecin vétérinaire.

Pour le Dr Perreault, ces éléments réaffirment l’importance des programmes gouvernementaux comme le PISAQ, mais aussi d’incitatifs pour la relève. Sans ça, ça ne serait tout simplement pas viable, dit-il.

Des incitatifs plus que bienvenus

Les incitatifs pour les stages sont renouvelés par Québec pour les trois prochaines années. Le Dr Perreault estime que ces incitatifs sont essentiels devant les particularités régionales évoquées.

 Les régions plus fragiles, qui font de la pratique mixte, peuvent accueillir des stagiaires et les exposer à une pratique différente que dans les régions plus densément peuplées, donc c’est une belle opportunité pour intéresser la relève et la former, mentionne-t-il.

On parlait de pénurie de médecins vétérinaires dans les dernières années, je pense qu’on va désormais parler plus de l’intégration des nouveaux vétérinaires qui arrivent, parce que je pense que l’offre va maintenant répondre aux besoins.

Une étudiante en médecine vétérinaire effectue une échographie sur une vache sous la supervision d'un professeur.

Dr Perreault indique que le nombre de médecins vétérinaires qui obtiennent leur diplôme en moins de cinq ans de pratique augmente. En quelques années, la relève est passée d’une cinquantaine de gradués à un peu moins de 75. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Dre Catherine Landry accueille des stagiaires dans sa clinique tous les étés depuis que le programme d’incitatifs a été mis en place en 2019. Tout incitatif qui va faire connaître nos réalités, nos pratiques ou qui vont juste faire connaître le territoire à des étudiants futurs vétérinaires, je vais toujours dire oui à ça, lance-t-elle.

Je n’ai pas les infrastructures et les avoirs comme des grosses cliniques auraient pour pouvoir prendre des étudiants et leur rémunérer leurs stages. C’est vraiment un gros plus ce que le gouvernement met en place pour nous aider à avoir des stagiaires, ajoute la Dre Landry.

Au Québec, un peu moins de 400 médecins vétérinaires pratiquent à temps plein auprès des grands animaux au Québec, d’après l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec.

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