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L'australopithèque avait survécu à bien des prédateurs : la science vient d'en exhumer un qu'elle n'avait jamais soupçonné

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C'est en 2016 que Christopher Brochu, chercheur à l'Université de l'Iowa, rencontre pour la première fois cet étrange crocodile. Les spécimens fossilisés, exposés dans un musée d'Addis Abeba, capitale de l'Éthiopie, intriguent immédiatement ce spécialiste, qui remarque certains caractères physiques notables, comme cette large bosse au milieu du museau. Pour le chercheur, il pourrait en effet s'agir d'une nouvelle espèce, encore non identifiée.

Un crocodile contemporain de Lucy l’Australopithèque

Avec une équipe, il va ainsi s'atteler à collecter autant d'informations que possible. Cent-vingt-et-un restes fossilisés présents dans diverses collections vont ainsi être analysés minutieusement : crânes, dents, fragments de mâchoires... Tous ont été collectés dans la région de l'Afar en Éthiopie, sur le site de Hadar.

La région est depuis longtemps renommée auprès des paléontologues pour sa richesse en fossiles datant du Pliocène. C'est là-bas qu'a notamment été découvert le squelette de Lucy, le plus célèbre spécimen d'Australopithecus afarensis, l'un des plus anciens ancêtres de l'être humain.

Photo fournie par le Museum of Natural history de Cleveland le 28 août 2019 montrant un fragment de crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années découvert en Éthiopie. © HO - Cleveland Museum of Natural history, AFP
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Au total, le site d'Hadar a livré plus de 200 fossiles d’hominines, dont les plus anciens restes connus du genre Homo. Il a été classé au patrimoine mondial de l'Unesco dès 1980.

Le squelette de Lucy a été retrouvé sur le site de Hadar en Éthiopie, dans la région de l'Afar. © Dave Einsel, Getty Images North AmericaGetty, images via AFP

Point particulièrement intéressant pour l'équipe de chercheurs, les restes des crocodiles examinés datent de la même période que Lucy, c'est-à-dire entre 3,4 et 3 millions d'années. Cette corrélation temporelle a d'ailleurs inspiré le nom de cette nouvelle espèce : Crocodylus lucivenator, ce qui signifie « chasseur de Lucy » !

Une menace tapie dans les lacs

Les analyses des fossiles indiquent en effet que cette espèce représentait certainement le prédateur dominant de la faune locale. Mesurant de 3,7 à 4,6 mètres de long pour un poids pouvant dépasser 500 kilos, ce crocodile devait représenter un danger majeur pour les mammifères venant s'abreuver régulièrement dans les points d'eau, dont les petits Australopithecus afarensis.

Ce paysage aujourd'hui aride était en effet bien différent il y a 3 millions d'années. Il faut imaginer des habitats très variés, avec de nombreux lacs et rivières, des bois ouverts et fermés, des prairies humides et des broussailles.

Les données paléontologiques révèlent que Crocodylus lucivenator était la seule espèce de crocodile de la région. « Il s'agissait du plus grand prédateur de cet écosystème, davantage que les lions et les hyènes, et la plus grande menace pour nos ancêtres qui vivaient là à cette époque », explique le chercheur.

Trois autres espèces de crocodiles au moins ont coexisté plus au sud, mais le territoire de Hadar semble avoir été la chasse gardée de Crocodylus lucivenator.

Il y a 3 millions d'années, les Australopithèques peuplant la région de l'Afar devaient se méfier en allant boire dans les lacs. © Tyler Stone, University of Iowa

Une bosse pour attirer les femelles

Preuve de la férocité de ces animaux, l'un des fossiles examinés présentait des marques de blessures à la mâchoire, suggérant que l'individu s'était battu avec un rival.

Les fossiles, souvent, correspondent au squelette de l’organisme moulé dans la roche. © jonnysek, fotolia
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En ce qui concerne la bosse sur le museau de l'espèce, les chercheurs pensent qu'elle était utilisée par les mâles pour attirer une femelle. C'est en tout cas ce qui est observé chez les espèces actuelles qui présentent cette particularité. Ces résultats ont été publiés dans la revue Journal of Systematic Palaeontology.

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